L’Ex-otage en Irak

Fadi Fadel heureux de dire «Bye-Bye 2004!

Patrick Brunette
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En mai dernier, je donnais un coup de fil à Fadi Fadel, ce travailleur humanitaire séquestré en Irak pendant neuf jours en avril 2004. Au fil de la conversation, il accepte qu’on parle de son homosexualité dans les pages de Fugues. Sept mois plus tard, la vie de ce Québécois de 33 ans a complètement changé. Qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille?

«Oh oui! Que je suis content de dire un gros Bye-Bye! à l’année 2004», soupire-t-il. Après avoir frôlé la mort en Irak, Fadi se trouve bien chanceux d’être toujours en vie. Mais au fil de notre conversation, je vois que sa vie a été plus que mouvementée depuis notre première rencontre. Et ce ne sont pas les raisons qui manquent de saluer l’arrivée de 2005.

Coming-out
«Je n’ai aucun regret d’avoir fait mon coming-out, précise-t-il. Au contraire, c’était un honneur que de pouvoir parler de mon homosexualité dans les pages de Fugues.»

Dans cet article, Fadi témoignait, entre autres, des difficiles relations avec son père d’origine syrienne et sa mère libanaise. À la suite de sa sortie du placard dans sa famille, il racontait s’être retrouvé à la rue, se prostituant pour survivre.

«Mes parents ont lu l’article et m’ont demandé pourquoi j’étais allé étaler ma vie privée comme ça, me dit-il. On a bien discuté et je leur ai fait comprendre que je suis fier d’être gai, d’être arabe et d’être travailleur humanitaire.»
Un journaliste du quotidien The Gazette a par la suite tenté de convaincre Fadi et ses parents de donner une entrevue sur le sujet. «Mes parents n’étaient pas chauds à cette idée de portrait de famille. J’ai quand même accepté de faire l’entrevue seul.»

Dans cet article, publié dans différents journaux anglophones from coast to coast, Fadi parlait de l’impact de son coming-out : certaines personnes l’avaient délaissé, «un froid s’était installé entre nous».

Son audace lui aura permis de recevoir plusieurs messages d’encouragements. «Il y a beaucoup de jeunes gais arabes vivant au Canada qui m’ont remercié d’avoir fait mon coming-out. Et sur tous les courriels reçus, je n’en ai eu qu’un seul homophobe, d’un fou qui disait qu’il fallait tuer les homosexuels.»

Convaincu que son geste a eu des répercussions positives, Fadi s’est aussi vu récompenser lors de la Journée nationale de lutte contre l’homophobie en recevant un certificat d’honneur offert par la Fondation Émergence pour souligner son engagement social et son implication.

Mais malgré les honneurs, l’automne s’annonçait sombre pour Fadi.

Dépression
«Septembre à novembre ont été mes pires mois», affirme-t-il avec un peu de recul.
Fadi a vécu ce qu’il ne pensait pas vivre : le syndrome post-traumatique. Son enlèvement et sa séquestration en Irak sont revenus le hanter. Il a sombré dans une dépression. Pendant ces mois, il s’est enfermé dans sa maison de Laval, incapable de sortir. Lui qui avait mille et un projets en tête se terrait dans sa chambre, sans motivation aucune. Même qu’il devait partir pour la Thaïlande pour aller travailler pour un organisme humanitaire là-bas, mais ses problèmes l’ont cloué au Québec. Suivi par un spécialiste de la santé, il affirme se porter mieux maintenant. «Je commence une nouvelle vie.»

Le retour de Fadi
«Heureusement que j’ai ma famille et des amis pour m’appuyer», dit-il. Avec le soutien de plusieurs personnes, le revoici prêt à passer par-dessus les dernières épreuves pour affronter la nouvelle année.

Et déjà, ça bouge! Il s’implique depuis peu au sein du GRIS-Montréal, cet organisme qui fait de la démystification de l’homosexualité dans les écoles. Aussi, il s’est trouvé un emploi chez un concessionnaire automobile au début décembre. «Oui, ça change de travailler avec des chars au lieu d’enfants!», précise-t-il, rappelant qu’avant de se faire enlever en Irak, il travaillait pour un organisme d’aide humanitaire voué aux enfants.

Et en septembre prochain, Fadi fera un retour à l’école. Il entrera en maîtrise à l’université Concordia en sciences politiques. «J’ai besoin de sécurité, de stabilité», ajoute-t-il.

Et que puis-je te souhaiter pour 2005, Fadi? Après quelques secondes de réflexion, il s’esclaffe en disant : «Un chum ! Ça fait des années que je suis célibataire !»
Bonne année 2005, Fadi!

 

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Publié le 20 décembre 2004

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