Out for Business

Entreprises gaies : De la Bulgarie à Montréal

André-Constantin Passiour
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Jovial, sympathique, Anton Valev, un participant gai de Bulgarie aux ateliers Out for Business de la Conférence internationale des droits, affiche cependant un optimisme prudent quant aux résultats d'un tel rassemblement de gens d'affaires gais et sur l'appui qu'une éventuelle Chambre internationale de commerce gaie pourrait lui apporter. Comme on l'a vu au printemps, à Moscou, lors d'une marche des gais et lesbiennes qui a été réprimée brutalement par la police, la situation des LGBT dans les pays de l'ancien bloc soviétique est très précaire. Si on a laissé tomber les anciennes lois criminalisant l'homosexualité et la «ré-éducation» que cela supposait, les mentalités et les valeurs morales, elles, n'ont pas évoluées. Côté affaires, les structures dans plusieurs pays demeurent absentes. Il subsiste un flou entre l'ancien régime qui interdisait pratiquement la propriété privée et l'aire post-communiste actuelle, mais cela va au-delà de ça pour les LGBT. «Ici, en Amérique du Nord, vous parlez d'entreprises gaies ou gérées par et pour des gais (gay owned, gay operated), mais chez nous, en Bulgarie, il n'y a même pas d'infractructure ou d'organisation d'entreprises dans ces anciens pays communiste maintenant en transition, indique M. Valev. La corruption est partout et c'est la mafia qui contrôle presque tout en termes d'affaires. Donc si on veut une entreprise, il faut aller voir la mafia pour ouvrir quelque chose qui sera pour les gais, mais qui n'appartiendra pas aux gais, ça n'existe pas chez nous ça. Avec la mafia, vous pouvez espérer avoir quelque chose, mais ce n'est pas garanti et la législation n'est pas claire non plus pour vous protéger.»

S'il y a la création d'une entité d'affaires gaie internationale, Anton Valev se demande comment elle pourra intervenir afin d'appuyer les gais qui n'ont même pas de droits légaux et réels dans des pays comme la Bulgarie, la Roumanie, la Slovénie, l'Ukraine, etc. «Ici, on parle de marché gai, de ciblage, etc., mais chez nous on ne peut même pas parler de quelque chose d'ouvertement gai et encore moins de marché gai, ce n'est pas possible. Il nous faut des solutions. Donc je crois que nous devons parler de comment faire pour que vous puissiez nous appuyer à créer des entreprises gaies viables», de plaider Anton Valev. Cofondateur de la chambre de commerce gaie américaine (NGLCC), Justin Nelson répond que les expériences «sont en effet diversifiées et il faut apprendre, comprendre et connaître les différents contextes afin que l'on puisse [avec cette nouvelle chambre internationale] intervenir et aider les gais et les lesbiennes dans le monde».

Comme on peut le voir, les réalialités sont multiples et si les gais des pays occidentaux veulent vraiment intervenir pour porter aide et secours à ceux et celles qui rêvent de vivre dans des sociétés ouvertes et progressistes, il faudra beaucoup plus qu'une rencontre comme celle de Montréal pour influencer le cours des choses. Depuis le début des travaux de cette Conférence internationale, tout le monde le dit, le prochain combat pour les droits à l'égalité, peu importe les stratégies, doit se livrer au plan mondial...