Passons au vote… et tournons la page

Denis-Daniel Boullé
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Que ceux qui croient que le débat public sur le mariage gai n’a pas eu lieu et qui réclament un référendum s’achètent des lunettes ou des prothèses auditives. Tribunes téléphoniques, débats télévisuels, courriers des lecteurs, articles dans les journaux et reportages, audiences publiques… Tous les ténors communautaires, religieux et politiques ont eu l’occasion de se prononcer. Enfin, même la Cour suprême a donné son avis. Et l’on voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas eu de débat! Rien qu’au Québec, dès l’avant-projet de loi reconnaissant les couples de même sexe dans toutes les lois et tous les règlements du Québec, tous ceux et celles qui ont voulu s’exprimer sur le sujet ont pu le faire. C’était en 1998. Les décisions des tribunaux d’autres provinces ont permis à la population de donner son avis. Il n’y a pratiquement pas eu une semaine sans que le sujet ne revienne sur le tapis. Il est enfin temps que le législateur se prononce. On se retrouve aujourd’hui en finale, les gais et les lesbiennes ayant gagné tous les matchs éliminatoires, même si l’ensemble de la population reste divisé sur la question, selon le dernier sondage effectué pour Sun Media. En effet, 46,5 % des Canadiens seraient favorables au maintien de la définition actuelle du mariage, contre 45 % qui ne seraient pas opposés au mariage entre conjoints de même sexe. Cependant, comparé aux sondages des années précédentes, on dénote dans celui-ci une nette évolution des mentalités, probablement causée par la plus grande visibilité dont a bénéficié cette réalité. Les couples de même sexe et les familles homoparentales existent déjà et sont sortis en quelque sorte du placard. On les a vus, on les a entendus et ils n’avaient rien à voir avec des Martiens importés de la planète rouge. Des hommes, des femmes et des familles bien ordinaires, somme toute.

Cette visibilité dans les médias a permis de banaliser le phénomène, d’autant plus que les opposants au mariage n’ont su que ressasser les mêmes arguments, le plus souvent sortis tout droit des textes religieux et ne s’appuyant sur aucun fondement scientifique. Jouant sur l’émotion et l’irrationnel, ils n’ont su que brandir l’épouvantail de scénarios catastrophes entre l’écroulement de la civilisation et le danger pour des enfants d’avoir deux parents de même sexe. Il y a comme prémisse à tous leurs propos une homophobie persistante qui consiste à penser que l’hétérosexualité est supérieure à l’homosexualité.

Est-ce ce déficit argumentaire qui pousse aujourd’hui certains groupes religieux et le Parti Conservateur à réclamer l’union civile pour préserver le mariage dans sa forme actuelle? L’union civile aurait-elle l’odeur, la couleur, la saveur et la texture du mariage sans avoir le défaut d’en porter le nom? Il semble bien que, pour eux, l’appellation d’origine contrôlée serait réservée aux seuls hétérosexuels. L’Union civile ne serait alors qu’un doublon discriminatoire du mariage pour marquer l’infériorité des conjugalités homosexuelles. Cela ressemble plus à une ultime et vaine tentative de sauver les meubles dans un match perdu d’avance.
Le débat a eu lieu, et il est temps pour le législateur de se prononcer afin qu’une bonne fois, la page ssoit tournée sur une loi qui ne changera pas la face du monde. Les opposants devraient plutôt consacrer toutes leurs énergies à des enjeux beaucoup plus cruciaux et plus dangereux pour l’avenir de notre petite planète que deux mecs ou deux nanas déclarant «oui, je le veux» devant un officier d’état civil.