Johanne Roberge du Sierra Club Québec

Choisir l’implication sociale

Elisabeth Brousseau
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Une rencontre feutrée au Cocktail, le nouveau bar branché du Village. J’arrive à l’heure pile, j’ai garé ma voiture directement en face – coup de chance! Johanne est déjà assise au centre de la place, menue, look sportif, tête rasée. Elle sourit en me voyant arriver et me présente sa main d’une façon toute féminine: «Bonsoir, je suis Johanne Roberge. C’est pour Fugues?» On parle de tout et de rien, du village, de cet article qui ne traitera pas tant du fait qu’elle est lesbienne, que de ses réalisations personnelles. Je la rassure un peu. Son collègue Claude Martel arrivé, on commence volontiers par le début. Un Perrier en main, elle me raconte son enfance, heureuse, où tous les memebres de sa famille ont appris, sans le savoir, l’art de venir en aide à son prochain, à prendre soin des autres et des choses, et à vivre dans un équilibre trop souvent fragile. Le plein air et le scoutisme l’ont sensibilisée à la cause environnementale, l’ont conduite à apprécier la nature et la diversité biologique qui nous entoure. «Ne jamais rien tenir pour acquis», «protéger ce qu’on aime» et «rendre ce qui nous est donné» font partie des principes qui dirigent encore ses pensées, ses paroles et ses actes. Au début de l’âge adulte, elle entreprend des études en sciences politiques à l’université. Puis, elle s’inscrit à Jeunesse Canada Monde et se retrouve bénévole en plein cœur de l’Afrique, au Malawi. Cette expérience modifiera à tout jamais sa perception de la vie, des relations humaines et ancrera solidement son engagement social, culturel et environnemental à ses ambitions, à ses rêves et à ses principes fondamentaux. Elle complètera plus tard un certificat en communications qui sera des plus utiles dans toutes les luttes animées par ses convictions profondes.
Féministe, libre et complètement «verte», Johanne Roberge ne passe pas inaperçue. Elle est présidente du Sierra Club section Québec et son implication dans la cause environnementale remonte à plusieurs années. «Une amie qui siégeait sur le Conseil d’administration m’a convaincue d’adhérer», avoue-t-elle. Le Sierra Club est dans les faits la plus large organisation environnementaliste en Amérique du Nord, comptant au total environ 800 000 membres. On en compte 200 actuellement au Québec, la seule province canadienne où il n’est pas encore implanté aussi solidement. Mais Johanne et son équipe s’en occupent. Une association qui part de la base, des citoyens et des bénévoles : les vrais besoins orientent les luttes du Sierra Club. Et puis nous sommes entourés de tant de situations complexes, de problèmes nouveaux, de choix sociaux, de contradictions politiques! La vente du Mont Orford, les mégas porcheries, le détournement de la Rivière Rupert, les antibiotiques en quantité industrielle donnés aux animaux qui se ramassent en steaks dans nos assiettes… Certaines décisions d’Hydro-Québec, la gestion de nos forêts et des aires protégées et tellement d’autres dossiers nous font souvent douter de la volonté du gouvernement d’appliquer quelque plan vert que ce soit. Puis à d’autres moments, on voit de belles initiatives politiques présentées par nos élus. La loi sur les matières putrescibles compostables (la collecte et le recyclage de nos déchets de cuisine) qui s’appliquera partout au Québec à compter de 2008, le programme d’efficacité énergétique développé par Hydro-Québec, des moratoires pour protéger nos forêts, l’éolien à propos duquel on a hâte de voir les prises de position – privatisation ou nationalisation? Tous des dossiers qui sont à l’agenda de Johanne Roberge. Le Sierra Club s’investit quand ça va bien, il siège à des comités consultatifs pour encourager les initiatives positives, mais il est tout aussi présent pour dénoncer, documenter et faire connaître les problèmes et les urgences écologiques.
Bof, tout le monde est un peu vert, non? On se convainc soit même qu’on fait des efforts… Mais au fond, Johanne est d’une classe à part qui s’accroche à un rêve. De ceux qui savent qu’on ne peut jamais TOUT faire objectivement pour être écolo à 100%. Protéger l’environnement partout ET tout le temps, c’est une tâche impossible. Il faut commencer simplement par aller dans la bonne direction. Les petits gestes et les décisions responsables. Pas «s’empêcher de vivre»! Mais que chacun fasse son recyclage dans son petit bac vert. C’est la base! Combien de tours à logements, de locaux commerciaux (dans le Vieux Montréal, par excemple, où apparemment les rues sont trop étroites pour la collecte des bacs), combien encore de rébarbatifs ne recyclent pas en 2006? C’est scandaleux. Qui sont ces gens qui achètent des «hummers» et autres bêtes polluantes sur nos routes? Troquer sa tondeuse à gaz contre une tondeuse électrique, là on parle. Choisir un modèle de bagnole plus petit et moins énergivore, ça aussi, c’est vert. Passer le balai plutôt que d’arroser son asphalte en été, un autre choix écolo. Les foyers de bois! Ouf, triste réalité, mais c’est ultra polluant. Cette bonne odeur de bois qui brûle n’est que l’odeur du carbone qui crée le smog et qui nous encrasse les poumons. Si vous insistez, un foyer au gaz ou encore électrique pourra faire l’affaire. Et le suremballage? Il faut penser AVANT d’acheter. Un biscuit dans un plastique, regroupé avec trois autres dans un petit sac, emballé dans une boîte cartonnée entourée d’un plastique… Mais faites donc vos biscuits vous-mêmes! Ils sont meilleurs, chauds sortant du four, et vous les déposerez dans une vieille boîte métallique mille fois réutilisée.
Nous le savons tous. Nous devrions faire des efforts pour la santé de la planète. Nous sommes tous un peu écolo au fond de notre cœur. Utiliser la culpabilité pour venir à bout d’améliorer nos habitudes de vie face à l’environnement? Oui, tous les moyens sont bons. Nos principales armes sont la pression sociale, la désapprobation que nous pouvons faire sentir aux autres quand on voit – criants – les manquements de nos concitoyens, parents, voisins, conjoints, enfants, et notre vote aux élections.
À la croisée des chemins, Johanne a choisi de donner. Son temps, son énergie, elle les offre à une association qui a pour but de protéger et de faire connaître la nature à tout un chacun ainsi que d’encourager l’utilisation responsable des ressources de la terre. N’est-ce pas une cause objective qui devrait nous interpeller tous? Une femme de tête nous invite à la suivre dans cette noble quête.