La violence s’exprime de plusieurs façons

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Lorsqu’il est question de violence motivée par la haine, les personnes LGBT ont quelque chose en commun avec la société en général. Personne n’aime en parler. Ce n’est pas seulement à cause des détails littéralement écoeurants associés aux crimes commis avec couteaux, fusils, bouteilles de bière cassées, piquets en fer, pierres, bâtons de baseball, branches d’arbre, etc. Nous n’aimons tout simplement pas y faire face, comme si la nier pouvait l’effacer un peu. En dépit des grandes victoires juridiques, comme la reconnaissance du droit égal au mariage ou l’ajout de l’orientation sexuelle comme motif protégé contre les propos haineux, la violence existe. Et elle se produit à une fréquence alarmante. De plus, elle s’exprime de plusieurs façons physiques et psychologiques.
Le nouveau livre de Doug Janoff, Pink Blood (Le Sang rose), fait état de la violence basée sur l’homophobie (www.pinkblood.ca). L’auteur a passé neuf ans à faire l’analyse de plus de 400 incidents d’homophobie violente au Canada depuis 1990. Lancé à Montréal en août dernier, le livre est une première au Canada et on cherche actuellement un éditeur pour une version française. Cet inventaire détaillé ne représente pas la totalité des crimes commis, car souvent les victimes d’homophobie violente ne rapportent pas les incidents. Elles ont peur de révéler leur orientation sexuelle ou bien elles craignent d’être maltraitées par la police ou par le système judiciaire. Monsieur Janoff fait partie d’une initiative pancanadienne pour contrer la violence faite aux membres de la communauté LGBT. L’initiative regroupe des militants et des organismes de services comme Égale et la Fondation Émergence (www.antiviolence.ca).

Nous sommes tous touchés par la violence, qu’on soit ou non victime d’une agression directe. Ce sont les victimes qui souffrent de blessures, tant physiques que psychologiques, mais toute la communauté LGBT porte les conséquences. La crainte d’y passer à notre tour crée une angoisse et/ou modifie notre comportement.
La réticence d’en parler contribue au problème et nier son orientation sexuelle joue aussi un rôle. Le Vatican a commencé ses «visites apostoliques», envoyant des équipes interviewer plus de 4500 étudiants dans ses 229 séminaires. Le but : repérer les homosexuels. Presque en même temps, le pape Benoît XVI aurait approuvé un document qui articule une nouvelle politique selon laquelle les hommes avec une tendance homosexuelle ne seraient pas ordonnés comme prêtres catholiques. Que la chasse commence! L’Église catholique cherche à purger ses rangs. La tâche ne sera pas simple. Après tout, l’Église catholique est probablement le plus grand employeur d’homosexuels dans le monde entier. Les deux initiatives décrites vont causer des dégâts : des vies déchirées en lambeaux et une institution affaiblie. Des milliers d’hommes, fidèles serviteurs de l’Église et de la communauté pendant des années, tout en respectant leur vœu de chasteté, se sentiront alors persécutés et rejetés. Pourquoi l’Église catholique se penche-t-elle sur l’orientation sexuelle si la prêtrise exige le célibat? Peu importe si un prêtre est gai, bi ou hétéro, il doit s’abstenir. L’Église ne devrait alors se préoccuper que du comportement, le bris du célibat, pas de l’orientation.

Les dirigeants de l’Église catholique suggèrent que cette chasse aux gais vise à réduire le problème de la pédophilie. Or, le raisonnement manque de logique. La majorité des pédophiles sont hétérosexuels ou ne font aucune distinction quant au genre de leurs victimes. Bravo! L’Église exprime sa volonté d’aborder le problème des abus. Il était grand temps, car ça leur coûtait cher. Mais le problème touche aussi la gestion interne. Combien de prêtres et d’évêques ont été protégés malgré leurs gestes déplorables?

Quel dommage que l’Église choisisse d’infliger cette forme de violence non seulement à la communauté LGBT mais aussi à elle-même. Il n’y a pas que l’Église qui fait du tort. Le conseil scolaire de Surrey récidive, lui aussi.
En 1992, la Cour suprême du Canada avait rendu une décision contre ce conseil en Colombie-Britannique alors qu’il avait voulu bannir des livres dans lesquels on présentait des familles homoparentales.

Récemment, ce même conseil annulait la production d’une pièce qui portait sur le meurtre, en octobre 1998, du jeune étudiant Matthew Shepard, au Wyoming. Cette pièce, louangée par Time Magazine et présentée à plus de 1500 reprises dans des écoles et des campus à travers l’Amérique du Nord, avait trop de violence, aux dires du conseil. Mieux vaut ne pas en parler, selon leur philosophie.

La seule chose pire que les affreuses homophobie et transphobie qui existent en société, notamment dans les écoles, c’est d’imposer le silence sur le sujet.

Nier l’existence du problème des crimes haineux, c’est une forme subtile de violence. On ne peut seulement pointer du doigt la société straight. Nous aussi, au sein de la communauté LGBT, nous cachons parfois la violence. Il faut en parler ouvertement. Cela ne peut qu’aider à mettre fin à la haine et à la violence.

Gilles Marchildon est le directeur général d’Égale Canada, un organisme sans but lucratif qui fait la promotion de la justice et de l’égalité pour les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transidentifiées, ainsi que leurs familles, partout au Canada. www.egale.ca.