Élection complémentaire dans Sainte-Marie – Saint-Jacques - le 10 avril

Choisir le nouveau député

Denis-Daniel Boullé
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l’automne dernier, le coloré André Boulerice surprenait tout le monde et tirait sa révérence après avoir représenté les citoyens de Sainte-Marie – Saint-Jacques depuis 1984 (il succédait à Claude Charron, un autre député gai), au Parlement de Québec, sous les couleurs du Parti québécois. Sainte-Marie – Saint-Jacques est une circonscription de contrastes autant par sa situation géographique – le cœur de Montréal – que par la diversité des secteurs socio-économiques qu'on y retrouve. C’est le cœur culturel, artistique et patrimonial de la métropole où se côtoient aussi bien les sièges adminsitratifs de grandes entreprises que le fameux secteur de la santé et le quartier étudiant, sans oublier le Village. Mais c’est aussi le secteur où l’itinérance, la toxicomanie et la prostitution témoignent d’une grande misère sociale, même si Sainte-Marie–Saint-Jacques compte plus d’organismes communautaires qu’aucune autre circonscription. Il est clair que les attentes de tous ces acteurs sont bien différentes et pas toujours conciliables. Un défi que sont prêts à relever les candidats, le 10 avril prochain. Portrait des candidats.

Catherine Goyer (Action démocratique)
Étudiante en sciences économiques, Catherine Goyer ne vient pas d’une famille marquée par l’engagement politique. Son engagement, il date de sa participation, depuis trois ans, à la Commission des jeunes. Pourquoi l’Action démocratique? Parce que, selon elle, il représente le vrai changement. L’ADQ serait le seul parti qui voudrait redonner le pouvoir au citoyen et non le laisser entre les mains de technocrates et de fonctionnaires. De plus, le parti de Mario Dumont aurait été le premier à souligner les enjeux des prochaines années : les questions sur la démographie, sur l’environnement et d’autres sujets qu’ont depuis accaparés les autres partis. Son rôle au cours de cette campagne sera, d’une part, d’être à l’écoute des besoins des acteurs et des résidants de la circonscription et, en même temps, de faire passer le message adéquiste. Parmi les défis qu’elle entrevoit pour la circonscription, la lutte contre la pauvreté a une place de choix. Reprenant le programme de son parti, elle souhaite voir un jour un revenu minimum garanti, assorti de compensations financières pour ceux et celles qui auraient un travail à temps partiel. Pour Catherine Goyer, l'argent alloué par les gouvernements, depuis des années, ne va pas forcément à la bonne place. Au moment de mettre sous presse, Catherine Goyer avait rencontré les élus municipaux, mais pas encore les principaux acteurs et actrices de la communauté gaie et lesbienne. Mais elle se disait ouverte à toutes les propositions qui permettraient que les voix des gaies et des lesbiennes soient mieux entendues au sein des instances politiques élues. Pour elles, les organismes communautaires font un excellent travail, et c’est essentiellement avec eux qu’il faut travailler parce qu'ils ont la meilleure expertise, il faut donc les soutenir dans leurs actions. Catherine Goyer a juste vingt ans, mais la candidate adéquiste, qui n'a aucune crainte à relever les défis, ne croit pas que son jeune âge soit un handicap.

