Succombez à la tentation !

Le Cirque du Soleil à Las Vegas

Patrick Brunette
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Oscar Wilde a écrit que «le seul moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y succomber ». Las Vegas, here I come! Pas pour les casinos, mais pour voir trois des quatre créations du Cirque du Soleil! Lumière sur O, Kà et Zumanity.

Oscar Wilde a écrit que «le seul moyen de se délivrer de la tentation, c’est d’y succomber ». Las Vegas, here I come! Pas pour les casinos, mais pour voir trois des quatre créations du Cirque du Soleil! Lumière sur O, Kà et Zumanity.

Las Vegas célèbre cette année son centenaire. Une ville jeune, folle et dont la démesure frôle l’insolence! Dans la ville de tous les pêchés, tout est «trop» : trop de casinos, trop de monde partout, trop de spectacles, trop de sollicitation pour les yeux, trop de bruit, trop de véhicules trop gros,… vraiment trop de trop! Et dans ce trop-plein, une oasis de bonheur, de magie et d’éblouissement! Les spectacles du Cirque du Soleil brillent par leur originalité. Les créateurs ont su mettre ce qu’il fallait d’audace et de créativité. Juste assez… jamais trop !


Kà est la toute dernière production du Cirque du Soleil à Las Vegas. Derrière cette grosse machine, le génie créateur de Robert Lepage. Hautement technologique, Kà a révolutionné la façon de voir le cirque. Plus qu’une succession de numéros, Kà est un savoureux mélange de cirque, de théâtre et de cinéma. L’histoire commence lorsque des jumeaux sont séparés après une scène de bagarre. Dès lors, les deux enfants vivront des aventures époustouflantes avant de se retrouver. Époustouflantes? Le mot est faible ! On assiste à un véritable film d’action rempli de scènes de combats, d’arts martiaux entrecoupées de moments tendres et même intimes. Et les numéros de cirque s’intègrent à merveille dans cette histoire. Il y a ce bateau pris dans la tempête qui vogue violemment sur scène et sur lequel les acrobates exécutent des sauts périlleux. Il y a ces archers qui tirent sur cette plate-forme verticale et sur lesquels des personnages montent et descendent, s’agrippant après les flèches. Et il faut s’extasier devant cette scène de combat sur la même plate-forme, alors que les bons affrontent les méchants dans une chorégraphie qui n’est pas sans rappeler les scènes de combat du film The Matrix, avec ses effets de ralentis. Kà, c’est le métal, le feu, une grosse scène lourde, articulée. Et c’est ici que le génie de Lepage est à l’œuvre, lorsqu’il décide en l’espace d’un numéro de nous faire oublier tout ça pour nous amener ailleurs, de nous faire flotter dans un état d’apesanteur. Il faut voir ce personnage sur scène qui s’enfonce dans l’eau, doucement, lentement, inévitablement vers la noyade… alors qu’il n’y a pas une seule goutte d’eau sur scène ! Ou encore ce numéro tout simple, où deux des personnages s’amusent à créer des ombres chinoises. Magique!

Coup de cœur : La tente en peaux qui se transforme en machine volante façon Leonard de Vinci.
Coup de gueule : C’est quoi cette idée de permettre aux spectateurs d’apporter leur souper pendant la présentation ?

Zumanity
Le spectacle Zumanity est totalement différent des autres spectacles du Cirque du Soleil. La mise en scène est signée René Richard Cyr (un autre créateur gai). À croire que les gais ont la cote au Cirque, sachant qu’il y a un spectacle en préparation en ce moment et qu’il sera signé Victor Pilon et Michel Lemieux. Zumanity donc. Un spectacle pour adultes, nous dit-on. Mais rassurez-vous, il n’y a rien de choquant. Érotique alors? Ce n’est pas parce qu’il y a de la peau qu’il y a de l’érotisme! Sous forme de cabaret, Zumanity est animé par une dominatrice qui a le sens de la répartie. Ce qui surprend davantage, c’est de ne pas savoir si les gens qu’elle choisit dans l’assistance pour monter sur scène sont des comédiens ou de véritables spectateurs. Sous une apparence de bordel, voire de freak show, on assiste pendant le spectacle à de belles surprises (la chorégraphie homoérotique de deux femmes dans une grande coupe de champagne) et à des moments moins enlevants (le pseudo strip-tease d’un homme). Peu érotique mais plutôt surprenant est le numéro de ce contorsionniste qui se plie et se déplie de façon quasi «origamique»! Un numéro de danse-combat est consacré à l’homosexualité masculine. Enfermés dans une cage, des hommes se livrent à des acrobaties corps à corps, sous forme de violence, et qui se terminent par un baiser. Pas facile de jouer dans la zone grise de l’érotisme. On m’a dit que certaines personnes ont été choquées par ce spectacle et ont quitté avant la fin. Moi, je m’attendais à plus d’affront, plus d’audace.

Coup de cœur : La sensualité des deux filles dans la grande coupe remplie d’eau.
Coup de gueule : Les trois personnages jouant les rôles de clowns. J’aurais préféré l’impertinence des drag queens!

O
En octobre 1998, le Cirque du Soleil créait O. Sept ans plus tard, me voici assis dans l’immense théâtre de l’hôtel Bellagio avec en tête tout ce que j’ai pu entendre de ce spectacle signé Franco Dragone : «de toute beauté», «impressionnant», «le plus beau spectacle du Cirque», etc. Je n’ai pas été déçu! O est à la hauteur de sa réputation. Tout coule dans une parfaite harmonie. Ce spectacle rend hommage à l’eau, mais aussi au feu et à l’air. L’émerveillement vient aussi de cette scène-piscine qui nous réserve continuellement des surprises. Comme de voir apparaître ces nageuses parfaitement synchronisées sorties de nulle part. Ou encore lorsque des personnages se mettent à marcher sur l’eau… qui a complètement disparu et qui fait place à une surface dure. Ou encore de voir ces plongeurs s’élancer pour un plongeon de 60 pieds. Sans oublier ce piano à queue qui disparaît sous les flots. Les numéros d’acrobatie, de jonglerie avec le feu et de contorsion valent le détour. Sur scène, ça bouge. Deux yeux suffisent à peine pour suivre toute l’action qui s’y déroule. Chaque numéro est un tableau, une peinture qui éveille les sens. On se sent naviguer sur des mers inconnues comme ces deux clowns sur le toit de leur maison à la dérive. D’ailleurs, c’est bien la première fois qu’il m’est donné de voir deux clowns gais ! Eh oui, pendant un numéro, on découvre le béguin d’un clown pour son compère !

Coup de cœur : La douceur qui se dégage de tout le spectacle.
Coup de gueule : Je cherche encore…

O au Bellagio, Las Vegas (99 à 150$US) / Kà au MGM Grand, Las Vegas (99 à 150$US) / Zumanity au New York New York (65 à 125$US)

 

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Publié le 22 juin 2005

par Patrick Brunette