Le poisson d’avril nous invite à voir

au-delà de nos frontières

Gilles Marchildon
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Les Pays-Bas se rendaient-ils compte, le 1er avril 2001, alors qu’ils devinrent le premier pays au monde à rendre légal le mariage entre conjoints de même sexe, que la date coïncidait avec le Poisson d’avril? Cinq ans plus tard, le mariage « égal » est une réalité dans autant de pays. En plus des Pays-Bas, de la Belgique, de l’Espagne et du Canada, on doit inclure les États-Unis. Même si l’État fédéral américain lutte contre ce progrès social, le mariage entre conjoints de même sexe est bel et bien légal au Massachusetts. Ce n’est peut-être qu’une question de mois avant que ne suivent les .tats du New Jersey et de la Californie, ainsi que d’autres pays comme l’Afrique du Sud.

Il est opportun de jeter un coup d’oeil sur ce qui se passe au-delà de nos frontières pour trois raisons.
D’abord, il y a le cinquième anniversaire de la loi néerlandaise. Ensuite, on se prépare pour la conférence internationale « Le Droit à la différence » sur les droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées (LGBT). Cette conférence aura lieu en juillet dans le cadre des Outgames. La troisième raison, c’est le triste blocage qui existe pour empêcher la voix LGBT d’être entendue dans les corridors internationaux.
Qu’ont en commun les États-Unis, l’un des pays les plus puissants au monde, le Cameroun, la Chine, Cuba, l’Iran, le Pakistan, la Russie, le Sénégal, le Soudan et le Zimbabwe? Je vous épargne la recherche. Les États-Unis ont fait front commun avec ces pays pour voter contre l’entrée de deux groupes de gais et de lesbiennes au Conseil économique et social des Nations-Unies (ECOSOC). « America », supposément le plus grand défenseur de la démocratie et de la liberté, s’est rangé dans le camp d’un autre « champion » des droits de la personne, l’Iran, pour faire taire la voix des personnes LGBT.
L’association nationale danoise des gais et lesbiennes, ainsi que l’association internationale des gais et lesbiennes (connue par son acronyme anglais ILGA) souhaitaient recevoir un « statut consultatif » dans l’ECOSOC. Sans leur accorder le droit de vote, cela leur aurait néanmoins permis, entre autres, de distribuer des documents, de tenir des réunions et, occasionnellement, de prendre la parole – tout comme plus de 3000 autres groupes. Le 23 janvier dernier, les É.-U. appuyaient la recommandation formulée par l’Iran que l’on n’accorde pas aux deux associations le « statut consultatif ».
C’est donc dire que les É.-U. et l’Iran, ainsi que les autres pays mentionnés plus haut, trouvent qu’il est bien trop dangereux et subversif de distribuer des documents et d’échanger des idées. Il fallait immédiatement freiner ça!
Un représentant du gouvernement américain a tenté d’expliquer la décision en disant que c’était à cause du passé de l’ILGA. Pourtant, cela n’explique aucunement pourquoi le groupe danois s’est fait claquer la porte au nez.
Il y a plus de dix ans, l’ILGA a été expulsé de l’ECOSOC. À l’époque, un grand débat avait lieu parmi les membres de l’ILGA à savoir s’il fallait accepter ou non la participation de NAMBLA (North American Man/Boy Love Association), qui préconise les relations entre hommes et jeunes.
En 1994, l’ILGA expulsait la NAMBLA de ses rangs, mais il était trop tard pour réparer les pots cassés. La droite religieuse américaine avait habilement exploité (et amplifié) le lien avec la pédophilie. Une énorme pression s’est faite et le gouvernement des É.-U. a insisté avec succès pour faire expulser l’ILGA de l’ECOSOC.
C’était un trop beau moyen pour faire taire la voix des personnes gaies et lesbiennes à l’échelle internationale. Depuis, notre communauté travaille d’arrache-pied pour regagner notre place et de nouveau faire entendre notre voix.
Au fait, en 2002, les É.-U. appuyaient la réintégration de l’ILGA. Or, c’était à peine quelques mois après la présidence du démocrate Bill Clinton. Nous sommes maintenant sous le deuxième mandat du républicain de la droite religieuse, George W. Bush. Évidemment, les groupes LGBT américains sont outrés. Une coalition formée de 40 groupes ont écrit à la Secrétaire d’État Condoleeza Rice pour exiger une explication. Or, l’administration américaine ne se donne même pas la peine de dire pourquoi elle a renversé la position prise il y a quatre ans.
Et que dire du gouvernement canadien?
Nous avons un nouveau gouvernement conservateur. Nonobstant son statut minoritaire au Parlement, il peut quand même modifier la politique étrangère du Canada sans présenter de projet de loi ou obtenir l’aval de la Chambre des communes. Le Canada est un leader international dans la défense des droits de la personne. Il fait partie d’une petite poignée de pays qui sont prêts à dénoncer les abus envers les personnes LGBT.
Tout en portant attention à ce qui se passe ailleurs, il faut être vigilant et surveiller ce qui se passe chez nous. La voix internationale des personnes LGBT passe par les voix des pays progressistes.

Gilles Marchildon est le directeur général d’Égale Canada, un organisme sans but lucratif qui fait la promotion de la justice et de l’égalité
pour les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées, ainsi que leurs familles, partout au Canada. www.egale.ca.

 

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Publié le 22 mars 2006

par Gilles Marchildon