Témoignage

Harvey Cohen

Denis-Daniel Boullé
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Hommes d'affaires, longtemps directeur général de la Fondation Fahra, Harvey Cohen, qui vient de franchir le cap de la soixantaine ne fait pas partie de ceux qui se posent des questions angoissantes. Demain semble toujours aussi excitant pour lui, et des projets, il en aura toujours. «J'ai été heureux à chaque étape de ma vie. Je le suis aujourd'hui. Je suis en forme et en santé, donc je n'ai pas d'appréhension pour les années à venir. Je me souviens que, lorsque que j'avais 22 ans, j'avais rencontré un gars qui m'avait dit d'en profiter parce qu'après 25 ans, pour un gai, c'était terminé. J'ai bien fait de ne pas l'écouter, car c'est loin d'être terminé. C'est sûr que lorsque je suis dans un bar dans le Village, je suis invisible pour les plus jeunes. Pourtant, je n'avais pas cette attitude. Pour moi, cela dépend de chaque personne. Une personne plus âgée peut être attirante parce qu'elle est bien dans sa peau, bien avec elle-même». Mais Harvey se considère comme chanceux. La sécurité que lui a procuré l'argent lui a permis de se maintenir en forme sans se soucier de l'avenir. «La question de l'argent peut influer sur la façon dont on va vieillir», avance-t-il.

La curiosité reste son maître mot. Pas question de rester chez lui. Au contraire. «Si on a encore des intérêts, on peut très bien continuer à avoir un réseau social. Le bénévolat est une bonne façon de se constituer ou de garder un réseau de relations. Mais c'est aussi une question de personnalité. Je suis une personne qui n'a jamais eu peur d'aller vers les autres, de rencontrer du monde, d'être souriante et heureuse.

Et peut-être que cela, on l'a ou on ne l'a pas. Je pense que l'on vieillit comme on a vécu. Si nous avons eu des mauvaises expériences avec les autres, qu'ils soient gais ou non, c'est sûr que la vieillesse peut être synonyme de solitude. Mais ce n'est pas mon cas.» En relation depuis 12 ans, Harvey ne voit pas le couple comme un rempart à la solitude. «Je pense que si je devais me retrouver seul, une fois le choc passé, je me ramasserais et je continuerais à vivre comme je l'ai toujours fait. Je ne perçois pas mon conjoint comme une sécurité pour mes vieux jours.»

Et le fait de ne plus être objet de désir dans les bars ou dans les boîtes? «Bien sûr, c'est plus difficile, mais cela ne m'affecte pas. Plus jeune, j'étais déjà comme cela. Si le gars n'était pas intéressé, je n'insistais pas et je passais à autre chose. Je ne fais pas partie de ces gars qui veulent absolument avoir du sexe avec des plus jeunes, je ne fais pas de discrimination en fonction de l'âge : il y a des gars très attirants parce qu'ils sont bien dans leur tête. Et je crois qu'il faut être bien dans sa tête pour bien vieillir. J'ai peut-être cette chance.