Une écoute gaie depuis 25 ans

Le 25e anniversaire de Gai écoute

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Gai Écoute est de loin l’organisme gai et lesbien le plus connu au Québec. En un quart de siècle d’existence, il a su se construire une image de crédibilité, de sérieux et de référence aussi bien pour les personnes qui ont eu recours à ses services que pour l’opinion du grand public. Une image qui dépend aussi de son président, Laurent McCutcheon. À la barre de Gai Écoute depuis 1984, il a, avec patience et persévérance, fait de Gai Écoute un organisme dont les services sont accessibles à l’échelle du Québec en n’ayant qu’un seul et unique objectif : venir en aide aux gais et aux lesbiennes qui en ont besoin. Il s’agit donc d’une aide individuelle, par le biais des lignes téléphoniques, mais aussi collective, puisque Gai Écoute a toujours été un acteur majeur dans tous les dossiers touchant les réalités gaies et lesbiennes, aussi bien en matière de droits et de prévention que, par le biais de la Fondation Émergence, dans la lutte contre l’homophobie.

Pour beaucoup, Gai Écoute est l’exemple type d’un organisme communautaire qui peut afficher sans fausse modestie un parcours sans faute. Son président sourit, presque gêné, devant cette affirmation. S’il accepte le compliment, il sait aussi combien ses collaborateurs et lui ont dû surmonter d’obstacles et livrer de batailles, sans jamais perdre de vue leurs objectifs.

Pour la petite histoire, Gai Écoute est né en 1980, en calquant Gay Line, une ligne d’écoute gratuite de langue anglaise s’adressant à des hommes qui éprouvaient des difficultés à vivre leur homosexualité. Pendant près de dix ans, Gai Écoute ouvrira ses lignes quelques soirs par semaine avant de recevoir, en 1996, une aide financière du ministère de la Santé et des Services sociaux qui assurera une certaine pérennité à l’organisme en plus de lui permettre d’offrir des services à l’échelle de la province grâce à un numéro 1-800, une plage horaire beaucoup plus étendue et la mise en place d’une ligne d’écoute pour les lesbiennes (voir l’encadré). Aujourd’hui, les lignes sont ouvertes 7 jours par semaine, de 11 h du matin à 3 h du matin. «Pas encore 24 heures sur 24», regrette M. McCutcheon, mais il est confiant que ce n’est qu’une question de temps. « Il existe un service d’aide par courriel pour ceux et celles qui ne veulent pas téléphoner, tout comme nous avons ouvert, depuis janvier dernier, un chat qui fonctionne deux fois par semaine autour d’un thème de discussion.»
Mais Gai Écoute, c’est aussi un service de référence qui permet à tout le monde d’obtenir de l’information sur les services disponibles aux communautés gaies et lesbiennes, et une structure pour pouvoir lancer des études, comme la recherche sur le suicide des homosexuels menée sous la direction de Michel Dorais et publiée dans Mort ou fif en 2000. «Nos communautés manquent d’études spécifiques sur nos réalités, si nous voulons développer des plans d’action mieux adaptés», explique M. McCutcheon. «Lors de la semaine de prévention du suicide, Gai Écoute a proposé une nouvelle approche de la prévention, s’appuyant sur un rapport qui en est venu à la conclusion que les homosexuels ne sont pas un groupe plus à risque que d’autres, mais que la prise de conscience de l’homosexualité et le bouleversement que cela entraîne peuvent engendrer une période d’idées suicidaires chez les gais et chez les lesbiennes face à la perception négative de l’homosexualité dans la société. La prévention doit donc s’effectuer au moment où ces personnes vont vivre cette crise d’identité. Il y a donc un changement de discours autour de ce phénomène : ce n’est pas l’homosexualité qui conduit à des comportements destructeurs : c’est l’homophobie ambiante, intériorisée chez la personne qui prend conscience de son homosexualité, qui crée le risque d’actes suicidaires.»

