Le retour de l’ordre moral

Denis-Daniel Boullé
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l’heure où vous lirez ces lignes, nous fêterons l’adoption du mariage gai ou rongerons notre frein parce que le Parti conservateur aura réussi à repousser le projet de loi à l’automne. Les luttes et les pressions des partis sur le gouvernement Martin n’ont pu nous éclairer sur l’issue de la session parlementaire. Mais, avec ou sans le mariage, cela ne nous empêchera pas de passer un bel été, que ce soit au Québec, au Canada ou ailleurs. Cela n’empêchera pas non plus les églises chrétiennes, qu’elles soient catholiques, protestantes ou évangélistes de mener leur croisade homophobe. Car il s’agit bien d’une croisade. À leur agenda, le mariage de personnes de même sexe est devenu une priorité, sinon une obsession. Ici et ailleurs, la droite religieuse fondamentaliste ne rate aucune occasion pour manifester son opposition. Qu’on songe à la déclaration intempestive l’automne dernier, du télévangéliste Jimmy Swaggart, selon laquelle il n’hésiterait pas à tuer un homosexuel qui l’approcherait. Début juin, des associations de la défense de la famille, d’obédience religieuse, ont fait un blitz auprès des députés pour leur rappeler leur opposition au mariage gai.
Ailleurs, dans tous les pays où la question de reconnaissance légale des couples de même sexe se pose, les églises montent au créneau. En Espagne, le 18 juin dernier, à l’appel de l’église catholique espagnole, une manifestation a été organisée en opposition à l’application du projet de loi sur le mariage gai, dont le principe a déjà été adopté par le Parlement. Le tout avec l’aval de sa Sainteté Benoît XVI, qui comme son prédécesseur, a rappelé sa crainte de tout processus visant à légaliser les unions homosexuelles.

Avec ou sans le mariage au Canada, comme je le disais, ces montées religieuses extrêmistes dans certains cas donnent froid dans le dos et font craindre pour les acquis que l’on souhaiterait définitifs.

Bien sûr, on peut sourire quand un prêcheur américain a soutenu, en 2001, que les vrais responsables du 11 septembre étaient les gais et les lesbiennes qui avaient provoqué la colère de Dieu. On peut esquisser un rictus quand un chef religieux musulman en Égypte déclare que le Tsunami qui a frappé l’Asie du Sud Est était là encore une manifestation de la réprobation divine contre ceux qui faisaient du tourisme sexuel et contre les homosexuels. Mais, au-delà, de la démesure des propos, les mouvements religieux ne sont pas en perte de vitesse et ont suffisamment d’appuis dans la population pour continuer leur propagande homophobe.
Bref, nous sommes redevenus les boucs émissaires du déclin de la civilisation, les fossoyeurs de l’humanité, pour reprendre quelques expressions utilisées par les défenseurs de ce nouvel ordre moral.

Devons-nous nous en inquiéter? Disons que nous devons rester vigilants devant ce regain d’intolérance, même s’il semble bien loin de notre cour.