Deux bears, Steeve et Patrick, Témoignent

«Je suis bear, et alors?

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Patrick et Steeve ont respectivement 25 et 27 ans. À les voir, rien ne laisserait paraître qu’ils se reconnaissent comme bears. Un mode de vie en fait choisi par Steeve et qui s’est imposé pour Patrick. Steeve a toujours été attiré par les gars plus âgés. Il n’avait aucune expérience dans ce milieu-là et il a commencé à le découvrir tranquillement. «Quand j’ai commencé à sortir, j’ai fait comme tous les jeunes, j’ai voulu découvrir tous les lieux. Mais je ne me reconnaissais pas dans les lieux de mon âge. J’ai toujours été plus mature, alors je me suis tourné vers les bars. Même si j’étais gêné la première fois que je suis entré dans un bar plus cuir. Je n’avais même pas de barbe.» Pour Steve, la démarche s’est faite graduellement et tout naturellement comme s’il avait toujours rechercher cette communauté. Pour Patrick, la démarche est toute récente. Lassé de voir qu’il ne correspondrait jamais aux dieux grecs qui hantent les gyms et les pistes de danse des discothèques, il a décidé d’accepter le corps qu’il avait. Non sans avoir auparavant essayé. «Il aurait fallu que je fasse du cardio-vasculaire tous les jours puis des séances de musculation, toute la vie s’organisait autour de cette activité, je ne m’y retrouvais pas. Aujourd’hui, je vais deux fois par semaine au gym, simplement pour être en forme.» Aucun des deux cependant ne s’inscrit en réaction face à une mode qui glorifie le corps jeune, musclé et sans poil. Ce n’est pas leur truc, c’est tout. En fait, ils souhaitent s’accepter tels qu’ils sont sans que leur corps ne soit l’objet d’une obsession qu’ils jugent quand même tyrannique par les temps qui courent. «Même si cette mode ne m’a jamais dérangé, puisque que j’ai toujours été attiré par des hommes qui paraissent plus naturels, avance Steeve, je sais que pour beaucoup de bears que j’ai rencontrés, ils ne se sont jamais sentis intégrés dans une certaine partie de la communauté parce qu’ils étaient par exemple trop corpulents ou pas musclés.» Patrick, lui, a déjà subi du rejet de la part d’autres gais. « J’ai un peu souffert de ne pas correspondre au modèle. Je trouvais cela difficile.

En fait, je viens de Granby et comme le milieu est plus petit, les gais sont beaucoup plus diversifiés. C’est à Montréal que j’ai découvert que l’on se préoccupait beaucoup plus du style et de l’apparence.» Même si Patrick a essayé de jouer le jeu, il constate que le plus important n’est pas de changer de corps, mais d’accepter celui que l’on a. Déjà très investi dans le milieu bear surtout à l’étranger, Steeve souhaite démystifier et faire mieux connaître le monde bear. «En fait, il n’y a pas un style bear, mais de multiples façons d’être bear. Je crois d’ailleurs que chaque bear a sa propre définition. Un stéréotype voudrait que tous les bears soient gros et poilus, mais ce n’est pas le cas et ils n’ont pas tous dépassé la quarantaine.» Même son de cloche pour Patrick. «En fait, il y en a pour tous les goûts. Depuis que je m’accepte comme je suis, je me sens de plus en plus attiré par des gars qui partagent cette façon d’être et je ressens aussi une plus grande liberté.» Alors comment pourrait-on définir un bear? «Un gars qui recherche des gars qui n’ont pas peur d’afficher une certaine masculinité et qui développe avec eux un lien pas seulement sexuel. C’est une façon de se constituer un réseau d’amis et de connaissances qui partagent les mêmes goûts», explique Steeve. Pour Patrick, il se demande s’il fera le pas vers un groupe bear, même s’il se définit aujourd’hui comme tel, il a quand même quelques appréhensions. «J’y pense souvent, mais je ne voudrais pas que ce soit un groupe trop fermé. Si c’est aussi strict que dans certains groupes cuir, non merci. Je ne veux pas non plus renoncer à d’autres aspects qui m’attirent aussi, comme le cuir ou les uniformes.» En fait être bear, c’est adopter une attitude qui n’est pas dictée par la mode et s’assumer tel qu’on est en tant qu’homme attiré par d’autres hommes. Histoire de se réconcilier avec sa propre masculinité.