Chronique de voyage...

Pas de sexe à New York

Mado Lamotte
Commentaires
Photo prise par © Robert Laliberté

Ça y est, on est en plein dedans, on peut pus faire semblant qu’il n’est pas là, le temps des fêtes nous a rattrapés avec la première tempête de décembre. Vite, commun des mortels, gâroche-toé chez La Baie pour acheter les cadeaux de dernière minute avant qu’il reste juste de la scrap sur les racks. Ça serait ben plate d’arriver dans la famille avec un panier de savons de chez Jean Coutu ou un CD de Noël de Bruno Pelletier! Moi, comme je fais rien comme les autres, j’ai décidé d’aller faire mon shopping du temps des fêtes en me payant un petit voyage éclair à New York avec ma chum madame Simone.

Plus de monde, viarge! Pis voulez-vous ben me dire où c’qu’y dorment les New-Yorkais? Y a juste des magasins pis des restaurants dans c’te ville-là! C’est pas une ville, c’est un méga centre d’achats à ciel ouvert. Quoique j’ai su pas mal vite où ils dorment parce que j’étais logée chez une copine de madame Simone où j’ai compris en moins de temps que ça prend à une coquerelle pour se cacher de la lumière pourquoi tout l’monde vit dans la rue.

C’est pas des appartements qu’ils ont mais des armoires à balais à 1000 piastres par mois! Et je vous épargne mes déboires avec mes deux colocataires qui pétaient et rotaient sans cesse, sans parler du p’tit chien qui avait l’air d’une perruque sur pattes et qui puait de la gueule comme un fond d’aquarium (pas étonnant, la folle le nourrissait au Pringles et au vin rouge) et sans oublier la chatte nymphomane qui vomissait partout et qui me lichait le d’ssous de bras pendant que j’essayais de dormir en position du fœtus (comme l’affreux bébé sur la pochette du dernier Céline) sur un divan qui finissait par être aussi confortable qu’un banc de parc une fois la tonne de coussins enlevée.

Une chance que mon hôtesse, la charmante Lady Jasmine, était d’une hospitalité désarmante pour me faire oublier que même si New York est une ville ben too much, on est cent fois mieux à Montréal. Ça fait que j’ai passé quatre jours à m’user le talon en courant les aubaines d’une boutique à l’autre et en dévalisant les étals des vendeurs de cochonneries qui encombrent les trottoirs de la Grosse Pomme.

Mais à ma grande déception, tout ce qui rendait le shopping trippant à New York et qui m’assurait de ramener un morceau de linge exclusif ou un objet inusité a été remplacé par des boutiques à la mode où on vend la même guénille moche que chez Simons et les mêmes bébelles à prix exorbitants que chez Urban Outfitters. Y’ont même ouvert un Bloomingdale’s dans l’ancien local du fameux Canal Jeans sur Broadway, où je pouvais m’habiller de la tête aux pieds pour moins de cent piastres!

J’ai l’air de dire qu’y’a rien de beau à New York mais ça a pas été long que l’acheteuse compulsive qui sommeille en moi s’est réveillée le temps de dire : «Chik-a-chick la greluche, mettez toute ça sur ma carte». Maudit que chu donc pas fière de dépenser comme si demain c’était la fin du monde alors qu’y’en a qui ont de la misère à se payer un Kraft Dinner. Ne vous en faites pas mes chéris, pour me repentir, je vous promets que le soir du 24 décembre, j’irai monter les marches de l’Oratoire à genoux. Et pour apaiser ma conscience, j’irai même chanter le Minuit Chrétien avec les Petits Chanteurs du Mont-Royal. Et pour compléter mon pèlerinage, j’irai expier mes péchés dans le tas de béquilles en croquant de l’hostie sous les jupes du bedeau.

Mais attention, j’me suis quand même pas rendue à New York juste pour magasiner. J’ai erré à travers les rues de la ville pour admirer l’architecture et, comme une Japonaise, j’ai fait aller mon kodak sur tout ce qui valait la peine d’être photographié. Je suis restée émerveillée des heures devant les grosses affiches en néon et les écrans de télé géants sur Time Square. J’ai nourri des écureuils noirs dans Central Park. Je suis allée déposer ma liste de cadeaux de Noël au pied du plus gros sapin de Noël au monde au Rockefeller Center. Je suis allée m’inspirer des belles coiffures en étages de la comédie musicale Hairspray sur Broadway pendant que madame Simone se pâmait sur les décors en carton tout droit sortis d’un conte de Fanfreluche. J’ai même contemplé de l’art moderne au MOMA, rénové depuis peu à la manière de notre Musée des beaux-arts, c’est-à-dire du béton, des murs blancs, des structures de verre et d’acier, des planchers de bois franc et tout le tralala bon chic bon genre qui enlève toute âme à un lieu et lui donne une telle froideur qu’il devient plus intéressant d’aller fouiner dans le capharnaüm d’un magasin d’antiquités de la rue Notre-Dame. Et finalement, j’ai mangé comme une cochonne de la pizza, de la pizza et encore de la pizza.

