Camille avec 2 L

EXcetera

Julie Beauchamp
Commentaires
Fallait-il vraiment que Marianne arrive ce soir? Fallait-il vraiment qu’elle laisse ce message aujourd’hui: « Je descends à Montréal seule!!! » Pourquoi m’a-t-elle téléphoné? Pourquoi me dit-elle qu’elle vient seule? Comme si j’avais voulu la voir accompagnée de sa blonde! Lorsque je lui téléphonais en larmes à mon arrivée à Montréal, elle ne cessait de me répéter : « Sois raisonnable, Camille, la distance va te faire du bien, c’est mieux qu’on ne se parle plus, on verra plus tard, il nous faut une pause, une vraie… » Il fallait laisser passer le temps, beaucoup de temps, surtout pas d’appel et pas de courriel, toujours pour mon bien. «Je ne comprends pas, Éloi.» « Je sais, Camille, ça fait seulement quelque temps que tu es arrivée ici et la Reine Marianne décide que c’est suffisant, que maintenant vous pouvez vous reparler, vous revoir! Bien sûr, elle n’a plus besoin de temps! » Devant ma mine un peu perplexe, Éloi se reprend : «Camille, c’est à toi de décider, tu ne dois rien à Marianne. Peu importe ce que fait ou veut Marianne… tu peux accepter de la revoir ou non, c’est ton choix!» «Je sais, Éloi, mais… j’ai l’impression que Marianne a terminé notre chapitre et en a commencé un autre, tout simplement, sans heurts, tout en douceur… comme si elle avait cette force de passer par-dessus tout si aisément… Alors que moi, je…» «Camille… tu ne sais rien de ce qui se passe dans sa vie en ce moment et de toute façon… ce qui est vraiment important, c’est toi, non? Ce n’est pas Marianne, ce n’est plus Marianne!» Je regarde Éloi et acquiesce. En effet, je ne dois plus rien à Marianne! Et je vais lui faire savoir que je ne veux pas la voir, pas maintenant.
La sonnerie du téléphone me fait sursauter. J’agrippe le combiné et décroche nerveusement « Allo?» «Camille…c’est Sophie, je peux te parler, s’il te plaît?» J’essaie de rester calme, mais je me sens comme une bouilloire qui veut exploser. Je réponds un «Oui, oui» agacé. Sophie tente désespérément de m’expliquer le pourquoi du comment, qu’elle a fait une erreur, que le moment était très mal choisi pour me parler de son aventure avec Marianne, qu’elle a été extrêmement maladroite, qu’elle s’excuse, qu’elle a voulu être honnête et a voulu que je réalise que Marianne n’était pas à ma hauteur, etc… Je lui réponds bêtement que je suis encore sous le choc de la «confession», mais que je vais sûrement m’en remettre, des silences d’inconfort se glissent entre chacune de mes phrases. Sophie me demande de la rappeler quand j’en aurai envie. Je lui dis que je la rappellerai peut-être… un jour. Je raccroche. «C’était? Non, laisse-moi deviner…Sophie?» «Entre Sophie et Marianne, ce n’est pas très difficile… mais c’est tout de même étrange que Marianne se manifeste comme par magie aujourd’hui? Tu ne trouves pas? Comme si elle savait que…» «Hey! Madame Parano…tu te fais des belles histoires. Tu ne vas tout de même pas croire que Sophie a téléphoné à Marianne pour lui dire qu’elle t’invitait à souper et qu’elle avait envie de baiser avec toi?!» « Non, Éloi, quand même, pas à ce point-là!» «Non mais, sérieusement, Camille, qu’est-ce que tu vas faire avec Marianne? » « Nous sortons au Sky ce soir comme prévu. Je vais l’appeler pour lui dire que je ne veux pas la voir. » Après avoir fait le tour de l’appartement environ 40 fois, je prends le téléphone et compose fébrilement le numéro de cellulaire de Marianne: c’est le répondeur. Je raccroche immédiatement, comme si le téléphone m’avait électrocutée. Je prends une grande respiration et recompose lentement. La voix de Marianne m’invite encore à lui laisser un message. Je craque: «Marianne, c’est Camille, je… je ne suis pas chez moi ce soir, je suis au Sky.» Je raccroche en tremblant. Qu’est-ce qui m’a pris de lui dire où j’allais?
En arrivant devant le Sky, Éloi aperçoit Marco, Dominic et Éric dans l’entrée. Nous allons les rejoindre. Les gars sont toujours aussi délirants et bavards (pour ne pas dire baveux). Je jette des regards à gauche, à droite : le bar est plein… d’hommes, naturellement, de tous les genres, de tous les âges. J’ai l’impression que mes quatre mousquetaires vont me délaisser assez rapidement pour aller conquérir quelques contrées encore inexplorées. De mon côté, je cherche les filles du cosom et fais semblant de ne pas attendre Marianne. Peut-être qu’elle n’a pas reçu mon message? Peut-être est-elle célibataire? Pourquoi lui ai-je répondu?
Éloi m’interroge du regard et me dit : «Tu ne l’as pas vue ?» Je réponds innocemment : «Qui donc?». Il s’enflamme : «Ben voyons Camille, Marianne!». Je lui dis non. J’ajoute que je n’ai pas vraiment envie de la voir non plus. Je m’exclame : «Ah! C’est Marie-Josée.» «Qui?» «Tu sais, la fille que j’ai rencontrée au hockey cosom et que j’ai croisée sur la rue? Je t’en ai parlé» «Ah oui!» «Je vais la voir… Si tu rencontres l’homme de ta vie, viens me chercher!» Je traverse la piste de danse et me retourne vers l’entrée du bar. J’ai soudainement la gorge qui me serre: Marianne est là, accotée au mur, en pleine conversation avec une fille, de près, trop près…