Mariage gai et élections fédérales

Belinda a-t-elle sauvé le mariage gai?

Denis-Daniel Boullé
Commentaires
Contre toute attente le Parti libéral a sauvé la mise le 19 mai dernier. Avec une voix supplémentaire (153 contre 152), l’amendement au budget (C-48) demandé par le Parti Néo-Démocrate a été adopté. La saga peut continuer jusqu’à la remise du rapport Gomery. Une saga qui a relégué le passage de la Reine Élisabeth II a une visite privée presque confidentielle. Belinda Stronach, en quittant à la dernière minute le Parti conservateur pour rejoindre les troupes de Paul Martin a peut-être été la voix déterminante dans ce vote. Le député indépendant Chuck Cadman n’a peut-être pas voulu porter l’odieux de la chute du gouvernement Martin. Quand au président de la chambre, il a respecté la tradition d’appuyer le gouvernement. Belinda Stronach a sauvé les fesses du premier ministre Paul Martin et peut-être, par la même occasion, le mariage gai. Pour les gais et les lesbiennes qui s’inquiétaient du sort du mariage gai en cas d’élection, ils vont pouvoir dormir un peu mieux. Certains nous avaient approchés pour que nous usions de notre modeste pouvoir pour demander à Gilles Duceppe de ne pas se joindre aux conservateurs pour réclamer d’élections. L’arrivée d’un gouvernement conservateur même minoritaire aurait compromis le projet de loi du mariage pour plusieurs années. Un fait effectivement incontestable. Stephen Harper aurait pu compter sur des députés fédéraux et peut-être quelques députés bloquistes pour enterrer le projet définitivement. Il y a des alliances qui dépassent les divergences idéologiques. Élections ou pas, il n’en reste pas moins que les dernières semaines n’auront pas été à l’honneur de la classe politique. Entre les révélations de la Commission Gomery, qui apportent son lot quotidien de révélations juteuses, et les guerres intestines qui gangrènent la crédibilité des partis, les électeurs et les électrices assistent à un cirque qui finira par tuer le peu de confiance qu’ils avaient dans leurs élu(e)s. Une farce que ne manquent plus aujourd’hui de souligner les commentateurs politiques avec un humour féroce mais de bon aloi.
L’épisode Belinda Stronach aura été comme une cerise sur le gâteau. Elle a gagné un nouveau parti, mais perdu l’homme de sa vie, déçu qu’elle l’ait tenu à l’écart de ses tractations, déçu de sa trahison envers le parti conservateur dont elle briguait la chefferie il n’y a pas si longtemps. On aurait eu pourtant envie de lui donner un satisfecit à cette jeune héritière milliardaire qui ne déparerait pas dans un soap-opera américain d’autant plus qu’elle fut la seule au Parti conservateur à se porter à la défense du mariage gai. Sera-t-elle celle qui sauvera le Parti libéral d’une défaite aujourd’hui reportée mais toujours annoncée? Nous en doutons. Dans ce jeu de chaises musicales, chacun cherche à profiter du chaos pour tirer son épingle du jeu à des fins strictement personnelles, soit pour sortir le moins entaché du scandale des commandites ou soit, comme Belinda Stronach, pour se hisser le plus rapidement au sommet de la pyramide. Tous les coups sont permis aujourd’hui entre le Parti conservateur et le Parti libéral pour conquérir ou conserver le pouvoir en sachant que les règles du jeu ont été bafouées depuis bien longtemps.
Le mariage gai n’a plus l’honneur des unes de journaux et le projet de loi risque d’être voté dans le rush de fin de session et sûrement dans une certaine indifférence. On ne le déplorera pas. Mieux, on sera enfin soulagé d’en terminer. Est-ce qu’on en sera redevable pour autant au Parti libéral ?
Cela reste à voir.