Lou Lamontagne, Fondatrice du club de plein air Les Amazones

Au naturel

Elisabeth Brousseau
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On se donne rendez-vous au café Les Entretiens, rue Laurier, sur le Plateau Mont-Royal. J’arrive rarement bien à l’avance, mais cette fois, c’est le cas. Je regarde toutes les femmes attablées en cherchant à savoir si Lou Lamontagne ne serait pas déjà là, elle aussi. Lorsqu’une femme habillée chaudement s’avance vers moi avec un majestueux sourire aux lèvres, je sais instinctivement que c’est elle dont on m’a parlé, cette aventurière des temps modernes. On fait les présentations rapidement, on se commande une bouchée. Elle parle avec passion de tous les sujets que j’aborde. Elle répond à chaque question avec humilité, raisonnement ou expérience à l’appui. Elle cite ses nombreuses collaboratrices, les groupes ou les organisations qui l’ont fait progresser, en tant que personne. Je m’aperçois rapidement que Lou Lamontagne est une femme fort complexe. Elle se décrit elle-même comme une marginale. En clair, elle est une baby-boomer, féministe, lesbienne, somme toute assez de gauche.
On aborde ensemble plusieurs questions et je me fais prendre au jeu de l’intervieweur interviewée. Je me surprends à donner mon avis, parler de ma blonde qui porte le même nom que la sienne, raconter mon histoire! Lou Lamontagne n’est pas venue se donner en entrevue d’une manière formelle. C’est évident. Elle n’aime pas les cadres, ni l’autorité : elle préfère la liberté et la nature. Elle aime les gens et les relations vraies, intelligentes, les discussions à propos du chemin parcouru et des expériences concrètes de chacun. Elle adore le plein air, alors je lui demande si elle a déjà fait partie des scouts. Elle me dit : « Oui. Pendant une semaine, le temps de réaliser que tout y est structuré, hiérarchisé, comme dans l’armée. Une semaine, c’est-à-dire tout juste le temps de savoir que ce n’était pas pour moi. »
Je comprends son besoin de liberté, d’ultime harmonie avec le monde, la nature, les humains. Elle m’avoue se tenir assez loin des bars, des lieux où la cacophonie est à son comble, des 5 à 7 du vendredi. « Quelques aventurières des Amazones, le groupe de plein air que j’ai mis sur pied en 1994, sont toujours surprises de me croiser au Drugstore, la fois dans l’année où je me risque à y mettre les pieds! »
« Les Amazones, c’est une idée qui m’est venue spontanément. » Depuis son enfance passée chez ses grands-parents à Sainte-Marthe-sur-le-Lac et les sept ans qu’elle a passés sur sa terre à Saint-Octave-de-Métis, près de Rimouski, la nature est devenue pour elle un incontournable. « J’ai besoin de son silence, de son odeur, de sa présence pour saisir tout ce qui en moi me fait vivre, vibrer, exister. » Au-delà de sa propre passion pour le plein air, Lou veut partager avec le monde. Elle se décrit elle-même humblement comme une rassembleuse. «C’est un grand cadeau que j’ai reçu et je suis heureuse de pouvoir le mettre au service de la communauté.» Lou Lamontagne est une de ces personnes qui ne se contentent pas d’aimer, d’apprécier et de se passionner pour les choses. Elle est plutôt une de ces rares personnes qui ont un désir profond de partage, d’enseignement, de compréhension, d’effort pour la transformation et l’amélioration du monde dans lequel on vit. Celui qu’on partage tous, au fond, et qui, au bout du compte, devra être ouvert, sain, et où chacune et chacun pourra vivre librement. C’est exactement sur cette base que le groupe Les Amazones a été mis sur pied. En moins de trois ans, déjà plus de 100 lesbiennes sont devenues membres. Le désir de connaître et d’apprécier la nature est un phénomène qui rallie les gens. «Nous voulions briser l’isolement, rassembler ces femmes en faisant des activités saines. Nous sommes maintenant la deuxième plus grande organisation lesbienne de la province, tout de suite après FemLib.» Avec ses 230 membres actives, Les Amazones prévoient célébrer leur 14e anniversaire en grand, en avril prochain.
Lou Lamontagne est l’exemple parfait de la femme qui va au-delà de ses rêves. Depuis longtemps, elle se passionne pour le kayak. Elle est allée dans l’Ouest canadien décrocher rien de moins que son brevet de guide de kayak de mer et a travaillé pour quelques entreprises d’expéditions, avant de lancer, il y a quelques années, sa propre entreprise, Expélou. Au fil des années, ses clientes ont pagayé sur le Saguenay et dans la baie Georgienne (en Ontario). En été 2007, ce sera dans les eaux turquoises de l’Alaska, pour une dizaine de jours.
Quand je lui demande quelles sont ses préoccupations, Lou Lamontagne me parle des lesbiennes qui, clairement, lui tiennent énormément à cœur. Elle aborde le vieillissement de la population avec inquiétude. Elle s’en fait, entre autres, à cause de la solitude et de l’isolement dont pourraient souffrir plusieurs lesbiennes et gais qui seront seuls, sans enfants, pour aborder la dernière grande étape de leur vie. « Que va-t-il advenir de nous? Serons-nous pauvres? » me demande-t-elle avec profondeur. Elle fait référence plus tard à son choix de ne pas avoir d’enfant. « Je n’ai pas cette vocation, j’ai toujours su que je n’enfanterais pas. » Mais cela a un impact important sur les lesbiennes et sur les gais, où la vieillesse qui attend plusieurs d’entre eux risque d’être marquée par le peu d’aide et le peu de soutien qu’on leur réservera dans nos sociétés anonymes… « À moins qu’on s’organise, qu’on s’unisse pour briser les solitudes et l’isolement! » lance-t-elle avec ferveur.
Lou Lamontagne est une femme inspirante. À 26 ans, j’observe le chemin qu’elle a parcouru avec reconnaissance. Elle est une de ces rares femmes assumées, qui ne s’est jamais cachée pour vivre. Elle vit son lesbianisme avec ouverture et transparence. Elle est une de ces femmes qui font le maximum pour que s’unissent des fraternités de gens qui ont tout à gagner en partageant leurs intérêts, leurs réalités. Elle prend le temps pour chaque chose et son intérêt pour le bouddhisme tibétain ne rend sa démarche qu’un peu plus zen encore. Lou Lamontagne la rassembleuse. Elle a plus d’un rêve dans son sac. À quand son prochain projet pour nous toutes, mesdames?!

Site Web Les Amazones : www.plein-air-amazones.org Expélou : [email protected]