Camille avec 2 L

Cosom extra

Julie Beauchamp
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Dimanche après-midi (je commence enfin à me remettre de ma soirée de vendredi soir), je quitte mon appartement sous le regard amusé d’Éloi qui me crie : « As-tu tes running?? ». Je lui souris à moitié et sors. Le vent me claquant le visage me paraît moins froid que la veille, peut-être est-ce la chaleur du soleil surplombant Montréal ou la simple idée d’aller jouer au hockey cosom avec Sandra et ses amies qui me donnent des palpitations (je n’ai pas touché à un bâton de hockey depuis mon cours d’éduc. au cégep). J’ai les mains moites à -10o Celsius, le stress est suffisant pour me donner des chaleurs. Je me demande pourquoi j’écoute encore Éloi, qui s’est transformé en guide de la lesbienne active : « Tu vas voir, Sandra est super trippante; tu l’as entendue comme moi, elle joue au cosom pour le fun, c’est pas la grosse compétition, ça va te faire du bien, et tu vas rencontrer plein d’autres lesbiennes. » « Ai-je vraiment envie de rencontrer « plein de lesbiennes », en plus, Sandra n’est pas du tout mon genre!!! » « Camille, ça ne veut rien dire, ce n’est pas une date, elle est simplement gentille, c’est tout! Ouvre-toi! La découverte du cosom sera peut-être pour toi un passage transcendantal dans ton voyage au cœur du lesbianisme!!! » « Très drôle, M. Éso101. » Devant l’insistance d’Éloi, j’ai téléphoné à Sandra en me disant que je n’allais pas à un tête-à-tête dans un resto, mais seulement jouer au hockey, faire une activité, me divertir. Sandra sembla ravie de mon appel, je n’étais pas rassurée. Rendez-vous dimanche, 17h.
Timidement, j’ouvre les portes du Centre et aperçois Sandra qui m’attend en discutant avec une fille. « Ha! Camille! Comment vas-tu, je te présente Lynda, c’est la gardienne de but des Rouges. » En regardant Lynda, Sandra lui explique que je suis la dernière recrue, je viens faire un essai pour voir (voir quoi, je ne le sais pas encore). Je dis « bonjour » avec mon sourire coincé, ris nerveusement pendant que Lynda me fait part de son
« curriculum cosom ». Direction vestiaire, je me change rapidement dans un coin, j’observe discrètement les filles se parler, rire. La plus loud du groupe transmet rapidement les résultats des pools de hockey, je comprends rapidement que je suis chez les lesbiennes sportives alors que
j’ignorais qu’il y avait du hockey à Phoenix (en plein cœur de l’Arizona).
Je vais rejoindre l’équipe des Bleus. Sandra me présente aux Julie, Caroline, Annie, Chantal, Isabelle, Martine, Marie-Josée, etc. La partie commence et je m’installe confortablement sur le banc de bois (comme si cela pouvait être confortable). J’essaie de me concentrer sur la partie, mais je ne peux m’empêcher de partir ailleurs. Je suppose que toutes ces filles sont gaies, pour certaines, la question ne se pose pas, mais pour cette Marie-Josée, j’ai peut-être des doutes… En me posant la question, je me trouve totalement ridicule…C’est quoi avoir l’air gai? Comme s’il fallait se fondre dans un moule. Comme si les styles déterminaient l’orientation sexuelle. «Camille, c’est à toi, avant à droite.» Je sors de ma lune en sursautant et bondis sur le terrain. Au lieu d’avoir l’air d’un guépard rugissant, j’ai plutôt l’attitude d’un iguane sur le speed. Relaxe, mais active, je me concentre sur la balle et j’entends la voix de Sandra me crier : «À droite, à droite, c’est bien!» Je cours et saisis la balle, d’un lancer je vise… à côté du filet. L’effort y était, après cinq minutes, je retourne au banc. Marie-Josée m’accueille : «Camille, c’est ça?». Je fais oui de la tête tout en reprenant mon souffle. «C’est bon pour une première fois.» Je pouffe de rire et lui dis : «Voyons, tu me niaises?» Elle me répond en riant :«Non! pas du tout.» Elle s’intéresse drôlement à mon cheminement sportif!!! Je lui explique succinctement que je n’ai pas joué depuis des années, qu’il faut que j’arrête de fumer. Elle me sourit et repart sur le terrain pendant que je termine ma dernière syllabe. Elle est… intéressante ; est-elle intéressée? Le jeu continue et mes gaffes se succèdent à un train d’enfer. La partie se termine par une victoire des Rouges. Lynda vient me revoir en me prodiguant ses conseils, c’est-à-dire que j’ai un bon tir, mais que ma précision est à travailler, que je devrais garder la tête haute, etc. Je lui réponds que j’en prends bonne note (enfin, c’est elle la pro). Sandra me prend par le cou (comme si nous nous connaissions depuis 10 ans) et m’invite à prendre une bière avec la gang. C’est à ce moment que je me retourne et vois Marie-Josée enlacée avec une autre fille de l’équipe des Rouges. Je ne peux m’empêcher de les trouver belles et de sentir en moi ce pincement au cœur. J’avoue que la vision de filles amoureuses me rend encore un peu taciturne. Je regagne le vestiaire (non, je ne prends pas ma douche, l’idée de me mettre complètement nue devant Sandra, Caroline ou Annie me perturbe légèrement). Je me rhabille et rejoins les filles dans l’entrée, Sandra continue à jouer les ambassadrices pour ma cause ou la sienne. En quittant le Centre, je me sens presque moi-même. Sur le chemin de la bière, Sandra me demande si j’ai rencontré quelqu’un vendredi soir passé. J’éclate de rire et réponds «Oui et non, peut-être un souper, ça reste à confirmer, mais ce n’est rien de sérieux». Elle me répond: «De toute façon, Camille, une fille comme toi, ça ne reste pas longtemps célibataire!» Je la regarde interloquée en me disant que je le savais, elle me cruise! Immédiatement, elle me rassure en me disant que ces paroles sont dites en toute amitié, sans aucune arrière-pensée. Soulagée, en riant, je lui dis que c’est bien comme ça, tout est clair et que je l’aime bien… comme amie. La bière va être bonne! C’est probablement la meilleure partie du cosom!!!