Confessions Tour - Les costumes

Jean Paul Gaultier et son travail avec la star

Nicolas Lavallée
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Revenant de Los Angeles, où il a assisté aux ultimes répétitions de Madonna à quelques jours du lancement de sa tournée 2006 (Confessions Tour débute le 21 mai dans la ville californienne), Jean Paul Gaultier expliquait, récemment, à deux journalistes du quotidien français Libération, sa deuxième collaboration avec Madonna. Un show énorme. Quatre tableaux. Des costumes à tomber. Jean Paul Gaultier a été «soufflé par le degré de professionnalisme» atteint par la déesse mondiale de la pop. Seize ans après avoir créé les tenues désormais fameuses (corsets, seins coqués) du «Blond Ambition Tour», le couturier français remet ça. Avec un timing serré : rencontre avec la star en novembre, premiers essayages il y a quelques semaines, envoi des presque 400 tenues (pour elle, les danseurs, les musiciens) hier jeudi, et répétition générale avec les costumes ce samedi à LA, le tout sans une minute de répit.

Il parait que le concert s'ouvre sur Future Lovers (extrait du dernier album), dont la version scénique contiendrait un sample du I Feel Love de Donna Summer. Madonna n'a-t-elle pas dit qu'elle voulait transformer chaque stade ou mégasalle de son périple mondial en «gigantesque dancefloor» ?

À une première partie «équestre», avec bombes, hauts-de-forme, cravaches et jodhpurs succédera une partie «bédouins» (la chanson Isaac), puis une séquence plus rock («never mind the bollocks»), et enfin une «disco», avec Hung Up en final et sans rappel, le tout en environ deux heures. Avec une recette potentielle de 200 millions de dollars, cette tournée pourrait être la plus imposante jamais lancée par une artiste (les deux dates prévues à Montréal, les 21 et 22 juin, déjà complètes). En 2004, son «Re- Invention Tour» avait rapporté 125 millions de dollars, attirant plus de 900 000 fans de par le monde, en 56 dates.

«Pour mes défilés, je construis ma propre histoire, alors qu'avec Madonna j'entre dans la sienne. En même temps, j'ai toujours fait des cavalières, le disco est assez proche de moi, les punks pas trop. C'est un peu comme mon travail avec Almodovar : c'est intéressant d'avoir des cadres, il faut juste s'assurer que la liste des choses à respecter n'est pas trop longue.

Il faut que j'aie du plaisir à faire ce genre de travail. Des fois, on n'était pas d'accord. Pour le disco, j'avais imaginé un côté Las Vegas assez rigolo. Elle tenait plus à l'allure Abba, avec des couleurs que je n'aime pas trop, le violet et le blanc par exemple. J'avais plus envie d'extrapoler sur l'époque et le groupe. A l'arrivée, ça fait un peu Eurovision (rires). L'idée du Travolta disco, c'est moi qui l'ai eue mais elle y avait pensé aussi. Elle aime se projeter sur des personnalités. J'avais même imaginé «déguiser» ses choristes en clones de Donna Summer, Cher et Village People. Ça ne lui a pas plu.

Madonna est d'un professionnalisme qui va au-delà du surpassement. Je n'ai jamais vu ça, chez quiconque. Tous les danseurs sont présents de 9 heures à 21 heures, week-end inclus. Madonna arrive à 13 heures, après avoir vu ses enfants, bien sûr, et sa manageuse secrétaire qui lui soumet toutes les questions de l'entourage recueillies la veille au soir. Dans les répétitions, elle chante en direct, avec une maîtrise totale. Il y a trois chorégraphes, mais elle ne les regarde pas du tout, elle fait même bien mieux qu'eux. Presque tout le show vient d'elle. Ce qu'elle s'inflige physiquement, notamment dans la danse, tout le monde ne peut pas le supporter. Hyperconcentrée, dans un état très particulier, elle exécute tous les mouvements de danse et signale ce qui ne va pas dans son micro, au fur et à mesure. Par exemple, pour le haut-de-forme avec la queue de cheval, j'avais imaginé un système de contrepoids en élastique sous le menton, pour que le chapeau soit bien maintenu. Eh bien, lors du filage, elle chante, s'approche, fait claquer l'élastique et continue le morceau. Ça dure une seconde et ça signifie : "C'est trop serré, trouvez une solution." Ce qu'on a fait en assouplissant le mécanisme. Elle peut très bien faire un super-grand écart, envoyer sa jambe derrière sa tête tout en vous disant : "Il faudrait régler ci et ça." Et ainsi pour tout : son oeil se pose sur chaque détail. Cette super-perfection peut avoir un côté inhumain. Mais reste époustouflante.

Sa vision de la mode
Son style, c'est sa capacité d'absorber les choses du moment, un peu comme Bowie le faisait à une époque. La mode fait, moins qu'avant, partie de ses préoccupations. Elle lisait beaucoup de magazines par exemple, choisissait elle-même ses vêtements. Là, elle a embauché une styliste. Son léger recul, sa distanciation, son élan vers le spirituel correspondent peut-être, aussi, à l'époque. Elle se dégage de ça en vieillissant. Mais pourquoi pas ?