VIH/sida

Deux médicaments à la rescousse

André-Constantin Passiour
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Alors que l'on pourrait penser que le petit train-train s'installe tranquillement dans le domaine du VIH/sida, il y a du nouveau sur le front. Le Telzir et le Kivexa font en effet leur entrée dans l'arsenal des molécules pour contrer ce virus, des médicaments qui, selon les essais réalisés, sont plus que prometteurs pour les patients séropositifs. Le Dr Réjean Thomas et son équipe de la Clinique médicale L'Actuel préparent également une campagne de prévention VIH qui risque de choquer.

Tout comme le Caletra, le Telzir est un nouveau médicament de la famille des inhibiteurs de protéase. Fabriqué par Glaxo Biochem, il se prend une ou deux fois par jour, associé généralement au Ritonavir pour plus d'efficacité. Disponible depuis décembre dernier, il est maintenant remboursé au Québec (par la RAMQ) depuis la fin juin. À l'essai chez 1500 patients, dont plusieurs à L'Actuel, « le Telzir a été très bien toléré au niveau de la toxicité; on a obtenu une bonne réponse virologique indiquant son efficacité et, de plus, il a un bon profil lipidique, ce qui est une excellente nouvelle pour les patients », d'indiquer le Dr Réjean Thomas, président de l'Actuel. S'il ne fait pas augmenter le taux de gras et de cholestérol, le Telzir est aussi avantageux «parce que, pour un patient, il est facile à prendre, soit deux comprimés matin et soir et il a peu d'interaction médicamenteuse, donc on peut le prendre avec du Maalox ou d'autres médicaments », souligne ce médecin.
Autre arrivage : le Kivexa, n’est pas vraiment nouveau, mais c'est une nouvelle combinaison du 3TC et du sulfate d'Abacavir. Offert sous la forme d'un seul comprimé, il est à ingurgiter une seule fois par jour, avec ou sans nourriture. « Le Kivexa compte parmi les médicaments les moins lipodystrophiques, donc c'est important pour les patients, et c'est une molécule qui vient s'ajouter au nombre de médicaments que l'on peut utiliser », note le Dr Thomas. Déjà en circulation aux États-Unis, le Kivexa devrait être disponible ici dans quelques mois. Ce n'est peut-être pas extraordinaire, mais « la science avance; c'est deux nouvelles molécules qui arrivent pour faciliter la vie des patients, qui sont simples à prendre, et qui offrent plus de chances », confie le Dr Thomas.
Aux séropositifs aux prises avec des virus résistants, ce médecin spécialiste, qui combat le VIH et les MTS depuis près de 25 ans, dit «qu'il faut garder espoir» parce qu'il y a d'autres médicaments prometteurs qui sont à l'étude présentement.
Dans un avenir plus ou moins rapproché, on devrait voir apparaître la seconde génération tant d’inhibiteurs de protéase que d’inhibiteurs de la transcriptase inverse, deux familles complémentaires aidant à faire baisser la charge virale et à booster le système immunitaire (cellules CD4). «En ce moment, trois compagnies [pharmaceutiques] travaillent à développer des médicaments anti-CCR5, donc si on a un virus résistant, il ne faut pas se décourager, parce que des nouvelles molécules s'en viennent et seront très utiles, pour ces personnes-là surtout», d'ajouter le spécialiste. Ces médicaments font partie d'une nouvelle catégorie appelée inhibiteurs de corécepteurs (comme le CCR5). Évidemment, il s’agit toujours d’essayer d’obtenir de meilleurs résultats en empêchant le virus d’envahir les cellules saines.
Dans la famille des inhibiteurs de fusion, le T-20, qui était administré avec une seringue à sa sortie, bénéficie à présent d'une nouvelle forme d'injection simplifiée qui cause moins de problèmes au site d'injection. Pour des patients souffrant de virus très résistants et sur le point de mourir, le T-20 représente un espoir certain puisqu'il est moins toxique et fait chuter la charge virale.

De la censure?
Mais le meilleur moyen d'éviter le VIH/sida, c'est encore la prévention, l'information et l'éducation. Ça, le Dr Réjean Thomas le sait bien. Son équipe de la clinique L'Actuel et lui travaillent en ce moment à un concept de campagne de prévention audacieuse qui ne reçoit pas l'appui escompté. Cette campagne de sensibilisation cible les jeunes, incluant les jeunes de la rue. Sans en dire trop, parce que le concept est encore en période d'élaboration, le Dr Thomas indique que tant la Ville de Montréal que la STM l'ont refusé. «Je suis vraiment très surpris, continue le médecin. Je ne comprends pas qu'en 2005, il y ait encore une telle résistance et que l'on [les autorités] trouve ça trop audacieux pour la refuser. Pourtant, le succès de la prévention, c'est d'en parler, d'avoir un bon message avec un bon concept qui frappe, et de répéter le message. Ce n'est pas vraiment le mandat de la clinique de faire une campagne, mais on est prêt à le faire. On verra bien...»

LGV: être attentif
Dans le Fugues de juillet, nous vous parlions d'une bactérie qui circule de plus en plus dans la communauté gaie, le lymphogranulomatose vénérienne ou LGV. Revenant de quelques jours de vacances à Paris, le Dr Thomas a constaté que là-bas, on n'a pas attendu pour informer en plus grand nombre les gais parisiens. En effet, le SNEG (Syndicat national des entreprises gaies) a publié un petit feuillet tout simple demandant aux hommes d'être prudents ; ce feuillet a été distribué dans tous les bars gais parisiens. « Il faut informer les gens parce que cette maladie est difficilement diagnosticable du fait qu'il n'y a pas de test de dépistage comme avec d'autres maladies. Le LGV peut ressembler au chlamydia ou à l'herpès. Mais si les gens ont des doutes, qu'ils en parlent à leur médecin et nomme la maladie pour que le docteur puisse faire un examen plus approfondi», de dire le Dr Thomas, qui a constaté qu'à L'Actuel aussi, il y a déjà eu plusieurs cas de LGV.



 

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Tout comme le Caletra, le Telzir est un nouveau médicament de la famille des inhibiteurs de protéase (...)

Publié le 18 juillet 2005

par André-Constantin Passiour