Tout le monde se souvient des différentes campagnes de visibilité de l’organisme. L’affiche avec un tue-mouches martelant Ceci est une tapette a marqué l’imaginaire collectif, tout comme celle affirmant Fifi, c’est le nom d’un chien. «Cette présence sur la place publique était, bien sûr, pour faire connaître Gai Écoute, d’autant plus que nous devions nous faire connaître à la grandeur du Québec, mais elle nous a aussi permis d’être un interlocuteur pour la population et les décideurs. C’est aussi la raison pour laquelle nous avons choisi des porte-parole qui puissent sensibiliser, par leur image, les Québécois à la situation des gais et des lesbiennes», ajoute le président. Une étude de notoriété menée par Léger Marketing a démontré que 55 % des Québécois connaissaient l’existence de Gai Écoute. Avec raison, le président souligne que, parmi les 45 % de gens qui n’ont jamais entendu parler de l’organisme, certains pourraient un jour ou l’autre avoir besoin de ses services.
Mais cette prévention est-elle encore nécessaire alors que les gais et les lesbiennes ont gagné leur place dans l’espace public depuis quelques années? Le questionnement, les peurs et les doutes sont-ils les mêmes chez ceux qui appellent Gai Écoute aujourd’hui qu’il y a vingt-cinq ans? «Avec plus de 20 000 services rendus en une seule année, je crois que notre raison d’être se justifie amplement, avance Laurent McCutcheon. Soixante-dix-neuf pour cent des appels restent des appels d’aide contre 21 % pour des demandes de renseignements. C’est la preuve qu’il y a encore de la détresse, et pas seulement en région quand on regarde la provenance des appelants. Je dirais que la prise de conscience de l’homosexualité reste toujours un événement traumatisant, avec les mêmes questions : comment le dire à la famille, aux amis, aux autres. L’expérience reste la même, sauf qu’aujourd’hui, les différentes étapes de l’acceptation se font plus rapidement que ce n’était le cas pour les générations antérieures. C’est peut-être dû au fait que l’homosexualité n’est plus aussi marginalisée qu’avant. On en parle davantage, les ressources existent et la perception de ce qu’est un homosexuel ou une lesbienne a changé. Mais, même si le processus est plus rapide, il est encore douloureux et difficile pour beaucoup.»

Quand on demande à Laurent McCutcheon d’expliquer ce que représente pour lui Gai Écoute et de dresser son bilan personnel après quelque vingt ans comme président, il hésite, voudrait revenir sur les projets et les défis à venir, qu’on n’oublie pas de mentionner que les locaux de l’organisme hébergent Gay Line, qui offre les mêmes services en anglais. Avec un peu d’insistance, il ajoute qu’il est un peu comme un parent qui regarde grandir son enfant. Bien sûr, il a investi beaucoup de temps et d’énergie dans cette aventure, avec l’aide de son conjoint et aussi avec celle de collaborateurs qui y ont cru. «Les témoignages que nous recevons de ceux qui ont eu besoin de Gai Écoute nous récompensent largement. Nous avons régulièrement de nouveaux bénévoles qui, parce Gai Écoute les avait un jour aidés, ont décidé de s’investir. C’est une grande satisfaction.»
Avec la Fondation Émergence en parallèle, le président pense surtout à l’avenir de Gai Écoute, qu’il espère voir un jour voler de ses propres ailes. Mais avant de passer le relais, Laurent McCutcheon a encore quelques projets dans ses tiroirs, qui risquent de le tenir bien occupé au cours des prochaines années. Il n’y a pas à douter que Gai Écoute sera encore là pendant au moins… vingt-cinq ans!

Que ce soit par téléphone, par courriel ou par internet, il est très facile de rejoindre GAI ÉCOUTE.
Ligne d’écoute : (514) 866-0103 (Grand-Montréal) ou le 1-888-505-1010 (ailleurs au Québec);

 

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Publié le 02 mars 2005

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