Camille avec 2 L

EXcetera (suite)

Julie Beauchamp
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Marianne est venue! Marianne est là! Le temps se fige instantanément, je suis plantée là, au beau milieu de la piste de danse à regarder mon «ex» blottie contre cette fille. Paroles échangées au creux de l’oreille, je vois Marianne le sourire aux lèvres qui rit et qui s’extasie de plaisir… J e me sens si seule parmi tous ces gens qui se frôlent les uns contre les autres. Comme s’il n’y avait qu’elle. Sa seule présence écarte toutes les autres, pendant un instant je voudrais me rendre jusqu’à elle pour me retrouver entre ses bras, entendre sa voix, respirer ses silences… Comme une statue de marbre, tout me semble très lourd… Je reviens à moi en croisant le regard de Marianne. Ça y est, elle m’a vue, je fais demi-tour et retourne à mes hommes. Je fuis en me faufilant aussi discrètement qu’un dromadaire dans une cour de banlieue. «Éloi! Elle est là!» Éloi me regarde avec son large sourire et me dit sur son ton de mère supérieure : «Qu’est-ce que tu pensais, c’était sûr qu’elle viendrait, la Reine Marianne!!! Je parie qu’elle a un royaume à assujettir!» «Elle est avec une autre fille, enfin je pense, elles se parlaient très proche et…» «Vous êtes-vous parlé?» «Non, j’ai figé… je ne m’attendais pas à la voir, enfin, ça m’a donné un choc et j’ai eu l’air complètement nulle parce que je sais qu’elle m’a vue et je suis partie presque en courant, tu comprends, je…» «Hé! Camille, arrête de stresser. Premièrement, tu n’es pas nulle, tu es belle, intelligente et géniale, ne l’oublie pas! Deuxièmement, tu ne dois rien à Marianne. Si tu lui parles, rappelle-toi ses tromperies, ta peine, ta colère, garde ton assurance et…» «Je sais, Éloi, mais honnêtement, ça me bouleverse de la voir! Au contraire, je ne sais pas comment réagir!» Éloi me serre dans ses bras pendant que Marco nous propose des shooters, tequila pour tout le monde. Éric, communément appelé Dancing Queen, s’intéresse drôlement à mon cas ce soir. « Écoute ma Camille, cette fille, là-bas l’autre côté du bar, celle avec le t-shirt blanc…m’a demandé si tu étais célibataire… Elle est jolie, non? Tu veux que je te la présente? Judith, je crois.» Je regarde distraitement et répond : «Non, ça va, merci, ce n’est pas tout à fait mon genre.» «Mais Camille, tu n’es pas obligée de la marier…» Pendant que Marco, Éric et Éloi discutent de la cruise dans les bars, je cherche Marianne, mon envie d’aller vers elle est aussi forte que mon désir de l’oublier. Accotée au bar, je prends une pause de tout ce qui m’entoure. En levant les yeux, j’aperçois Judith qui me sourit, je lui rends son sourire (simple politesse) et détourne mon regard en ne démontrant aucun intérêt. Quelques minutes passent et je la regarde, elle n’est plus là. En me retournant, j’entends une voix connue : «Salut Éloi! Comment vas-tu?» Éloi répond sur un ton ironique : «Ah! Marianne, tu es venue finalement!» Marianne nous a retrouvés, je tremble un peu. Elle est là, tout proche, nous nous regardons sans rien dire, par chance, nous sommes dans un bar, nous ne pouvons lire l’émotion qui traverse nos visages. Marianne s’avance la première : «Je suis contente de te voir, j’ai beaucoup pensé à toi, à nous aussi. Je n’avais pas de tes nouvelles, donc je me disais que tu allais bien et…». Je réponds promptement : «Tu ne voulais pas de mes nouvelles Mari, souviens-toi». «Je ne voulais pas que notre rupture s’éternise. C’était difficile Camille… pour nous deux.» «Marianne, c’était peut-être difficile pour toi, mais pour moi, ça été l’enfer, vraiment… je vais bien maintenant. Je suis passée à autre chose, comme tu me l’as si souvent demandé! » Mon visage trahit mes paroles et Marianne le sait, elle me connaît si bien. On prend des nouvelles de nos familles, de la job, de la vie en général. Quand elle saisit ma main et m’attire contre elle, je résiste et lui demande pourquoi elle voulait me voir. Ses grands yeux noirs me pénètrent entièrement, elle s’approche et me glisse à l’oreille : «Je m’ennuie de toi, tu me manques. C’est normal, je ne te manque pas, moi?» J’ai envie de lui crier : oui, tu me manques! Mais, je réponds calmement «Et Patricia, comment va-t-elle?» Marianne est stupéfaite de ma question, elle recule, hésite à parler et. finalement, elle me raconte qu’elle va bien, qu’elles se voient encore, mais beaucoup moins souvent, qu’elle avait besoin de temps pour vivre notre rupture. Elle me répète que c’est difficile de vivre sans moi, qu’elle m’a tellement aimée, qu’elle voudrait qu’on se voit parfois et elle reprend sa question «Est-ce que je te manque, Camille? Tu ne me réponds pas.» Je lui réponds : «J’ai une question pour toi, Mari : est-ce que je te manquais quand tu venais à Montréal baiser avec d’autres filles?» À ce moment, le visage de Marianne se décompose lentement devant moi, je ne l’ai encore jamais vue comme ça, elle balbutie, bégaye et j’obtiens ma réponse. Non, elle n’avait pas baisé avec 40 filles, peut-être Sophie et une autre, elle n’avait pas eu le courage de me le dire, je suppose. Mais je sais qu’à cet instant, elle me ment encore, elle se sauve de ma colère. Mon amour était-il si précieux? Elle me prend dans ses bras, aussitôt je me défais de son étreinte et réalise que, si j’aime encore Marianne, notre histoire, elle, est bien finie. Et cette fois-ci, c’est pour le mieux! Marianne me quitte rapidement, je me sens triste, mais libérée. Éloi se précipite vers moi, inquiet : «Tu ne pars pas avec elle?» Je fais non de la tête. Il ajoute : «Tant mieux, j’ai un numéro de téléphone pour toi…une Judith.» J’éclate de rire!