3e édition de la Journée de lutte contre l’homophobie

Hommage à Pierre Elliott Trudeau

Denis-Daniel Boullé
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Est-ce parce que, pour la première fois, l’événement avait lieu à l’échelle du Canada que les organisateurs ont senti la nécessité de remettre le prix à un fervent défenseur de la Confédération? Pas seulement, car en honorant à titre posthume Pierre Elliott-Trudeau, la Fondation Émergence a voulu rendre hommage à celui qui a donné le coup d’envoi à la décriminalisation de l’homosexualité au Canada.

Tout le monde se souvient de cette phrase attribuée à l’ancien premier ministre : «L’État n’a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation». Pourtant, 36 ans après ce premier coup de pied dans un des plus grands préjugés à l’encontre de l’homosexualité, le sondage réalisé par Léger Marketing* pour le compte de la Fondation Émergence révèle que 49% des Canadiens et Canadiennes considèrent que l’homosexualité est encore anormale. Du pain sur la planche encore pour que les mentalités changent. Le thème de cette année, la famille, n’en était que mieux choisi, car l’évolution des mentalités ne peut se faire que dès la plus tendre enfance, dès l’école et surtout dès la famille.

«La famille, rappelait le président de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon, est le premier lieu de socialisation des enfants mais hélas! trop souvent, le premier lieu des manifestations homophobes.» Pour l’enfant homosexuel, cela constitue un handicap dès le départ, d’autant plus que, pour la plupart des parents, l’enfant qui vient de naître sera naturellement hétérosexuel, ce qui n’est pas toujours le cas. Cette présomption d’hétérosexualité serait, selon les organisateurs de la Journée de lutte contre l’homophobie, un indicateur de la résistance persistante de la cellule familiale à accepter pleinement l’homosexualité comme une composante de la diversité des individus.

Organisé dans la bibliothèque de la Commission Scolaire de Montréal (CSDM), qui appuyait activement l’événement, et en association avec la Centrale des Syndicats du Québec (CSQ), l’événement regroupant une centaine de personnes a permis surtout de faire le point sur le degré d’acceptation de la société canadienne face aux réalités gaies et lesbiennes. La moitié des Canadiens et Canadiennes ont encore une perception de l’homosexualité sous l’angle de l’aberration, même si 66 % d’entre eux considèrent être très à l’aise avec l’homosexualité. Pas au point toutefois d’accepter qu’un membre de leur famille puisse s’unir avec une personne de son sexe. Ils sont en effet 35 % à être défavorables à cette idée et 28 % d’entre eux refuseraient d’assister au mariage d’un couple de même sexe. Les chiffres sont beaucoup moins alarmants au Québec, qui se distingue avec une perception plus positive de l'homosexualité. Que ce soit Mme Marguerite Blais, présidente du Conseil de la famille et de l’enfance, ou le représentant de la CSQ, tous s’entendaient pour dire au cours de leur brève allocution que la lutte contre l’homophobie était avant tout une lutte pour que les différences soient plus une richesse qu’une confrontation. Mais, si la famille est le premier lieu où l'homophobie peut se manifester, l'école comme courroie de transmission des valeurs doit aussi jouer son rôle. La lettre écrite par Michel Marc Bouchard et que la Fondation Émergence et la CSDM proposaient comme activité à tous les enseignants de la commission scolaire, illustrait bien les tourments et les questionnements d'un jeune au moment où il prend la décision de s'assumer comme gai et surtout d'en informer ses proches. Lue avec sobriété par le comédien Martin Fréchette, La lettre d'un jeune adulte à ses parents, écrite en termes simples, devrait toucher les étudiants de la CSDM.
Le moment le plus attendu était la remise du Prix de lutte contre l'homophobie à titre posthume à Pierre Elliott Trudeau. La Fondation Émergence voulait rappeler par ce prix l'apport de l'ancien premier ministre à l'avancement des droits des personnes homosexuelles au Canada. Laurent McCutcheon rappelait qu'en 1969, Trudeau avait permis le retrait du Code criminel canadien des dispositions relatives à la criminalisation des rapports sexuels entre personnes de même sexe. «Il n'obéissait pas à une demande de groupes de pression ou à un quelconque lobby, a souligné Laurent McCutcheon. Son action n'était pas motivée par un jugement de tribunaux. Il a donc agi de son propre chef et avec l'appui de peu de gens.» Le fils de l'ancien homme politique, Alexandre Trudeau, semblait heureux mais aussi surpris de cet hommage à son père. Il a souligné qu'il espérait «qu'un jour, nos sociétés n'aient plus à organiser des journées de lutte contre les discriminations, le racisme, le sexisme ou l'homophobie».

Le très grand nombre d'organismes et de villes à travers le Canada qui ont collaboré à cette troisième édition montre que l’événement se répand comme une traînée de poudre et témoigne de la nécessité, voire de l'urgence de se mobiliser pour faire changer les mentalités, et ce, dans toutes les sphères de la société. Un pari réussi pour la Fondation Émergence.

* Sondage Léger Marketing réalisé pour le compte de la Fondation Émergence, du 3 au 11 mai 2005.

 

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Publié le 22 juin 2005

par Denis-Daniel Boullé