Pas qu’il n’y a rien d’autre de bon à manger à New York, mais notre hôtesse Lady Jasmine est tellement paresseuse qu’elle commandait tous les soirs à la pizzeria du coin. Et c’est pas juste la pizza qu’elle se faisait livrer quotidiennement. Oh non mes chéris! Pendant quatre jours, l’expression qu’elle a utilisée le plus souvent, c’est «I’m calling for a delivery ». Je vous mens pas, elle est tellement paresseuse que si elle avait pu commander ses cigarettes une par une du dépanneur, je pense qu’elle l’aurait fait! Elle avait même pas encore les yeux ouverts qu’elle avait déjà le téléphone dans la main pour commander quelque chose d’un restaurant, du dépanneur, du liquor store ou de son pusher. Le matin, elle commandait notre déjeuner d’un restaurant grec, pis laissez-moi vous dire que c’est vraiment pas évident de manger un souvlaki bourré de tatziki en se levant le matin. En attendant que la commande arrive, elle appelait la buanderie du coin pour qu’ils viennent chercher son lavage qui lui était rendu le lendemain à la même heure en même temps que son grilled cheese aux oignons frits avec extra bacon et son Coke Diète.

Ah, les Américains et la malbouffe! Après ça, ils viendront se plaindre qu’ils sont trop gros! Ensuite, elle appelait son pusher pour se faire livrer son pot quotidien. Plus dopée, la Jasmine! Un joint attendait pas l’autre. Elle fumait en se réveillant, dans sa douche, en se préparant pour aller travailler, en revenant de travailler, avant, pendant et après le souper et un dernier gros batte avant de se coucher, qu’elle terminait généralement la nuit quand elle se levait pour aller pisser. Et je vous parle même pas du champagne cheap qu’elle faisait venir du liquor store tous les soirs à 11 h moins cinq! Les chanceux, y’ont pas de SAQ là-bas, ça veut dire pas de grève qui fait chier tout l’monde et surtout, la possibilité d’acheter du bon vin, de la boisson forte et du champagne jusqu’à 11 heures le soir.

J’aurais bien aimé avoir une couple d’histoires juteuses à vous raconter sur New York, mais depuis les évènements du 11 septembre, on dirait que même la ville la plus trippante du monde s’est assagie pour devenir un endroit propre et sécuritaire où le party et la folie n’ont presque plus leur place – et encore moins le sexe dans des coins sombres comme il y en avait partout autrefois – pour finalement devenir aussi plate que Plattsburgh ou Burlington.

C’est sûr que New York restera toujours la ville qui grouille le plus en Amérique, quoique personnellement, je préfère de loin San Francisco, mais tant que les républicains de Bush resteront au pouvoir, je pense pas que ces chers États-Unis reviendront de sitôt à la folie créative des années 70, à l’exubérance des années 80 et aux idées novatrices des années 90.

Pour ceux qui se plaignent encore que Montréal est plate et qu’il ne se passe jamais rien de flyé, ben je vous rassure mes chéris, on n’a rien à envier à New York parce qu’on peut avoir encore ben du fun chez nous quand on se donne la peine de se bouger le cul un peu au lieu de chialer et d’attendre que le fun sorte de notre télé ou de l’écran de notre ordinateur. Et surtout, chez nous, il y a encore plein de saunas, de peep shows et de p’tits coins noirs pour se lâcher lousse quand on a un gros stress à évacuer.

À New York, le seul moyen de se détendre les ovaires, si tu veux pas t’emmerder à cruiser toute une soirée dans un club pour souvent en revenir bredouille, c’est de chatter dans un café Internet, de connaître quelqu’un qui organise une partouze clandestine ou encore de sortir ton cash pour te commander une des 500 escortes portoricaines qui vendent leurs très très gros attributs à très très gros prix dans les pages des revues gaies. No money, no candy!

Merci du fond du cœur : c’est ce que ma copine Kiki et son frère Matthew aimeraient dire à tous ceux qui les ont aidés moralement ou financièrement après le terrible incendie qui a endommagé la boutique Jean de Fleurette sur Amherst ainsi que leur appartement qui se trouvait juste au-dessus.

Je vous souhaite : un joyeux Noël rempli de tendresse, d’amour et d’amitié, (mon doux, on dirait une chanson de Céline). On en a rudement besoin en ces temps de guerres de pouvoir et de territoire où il n’y a presque plus de place pour la fraternité et l’esprit de communauté. Et surtout, je nous souhaite à tous un retour à l’harmonie en 2005 avec un respect pour notre belle planète et un droit à la différence et à la liberté d’expression pour tous les peuples de la Terre. C’est beau rêver, me direz-vous, mais qui ne rêve pas ne vit pas.

 

  Envoyer cet article

Chronique de voyage...

Pas de sexe à New York

Plus de monde, viarge! Pis voulez-vous ben me dire où c’qu’y dorment les New-Yorkais? Y a juste des (...)

Publié le 20 décembre 2004

par Mado Lamotte