Élections à la tête du Parti Québécois

André Boisclair vainqueur par K.O.

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La course à la chefferie du Parti Québécois avec ses rebondissements dignes d’un téléroman se termine sans surprise. À peine avait-il annoncé son intention de se présenter que les sondages donnaient André Boisclair comme le favori, loin devant sa principale adversaire, Pauline Marois. Une avance qu’il conservera jusqu’aux jours de l’élection. Ni les révélations sur sa consommation de cocaïne, ni les attaques contre ses convictions, trop néo-libéralistes pour certains, n’auront eu raison des membres du PQ qui voient, dans ce jeune politicien, le garant d’un avenir - oserais-je dire – plus rose dans un Québec indépendant. Cependant, cette campagne laisse un arrière-goût amer quant aux luttes fratricides au sein d’une même formation, au point de croire que la création d’un pays représente le seul trait commun à tous les candidats.

Si la victoire est éclatante, la campagne n’a pas non plus démérité. Bien qu’elle ait pris une tournure plutôt déplorable dans les médias, sur le terrain, les candidats ont su, au cours de leurs sept débats, attirer plusieurs milliers de personnes. Le membership du parti a doublé, atteignant plus de 70 000 nouvelles adhésion, dont la moitié soutenait le candidat Boisclair. Les révélations de la presse sur la consommation passée de cocaïne de Boisclair et les pressions des journalistes pour que ce dernier s’explique et pour que les autres candidats commentent l’affaire, n’auront eu, en fin de compte, que peu d’importance aux yeux des électeurs du parti. Rappelons que les faits reprochés remontaient à plus de sept ans, alors qu’André Boisclair était ministre dans le gouvernement de Lucien Bouchard. Pour beaucoup, cela ressemblait à un règlement de compte contre le jeune aspirant à la chefferie qui, comme il le rappelait lui-même, a écrasé quelques orteils pour se faire reconnaître. André Boisclair était, pour un certain nombre de militants et de responsables du PQ, l’homme à abattre. Si l’homosexualité n’a pas été un enjeu pour les adversaires, le jeune loup sniffant de la poudre est apparu comme une véritable aubaine.

Et pourtant, dans les jours qui ont suivi les révélations sur le passé d’André Boisclair, ce dernier grimpait encore dans les sondages. Et jusque dans les derniers jours de campagne, il sera fait état dans les journaux comme dans les entrevues avec des militants du PQ de l’affaire Boisclair, sans que cela ne freine la vague de sympathie et de soutien des pro-Boisclair. Mais, pour le nouveau chef du Parti, il devra passer aux attaques de sa propre famille politique pour redonner une unité et une confiance parmi les membres, pour avoir la garantie d’arriver aux prochaines élections provinciales, et à un prochain référendum, avec des conditions gagnantes.
L’opinion publique ne semble pas s’être laissé impressionner par les fameuses révélations. Il semblerait que la société québécoise soit un peu plus tolérante ou, mieux, un peu plus mature pour faire la part des choses. Tout comme pour l’homosexualité d’ailleurs.

Peut-être pourrait-on reprocher à André Boisclair de n’avoir pas su mettre plus rapidement un terme à la polémique entourant la cocaïne. L’homme semble avoir du mal à gérer des interrogations concernant sa vie privée. Cela ne présume pas de ses compétences à tenir les rênes d’un parti ou d’un gouvernement. Rappelons que sa sortie du placard a été discrète, et qu’il a toujours répondu de manière laconique à toutes les questions touchant son orientation sexuelle. Sa différence, autre terme de prédilection d’André Boisclair pour évoquer son homosexualité, fait partie de sa vie privée, et il n’y a pas à épiloguer dessus. Une attitude et des réponses qui ont suscité une vague de sympathie aussi bien dans la population en général que chez beaucoup de gais. Même si le nouveau chef a fait sa sortie du placard tardivement, comparé à d’autres de ses collègues politiques, même s’il n’a jamais contribué ouvertement à toutes les avancées légales autour des conjugalités gaies et lesbiennes des dernières années, même s’il a entretenu une méfiance des instances associatives et communautaires gaies et lesbiennes, il ne semble pas que ladite communauté lui ait tenu rigueur de ne pas avoir ouvertement soutenu les dossiers la concernant.

Pourtant, le fait est. En tant que premier chef d’une grande formation politique ouvertement gai, il fait œuvre de pionner. Et comme tout premier de cordée, il aura encore à répondre à des questions touchant son homosexualité. En faisant tomber des barrières, il devient malgré lui un exemple, sinon un modèle, et par conséquent, redevable envers ses concitoyens. Heureusement pour lui, les grands défis pour nos communautés ont été gagnés. Et le futur chef d’un gouvernement n’aura plus à se prononcer et à s’engager sur de grandes questions comme ce fut le cas avec le mariage.

 

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Publié le 25 novembre 2005

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