Camille avec 2 L

Oh! Le vertige

Julie Beauchamp
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Là, debout dans la cuisine, je me laisse enlacer par Sophie, ses lèvres glissent doucement sur mon cou et je ne peux nier les frissons qui traversent tout mon corps. Je la serre plus fort contre moi tout en essayant de contrôler les sensations qui m’envahissent. Les mains de Sophie me parcourant les épaules, le dos, les hanches me déconcertent, et ce vertige me fait littéralement vibrer. Je me sens flancher, mon souffle est court, le sien est rapide, un désir nouveau vient éclore au creux de mon ventre et je crois bien que Sophie en est très consciente.
« Viens Camille. » Elle m’entraîne au salon et m’offre une cigarette. J’ai enfin le temps de profiter d’une pause pour reprendre un peu le contrôle sur ma personne. « Ça va? me dit-elle en me prenant la main (qui est d’une moiteur gênante). Te sens-tu bien, Camille?» «Oui, oui, je me sens bien, je ne m’attendais pas tout à fait à ce qui arrive, mais… on ne peut pas tout prévoir, et ça me fait… heu… drôle.» «Drôle! Ah oui? Je ne suis tout de même pas la première de…» Je lui coupe la parole sans faire exprès en répondant : «Oui, Sophie, depuis Marianne, personne!» «Mais il y a des mois que vous n’êtes plus ensemble!» «C’est ce que je te racontais pendant le souper, que je n’avais rencontré personne depuis.» «Je sais, mais je croyais que tu avais sûrement eu des aventures, genre des baises, des one night ou des one french.» Je lui fais signe que non, Sophie est surprise et ajoute en riant que j’ai dû refuser plusieurs offres. Je rajoute un «même pas!» Elle m’embrasse plus passionnément et me chuchote «Je suis vraiment contente que tu sois ici.» Je réponds un timide «Moi aussi, mais il se fait tard.» Sophie me regarde en souriant et me dit : «J’ai quelque chose à te demander, c’est un peu gênant». Après un moment de réflexion et d’interrogation angoissées, j’allume, un peu rassurée, voilà la question classique qui s’annonce, j’entends pratiquement la sonnerie des trompettes et le taratata des tambours : «Veux-tu dormir ici?… On n’est pas obligées de faire quoi que ce soit, mais c’est sûr que ça va être dur, t’embrasses tellement bien!» Je souris et l’embrasse délicatement. Oui, j’ai envie de rester, oui, j’ai envie de ses mains et de sa bouche, de son corps. Sophie le comprend et m’attire vers sa chambre. Nous nous écroulons sur le lit dans les bras l’une de l’autre. Très vite, je me retrouve presque dénudée. Allongée sur moi, Sophie m’étreint avec passion et avidité. Un léger sentiment de panique me pénètre pendant que Sophie glisse ses doigts sur ma peau, qu’elle explore mon corps agilement. Tout me paraît si différent, un autre corps, une autre voix, les odeurs qui se mélangent révèlent d’autres parfums inconnus, et cette danse des corps est à réinventer à l’infini. Je m’efforce donc de combattre ma pudeur, d’enrayer mes souvenirs. Sophie est belle et son chant me plaît. Elle me regarde intensément et me redemande si ça va. Je lui caresse les cheveux en reprenant mon souffle, elle se couche à mes côtés et me demande : «Penses-tu à Marianne?» «Non, pas vraiment, je suis un peu troublée, c’est normal, je crois.» «Oui, sûrement, personne ne réagit de la même façon, mais Camille, tu sais… Marianne, ton ex, n’était pas un ange.» Pourquoi me parle-t-elle de Marianne en ce moment, je ne comprends pas? «Écoute, Camille, il y a quelque chose que je devrais te dire sur ton ex, tu vas peut-être la voir autrement, ta Marianne, ce n’est pas évident à te raconter, mais…» Interloquée, je réalise que je suis complètement nue avec une fille qui veut me parler de mon ex! Je me couvre avec le drap et attend impatiemment. Sophie commence son histoire : «Il y a un an et demi, presque deux, tu étais encore avec Marianne, elle était venue à Montréal pour le travail.» Je commence à ne plus rien comprendre, j’ai chaud, elle enchaîne : «Ce soir-là, je l’avais rencontrée au bar, nous avions pris quelques verres, plusieurs en fait, et elle m’avait invitée à continuer la soirée dans sa chambre d’hôtel…» Je regarde Sophie dans les yeux avec stupéfaction, je devine la suite… chamboulée. Sophie me demande avec hésitation si je veux qu’elle continue, je balbutie la voix tremblante : «Vous n’avez pas…couché ensemble?!» Sophie me fait signe que oui. Je sens que je vais m’effondrer. J’ai mal au cœur, je me lève subitement et ramasse pêle-mêle mes vêtements pour aller m’enfermer dans la salle de bain. Comme dans les films en accéléré, je vois Marianne et Sophie ensemble, Marianne qui m’a trompée et menti. Sophie cogne à la porte : «Ouvre, Camille, je ne voulais pas te blesser, je voulais… juste te montrer le vrai visage de ton ex… Ouvre-moi.» «Laisse-moi tranquille, Sophie.» Je sèche mes larmes et n’ai qu’une envie : sortir d’ici. Je sors de la salle de bain et me dirige vers le salon, Sophie se confond en excuses et me répète : «Ne t’en va pas comme ça!