Mark Bruneau, homme d’affaires et gai

Le plaisir de relever des défis

André-Constantin Passiour
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Mark R. Bruneau a récemment accepté le fauteuil de président de la campagne de financement corporative pour le Carrefour Arc-en-ciel et remplace ainsi Daniel Pellerin, le président de la compagnie Bétonel qui, incidemment, est devenu le président de la Fondation Mario-Racine, le promoteur de ce Carrefour. Mais M. Bruneau, en sa qualité de cadre supérieur chez BCE (Bell Canada Entreprises), a aussi contribué aux idées et au financement des Outgames pour voir à ce que l’événement soit un succès. Homme d’affaires, père d’un enfant qu’il a adopté avec son ex-conjoint, M. Bruneau n’a jamais étalé son homosexualité au grand jour, mais ne l’a jamais cachée non plus. Pour lui, ce qui compte, ce sont les compétences des gens, pas leur orientation sexuelle. Or, ce sont justement ses compétences et ses qualités d’analyste en stratégie de télécommunications qui l’ont mené au poste qu’il occupe aujourd’hui chez BCE et qui l’amènent à croire ardemment au projet du Carrefour Arc-en-ciel.
En décembre 2004, Mark R. Bruneau a été nommé vice-président exécutif et chef de la stratégie de BCE. Il a été le président et chef de la direction d’Adventis, une entreprise de services conseils en stratégie de télécommunications possédant des bureaux à Boston, New York et Londres, une compagnie qu’il a fondée en 1993. Adventis a par la suite été vendue à des intérêts européens et américains. Avant la fondation d’Adventis, il a été assistant au président de Bell Canada International. Originaire d’Ottawa, cet homme d’affaires a obtenu son baccalauréat en commerce de l’Université d’Ottawa (UO) en 1982, puis son MBA de la Harvard Business School. En 2002, M. Bruneau a fait un don de 500 000 $ à l’École de gestion de l’UO. Il a également, dans le passé, fait des dons à Centraide Ottawa et pour la sclérose en plaque, notamment.

« Je ne suis pas quelqu’un de démonstratif, je n’ai jamais annoncé mon homosexualité, mais je ne l’ai jamais cachée non plus. Dans mon bureau, il y a comme pour tout le monde des photos de moi avec mon fils ou avec mon ex-conjoint maintenant, donc c’était là. À l’époque où j’étais à Adventis, mes clients le savaient et, chez BCE, on le savait aussi avant qu’on m’engage [comme vice-président]. Lorsque j’avais ma propre entreprise, je me suis investi dans plusieurs causes, ici et aux États-Unis, et cela n’a jamais rien dérangé que je sois gai. Tout le monde le savait. Dans les cercles où je transige, mon homosexualité était aussi pertinente que la couleurs de mes yeux! J’ai les yeux bruns, je suis gai et c’est tout!» de dire avec assurance M. Bruneau.

Au Journal de Montréal, M. Bruneau a déjà dit, au sujet des jeunes : « À chacun et chacune le style de vie qu’il ou qu’elle préfère. Moi, je suis à l’aise à aborder ouvertement ma vie personnelle. Je suis un homme d’affaires, je suis un père de famille et je suis gai. Il y en a qui préfère avoir un profil plus bas [...] Je suis des choses beaucoup plus intéressantes qu’être [uniquement] gai [...]. »



Maîtrisant très bien le sens des affaires et du développement économique, il a ainsi participé à plusieurs comités et rencontres menant aux 1ers Outgames et, ce faisant, a incité Bell Canada à commanditer ces jeux à près de 400 000 $. Maintenant, il s’investit dans le projet de centre multiservices du Carrefour Arc-en-ciel. « Je crois que je peux faire une différence et que je peux le faire avancer », note-t-il. À parler avec l’homme, le discours en est un d’affaires, de développement économique, social, culturel. Il a manifestement les arguments pour convaincre et ne s’y serait pas engagé s’il pensait qu’il n’allait pas réussir à réunir autour du projet le réseau nécessaire pour susciter des dons de près de 2 000 000 $. « Cela va se réaliser parce qu’il y a toute une équipe de gens intéressants comme [l’ex-ministre] Martin Cauchon, Mark Tewksbury, Pascal Lépine [le président de la Chambre de commerce gaie du Québec], entre autres. J’ai confiance que cela se fera parce qu’ils ont déjà de bons pas de faits et parce qu’on va contacter le réseau à Montréal, au Québec et même au-delà des frontières du Québec, et cela se réalisera d’ici les 18 à 24 prochains mois », estime-t-il.
Mais M. Bruneau aurait pu se la couler douce, après avoir récolté les fruits de la vente d’Adventis. Tout au contraire, il aime se retrousser les manches pour relever des défis. « J’ai 45 ans, je ne fais que commencer ma carrière sociale, d’affaires et peut-être même politique, lance-t-il. Donc, je veux m’impliquer à long terme à Montréal, au Québec et au Canada dans des causes qui me tiennent à coeur avec des gens intéressants qui sont prêts à travailler pour des causes honorables et des gens qui ont besoin qu’on les aide.