Martin Lemay (Parti québécois)
Ex-attaché politique d’André Boulerice puis de Gilles Duceppe, il saute en politique municipale et se fait élire conseiller municipal en 1994 et, plus récemment, maire d’arrondissement. Originaire de l’Abitibi-Témiscamingue, Martin Lemay a vécu dans le quartier depuis son installation à Montréal il y a quinze ans. De par ses fonctions municipales, il a acquis une très bonne connaissance du terrain et de ses acteurs. Un atout qu’il saura mettre à profit tout au long de sa campagne. Son goût pour la chose publique lui vient de sa passion de l’Histoire. Selon lui, la politique peut être un outil privilégié pour faire bouger les choses. Sa définition du rôle d’un élu se résume dans la capacité de celui-ci à mobiliser les énergies autour d’un projet et d’obtenir des consensus, une façon de concilier des intérêts différents. Ses priorités : le transport en commun. Il déplore que le gouvernement actuel n’ait toujours pas dévoilé son plan pour le transport en commun, une promesse faite il y a bientôt trois ans. Pour lui, repenser le déplacement et l’accès au centre-ville s’inscrit dans la droite ligne du protocole de Kyoto. Il voudrait consolider le carrefour de la création, que ce soit dans le domaine de la santé avec le futur CHUM, de la recherche avec l’UQAM, dans le soutien à toutes les entreprises qui œuvrent dans le domaine des médias et du multimédia sans oublier le secteur purement culturel; enfin, mieux aider les organismes afin de trouver des solutions pour aider ceux et celles les plus touchés par la pauvreté, notamment dans le domaine du logement social. En ce qui concerne les gais et les lesbiennes, il se félicite des Outgames auxquels il s’est d’ailleurs inscrit comme bénévole, et s’engage à poursuivre avec les organismes communautaires la bataille contre l’homophobie et pour que l’égalité de droit devienne une égalité de fait. Martin Lemay a d’ailleurs été, comme élu municipal, un compagnon de route de toutes les revendications des gais et des lesbiennes et connaît personnellement tous les organismes.

