Le 5018

15 ans à se faire plaisir...

André-Constantin Passiour
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l’orée d’Outremont, sur le Plateau, le très discret Sauna 5018 a fêté, déjà, ses 15 ans d’existence, le 15 septembre dernier. Sur quatre étages, cet établissement offre plaisir et détente hors des sentiers du Village gai. À l’origine, le propriétaire, Gaétan Boismenu, croyait qu’il y avait un besoin, mais il ne s’attendait pas nécessairement à un tel succès… Sur le boulevard Saint-Laurent, entre Saint-Joseph et Laurier, face à un sympathique parc, l’entrée est sobre, rien ne permet de distinguer le sauna des autres résidences avoisinantes. La clientèle de jeunes et moins jeunes peut donc s’y aventurer avec assurance sans que l’on puisse savoir vers où ces hommes se dirigent… «Moi-même hommes d’affaires, il y a des années, j’allais au bar l’Equus, qui n’était pas dans le Village, pour rencontrer d’autres hommes. Donc, je savais déjà qu’il y avait des gens qui ne voulaient pas sortir dans le Village, sur Sainte-Catherine, et risquer d’être vus. Je savais qu’il y avait un besoin de discrétion, c’est pourquoi [j’ai choisi] cet endroit près d’Outremont qu’on ne peut pas identifier de l’extérieur. Je crois que je ne me suis donc pas trompé», d’expliquer M. Boismenu. C’est après la récession de 1988-89 que Gaétan Boismenu, alors propriétaire d’un centre de thérapie pour femmes, décide d’ouvrir ce sauna pour hommes, ce qu’il fait le 27 septembre 1990. En général, ce sauna attire la clientèle des environs du Plateau, mais aussi de Laval, des hommes mariés (ils compteraient d’ailleurs pour 40% de la clientèle) qui recherche cet aspect de respect et de discrétion. Ce ne sont d'ailleurs pas des gens qui fréquentent les clubs et autres commerces du Village. L’âge des hommes fluctue entre 30 et 50 ans en moyenne, mais passablement d’étudiants investissent l’établissement plus tard dans la soirée, paraît-il. L’été, alors que les Montréalais prennent la clé des champs, ce sont les nombreux visiteurs des autres régions qui y séjournent pendant quelques jours, mêlant ainsi l’utile à… l’agréable. Petit, chaleureux, accueillant, c’est ce qui caractérise le 5018. Son initiateur n’a d’ailleurs pas voulu d’expansion afin de conserver cet aspect. «Parfois, il vaut mieux ne pas agrandir l’espace qui fonctionne bien pour sauvegarder et favoriser l’atmosphère intimiste, indique M. Boismenu. Nos corridors sont petits, étroits, ils sont faits pour privilégier les rencontres. Si on est gêné et que quelqu’un qui nous plaît, on se frotte dans le couloir, le contact est donc plus facile.» Donc, en plus de ses passages inspirant les contacts, le 5018 possède une salle de cinéma XXX toujours achalandée, tandis que le bain tourbillon et le sauna vapeur ont aussi leurs habitués qui peuvent, par la suite, profiter des chambres toujours impeccables. Toutefois, lors des chaudes journées d'été, c'est la terrasse qui devient vite le point d'attraction, puisque «on peut s'y faire bronzer nu à l'abri des regards et que les gens profitent ainsi du soleil», note Gaétan Boismenu. Ce que les clients apprécient aussi, c'est le personnel attentionné et surtout permanent. Sur la quinzaine d'employés qui travaillent au 5018, plusieurs y sont depuis les tout débuts, ce qui, selon M. Boismenu, indique aussi les bonnes conditions qu'on y retrouve. «Pour les clients, c'est intéressant de revoir les mêmes personnes qui s'occupent d'eux, c'est rassurant», rajoute-t-il. Alors qu'Internet a chambardé bien des habitudes et a fait chuter l'affluence dans certains commerces, surtout en raison des sites de rencontres et du cybersexe, le 5018, lui, a toujours maintenu le cap. «Il y a eu [un engouement pour] Internet, mais il ne faut pas oublier que le sauna est resté un endroit pour rencontrer quelqu'un que l'on voit là, qui est là présent. Donc, pour plusieurs, c'est moins insécurisant que de parler avec quelqu'un sur Internet et d'aller chez lui alors que tu ne le connais pas», croit-il. Il semble donc que l'avenir du 5018, malgré la technologie, soit garanti puisque le besoin de chaleur humaine, lui, restera... Heureusement d'ailleurs...