Témoignage

Jacques Letendre

Yves Lafontaine
Commentaires
Crâne rasé et barbe poivre et sel impeccablement taillée, Jacques n’a ni l’allure du play-boy grisonnant, ni celle d’un type qui se laisse aller. Simplement soigné et viril, ce gestionnaire d’une entreprise d’assurances-vie depuis près de trente ans, a fréquenté le milieu gai depuis son arrivée dans la métropole au milieu des années soixante-dix. «Ça a commencé par des bars comme le Truxx et le Jardin quand le quartier gai se trouvait dans l’ouest du centre-ville. Des lieux de rencontres très sympatiques, se souvient-il. Mais j’ai jamais baisé dans un bar, contrairement à bien d’autres à l’époque, dit-il en riant. Pour ça, je préférais les lieux de drague extérieurs… comme la montagne ou les ruelles», ajoute-t-il, comme pour signifier qu’il n’était pas un ange pour autant. La cinquantaine gaie a-t-elle ses spécificités?

À 40 ans, Jacques ne le pensait pas; aujourd’hui, oui. «Il y a des endroits où je ne me sens pas trop à ma place, quand il y a surtout des jeunes! Mais c’est surtout moi que ça gêne, je crois. Les réticences à me parler sont très rares et ne durent jamais très longtemps.»

Côté financier, a-t-il prévu le coup? Oui, je suis du type assez prévoyant. J’ai épargné et placé judicieusement mon argent, en diversifiant les types de placement — immobilier, REER, obligations, bourses — afin de m’assurer une retraite confortable. Mais pour moi la retraite, ça ne veut pas dire être inactif. Je fais du bénévolat depuis longtemps et je pratique le vélo, le ski, la marche à pied. Sans doute que ces activités prendront plus d’importance, si la santé est encore là, bien évidemment. De toute façon, j’envisage de ralentir le travail — et même avant 65 ans — mais pas d’arrêter complètement.

Aujourd’hui, s’il sort toujours, Jacques fréquente surtout les restos — deux ou trois fois par semaine —, parfois les saunas, régulièrement quelques bars, comme le Gotha, le Sky Pub, le Parking en bas, ou le Stud, selon l’humeur et les amis. Et tout va bien : « Je ne me sens pas rejeté, je suis à l’aise à peu près partout… Je n’ai pas d’angoisses. » Il aurait bien tort d’en avoir, lui qui se fait plus souvent draguer sur le Net ou ailleurs par des gars entre 30 et 40 ans que par ceux de 50 ans!

Et même si le sexe prend moins de place dans sa vie, il reste lucide : «Si on reste plus longtemps sur le marché, c’est simplement qu’on fait moins que notre âge. Un gars de 59 ans comme moi qui s’entretient sera toujours plus excitant qu’un gars de 40 ans qui ne fait absolument pas attention à lui… Ça permet de perdre ses complexes sur la plage à Oka! En somme, on dure et on s’autorise à traîner partout plutôt que dans des endroits spécifiques. Ça vient autant de l’intérieur que du physique, on se sent plus consommable. Quand on a vécu à Montréal une vie agréable, comme c’est mon cas, il est difficile de se retirer complètement du circuit et de juste regarder le temps passer... C’est sans doute pour ça que beaucoup d’hommes de mon âge, comme moi, «s’accrochent» et sortent encore dans les bars ou les saunas!