Nathalie Malépart (Parti libéral du Québec)
Un nom de famille qui évoque des souvenirs pour ceux et celles qui vivent dans Sainte-Marie – Saint-Jacques depuis les années quatre-vingt. Son père a été député provincial de ce comté avant de devenir député fédéral. La politique, comme elle le dit, elle en a mangé dès son plus jeune âge en accompagnant son père dans des réunions politiques ou en collant des enveloppes, se souvient-elle en riant. Par tradition familiale, et parce qu’il représente ses valeurs, c’est du côté du Parti libéral qu’elle fait ses premières armes de militante. Ayant grandi dans la circonscription et y travaillant, elle a une bonne connaissance des réalités et des problématiques que l’on y rencontre. Nathalie Malépart revendique son engagement social puisque qu’elle a été longtemps bénévole auprès des itinérants. Une priorité pour elle : la lutte contre l’exclusion sociale. Elle croit à la concertation et à la collaboration entre tous les partenaires sociaux et économiques pour améliorer la qualité de vie de chacun et chacune. Son rôle : être le porte-voix au Parlement et au caucus libéral non pas de quelques groupes mais de chaque citoyen. Le Village, elle le connaît bien, elle a presque grandi avec lui. Elle trouve que c’est une très grande fenêtre d’ouverture et de tolérance tout en étant un vecteur économique important. Quant à l’idée d’un secrétariat d’état sur les questions des gais et des lesbiennes ou encore d’un conseil permanent, elle émet quelques réserves. Les minorités sexuelles ne risquent-elles pas d’être mises encore dans une petite boîte particulière qui soulignerait, selon elle, qu’elles sont à part du reste de la société? Pour elle, c’est l’ensemble des ministères qui doivent prendre la responsabilité des problèmes de groupes de citoyens et se sentir concernés par les questions d’égalité, de non-discrimination et de lutte contre l’homophobie. Chaque individu n’est pas un numéro et, quelles que soient ses différences, il a le droit de se faire représenter, le droit d’être écouté et de recevoir le soutien et l'appui de sa députée.
Manon Massé (Québec Solidaire)
Le 4 février dernier naissait Québec Solidaire : un nouveau parti issu de la fusion de l'Union des forces progressites (UFP) et d'Option citoyenne, résolument ancré à gauche, féministe comme il est inscrit dans la déclaration de principe de sa charte. Québec Solidaire pense qu'il existe une façon de gouverner différemment, en misant et comptant sur l'engagement de tous et de toutes pour que la démocratie soit la plus participative possible. Manon Massé sera la première candidate de ce tout jeune parti, mais qui compte dans ses rangs des militants de longue date qui ont tous un très grand engagement social. Originaire des Cantons-de-l'Est, Manon Massé connaît bien le monde communautaire. Après un passage dans un centre d'éducation populaire, elle s'engage auprès des mouvements de femmes et participe activement à la marche du Pain et des roses de 1995. Elle joint alors la Fédération des femmes du Québec et jouera un rôle prépondérant dans l'organisation de la marche mondiale des femmes de 2000. Son expérience, lui indique que les solutions durables et équitables ne peuvent s’appliquer qu'avec la prise en charge de tous ceux et celles qu’elles concernent directement. Très fier que Québec Solidaire se définisse comme féministe, elle envisage la lutte contre la pauvreté et la protection de l'environnement comme un tout dans lequel on retrouve la lutte à toutes les formes de discrimination et, entre autres, à l'homophobie. Pas seulement parce qu'elle vit en couple depuis des années avec une femme, mais surtout parce que leurs enfants sont victimes de préjugés. Si elle ne vit pas dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, elle connaît très bien la circonscription pour y avoir travaillé pendant plus de 25 ans. Son rôle de députée, il commence, selon elle, dans sa manière de faire campagne et de montrer qu'il y a une autre façon de faire de la politique. Les défis qu'elle entrevoit tournent autour de l'environnement, du logement social, de la défense d'un système de santé public et de l’accessibilité à l'éducation. Un leitmotiv dans son discours : l'économie doit être au service des gens et non le contraire; elle s'insurge de voir que, lorsque qu'une personne touche le salaire minimum, elle est en dessous du seuil de la pauvreté. En déclarant publiquement son homosexualité, ce qui n'était un secret pour personne, elle veut apporter son soutien et son engagement à lutter contre l'homophobie en milieu scolaire.
Jean-Christophe Mortreux (Parti vert du Québec)
Le Parti vert ne connaît pas la popularité des mouvements écologistes européens. Le suffrage à un seul tour y est pour beaucoup, et c'est une des raisons pour lesquelles les verts souhaitent une réforme du mode de scrutin qui permettrait à de petits partis d'avoir des élus. C'est le voeu du candidat vert de Sainte-Marie – Saint-Jacques, Jean-Christophe Mortreux. Étudiant en génie mécanique à l'École Polytechnique de Montréal, le candidat, qui a tout juste vingt ans, ne veut pas faire de promesses. Pour lui, la défense de l'environnement est simplement une clé pour une meilleure vie pour tous et toutes et une manière à long terme de faire des économies et de créer de la richesse. Le Québec dispose de toutes les ressources nécessaires pour prendre le virage des énergies propres, que ce soit par la géothermie, le développement du parc éolien et l'énergie solaire. Son intérêt pour l'écologie est né alors qu'il était étudiant au collège international Marie-de-France, où il a cofondé Les Équitables, une association humanitaire. L'un des grands défis de la circonscription concerne, selon lui, le transport. Impensable pour lui de voir que l'on souhaite construire un nouveau pont qui augmenterait le volume d’automobiles alors que le transport en commun devrait être une priorité tout comme les pistes cyclables. Très sensible aux objectifs déterminés par le protocole de Kyoto, il reconnaît que ce n'est pas suffisant, mais croit que ce serait une bonne chose de pouvoir les atteindre. Pour lui, les grandes avancées écologiques en Europe sont causées par la présence d'élus verts aussi bien dans les instances locales et nationales qu’européennes. Votez pour lui serait donc envoyer un message clair au Parlement et au gouvernement qu'il est temps d'agir et que c'est une question de survie pour la planète. Selon Jean-Christophe Mortreux, les solutions existent, mais il faut vraiment une volonté politique pour les mettre en place et convaincre la population d’y participer. Quant aux problématiques des communautés gaies et lesbiennes, il reconnaît qu'il n'en a pas une grande connaissance, sinon que l'égalité de droit tout comme le mariage des conjoints de même sexe doivent être défendus et que toute campagne ou action visant à lutter contre l'homophobie recevra son appui, sa collaboration et son engagement.

 

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Publié le 22 mars 2006

par Denis-Daniel Boullé