Les bears sortent de leur tanière

Yves Lafontaine
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Vous vous rappelez tous votre nounours en peluche que vous serriez fort dans vos petits bras potelés quand vous étiez enfants? Eh bien, les bears du milieu gai ne sont pas si différents. Jusqu’à présent assez mal connus, ils occupent une place de plus en plus visible dans la culture gaie. Balayons d’abord les idées reçues : les bears ne sont pas nécessairement des hommes obèses (des chubbies). Cela n’est qu’une idée reçue née de l’étiquette «nounours» souvent donnée aux chubbies. Être bear, c’est avant tout un état d’esprit. Même si, physiquement, il faut au minimum une pilosité faciale et un petit ventre rebondi pour être considéré comme tel — la pilosité restant le caractère physique dominant —, les bears, les oursons (cubs), les otters (les loutres ou bears minces), les gros ours (chubby bears), les ours musclés (musclebears) et beardaddies (les ours plus âgés) ont avant tout un point commun : ils se fichent complètement des sacro-saints canons de la beauté homosexuelle que véhicule la gym queen épilée.

Généralement très nature, avec un code vestimentaire très varié (bûcheron, armée, cuir, alternatif, etc.) ou se moquant éperdument de la mode, le bear affiche ouvertement sa «virilité sans contraintes», un slogan d’ailleurs utilisé par Bear Magazine. L’âge, la couleur, le physique n’ont aucune importance. Tout le monde est le bienvenu chez les bears, de bons vivants qui boivent, qui mangent et qui font la fête sans se préoccuper de la mode ou de leur ligne.

De même, la sexualité du bear, bien que souvent organisée, comme pour la plupart des gais, autour de pratiques assez traditionnelles, varie d’un individu à l’autre, allant jusqu’au SM le plus hard. Cependant, la tendresse et les rapports de protection dominent dans cette communauté.

La communauté bear, apparue il y a un peu plus de douze ans aux États-Unis en réaction aux stéréotypes du milieu gai, a lentement traversé les frontières pour prendre sa place au Québec. Partie d’un simple rassemblement de personnes ayant des goûts et des physiques similaires, elle est peu à peu devenue aux États-Unis et en Angleterre une véritable communauté avec ses bars, ses clubs et ses magazines. Des lieux comme le Lone Star à San Francisco ou le King’s Arms à Londres se sont vu rapidement approprier par les bears tandis que des magazines ont fait leur apparition dans les librairies spécialisées et que désormais s’organisent un peu partout dans le monde des Bear Prides. Mieux encore, on assiste à l’apparition de films pornographiques bears! En bref, la communauté bear est devenue très active et représente maintenant une force dans la communauté gaie. Pourquoi? Parce qu’elle est plus tolérante et plus variée.