Funérailles personnalisées

Nouveaux rites

André-Constantin Passiour
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Depuis la fin des années 1960 et le début des années 1970, avec la baisse de la pratique religieuse et le déclin du pouvoir de l'Église catholique romaine, les rites funéraires ont évolué au Québec. C’est encore plus vrai dans la communauté gaie, fortement affectée par le sida dans les années 1980-90. Bien que la religion soit encore présente, la dimension spirituelle prend de plus en plus de place dans les diverses cérémonies et on tend à personnaliser la commémoration du décès de l'être cher afin que celle-ci le symbolise bien et lui rende véritablement hommage. Les proches seront ainsi plus réconfortés dans leurs peine et moins hantés par le regret de ne pas avoir su convenablement dire adieu à l'être aimé.

Le temps des longues journées d'exposition au salon funéraire et du service religieux à l'église est presque révolu. Certes, il y en a encore qui tiennent à cette tradition, mais elle se perd au profit d'un déroulement plus simple. L'avènement des complexes funéraires a changé aussi beaucoup de choses en ce qu'ils ont progressivement remplacé l'église : tout se déroule dans le centre même qui offrira souvent, en remplacement du prêtre, un animateur formé spécialement qui fera l'éloge du décédé et qui saura dire les bons mots pour aussi réconforter les vivants, dont la peine est toujours immense.
Présentement, on dénote essentiellement deux tendances. D'abord, l'exposition de la dépouille avec l'éloge funèbre, une liturgie de la parole, il y aurait aussi le goûter et, finalement, le corps est acheminé vers sa dernière demeure ou sa crémation, mais sans la présence des proches. Le tout se déroule au même endroit, en une seule journée. Il y a aussi, après la crémation, une exposition de l'urne entourée de fleurs, etc., avec, là encore, une liturgie de la parole et un goûter, le tout aussi dans un même endroit. «Mais des funérailles, ce n'est pas un party, c'est dur et émotif. Beaucoup de gens pensent que cela va être facile et rapide et que l'on va se débarrasser de la tâche. Cependant, beaucoup regrettent par la suite, lorsque les émotions ressortent, d'avoir voulu faire vite, parce qu'ils n'auront pas pris le temps de réfléchir», de dire Benoît Chagnon, thanatologue, directeur de la Maison Aaron.
«C’est très évolutif, il faut accepter d’évoluer avec les demandes des familles. Cela demeure tout de même traditionnel. Mais les choses se déroulent de plus en plus en une seule journée. Les gens viennent à notre complexe funéraire, la famille reçoit les condoléances, puis on procède à une cérémonie dans la chapelle et cela se termine par le goûter. On peut faire ce type de funérailles en présence du cercueil ou de l’urne s’il y a eu incinération», d’expliquer Martin Allaire, thanatologue, directeur de Collins Clarke MacGillivray White, à Pointe-Claire.
Après le décès d'un être cher, M. Chagnon conseille d'ailleurs de ne pas se hâter, de prendre deux ou trois jours de réflexion sur ce qu'on veut faire. Dans la communauté gaie ou dans la société en général, il y a aussi la tendance à décorer le lieu d'objets familiers du décédé. «J'encourage les gens à vraiment prendre le temps de faire les choses et à personnaliser réellement ces moments. Apportez des objets qui ont appartenu à la personne, qui la représentent bien, apportez le nounours avec lequel il dormait, etc.», d'ajouter M. Chagnon qui est dans le domaine depuis 23 ans maintenant et qui a été endeuillé récemment par la mort de son père, un moment très difficile à vivre même s'il est thanatologue. «On encourage les gens à personnaliser les funérailles, à entourer le cercueil ou l’urne de beaucoup de photos ou d’objets, parce que c’est important de bien faire le deuil de la personne qui est morte», de continuer M. Allaire.
Depuis environ 19 ans également, le Service de crémation direct offre, dans la grande région de Montréal, la crémation à proprement parler. Ce type de disposition du corps existe surtout pour ceux qui ne désirent pas être exposés. Après la crémation, l'urne contenant les cendres sera remise aux proches qui peuvent alors décider de la suite. «Cela peut-être un service religieux, l'urne sera alors bénie et encensée par le prêtre, tout comme un corps, elle sera déposée dans un columbarium ou peut-être même la personne décédée voudra que ses cendres soient dispersées quelque part», de dire Jean-Marc Thuot, thanatologue. L'important aussi est que, avant la crémation, on prenne le temps d'être avec la personne, de la toucher, de l'embrasser, de lui parler aussi parce que, après, il ne restera que les cendres. «Si on ne prend pas le temps de faire ces choses-là avant la crémation, on le regrettera souvent plus tard, parce qu’on n’aura pas eu le temps de voir la personne une dernière fois et qu’une urne restera toujours quelque chose d’impersonnel, même si elle est symbolique», de terminer M. Allaire.

Aaron Maison funéraire et de commémoration : 514-284-5440 www.maisonaaron.com Service de Crémation Direct : 450-492-2323
Résidences funéraires Collins Clarke MacGillivray White : 514-483-1870 www.dignitequebec.com