Les bons vœux de la police à la communauté… ou presque

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On reparlera du mariage en février prochain. La Cour suprême a rendu son avis et tout le monde est content. Le gouvernement pourra aller de l’avant avec le projet de loi. Les conservateurs sont ravis que le plus haut tribunal confirme que la décision relève avant tout du législatif. Les pro-mariages sont heureux que l’union de deux hommes ou de deux femmes ne soit pas contraire à la Constitution. Les juges ont terriblement bien surfé… En attendant, parlons plutôt de ce petit émoi, le vendredi 3 décembre, quand plusieurs bars et clubs du Village ont reçu la visite de l’Escouade contre l’exploitation sexuelle des enfants à des fins commerciales… au moment où la soirée battait son plein. Tout le monde avait en mémoire la descente de l’année dernière au Taboo, dont le procès, lui aussi, bat son plein actuellement. Pas d’arrestation, pas de fermeture immédiate de bars, mais une visite pour s’assurer qu’il n’y avait aucun mineur parmi les clients ou les danseurs. En uniforme et armés de lampes de poche pour faire la lumière sur les zones sombres des bars, les policiers sont repartis après avoir causé plus d’émoi que de peur..

Au bureau des relations avec la presse de la police, on s’est fait rassurant. Quand on a compris que j’appelais pour Fugues, le relationniste Ian Lafrenière a tout de suite insisté pour dire que cette opération ne ciblait pas que les établissements du Village, mais plutôt l’ensemble du territoire de l’Île. Une cinquantaine de bars ont été visités en deux jours, nécessitant 180 policiers. Est-ce que le poste 22 en était informé? Réponse : il l’a été, puisque ce sont les postes de quartier qui ont déterminé la liste des bars à risque. Pas de quoi, donc, pour se mobiliser pour la défense de nos espaces. Pas de quoi en déduire que la police est homophobe. Ian Lafrenière précise que l’opération Persée (c’est son nom) visait à sensibiliser les propriétaires et tenanciers de bars et de clubs à leur devoir de ne pas accepter de mineurs dans leur clientèle ou parmi leur personnel. On pourrait tout de même gloser sur la forme de cette sensibilisation légèrement musclée et intimidante et surtout penser aux clients qui, en entrant dans leur bar favori ce vendredi-là, ne s’attendaient pas à cet intermède en uniforme.

J’ai rappelé au relationniste du service de police, Ian Lafrenière, que l’inquiétude que pouvait susciter chaque apparition de la police dans les lieux du Village était liée à une histoire (Buds, Truxx, Sex Garage, Katakombes, Tabo, etc..) et à des relations difficiles avec la police, ce dont il a convenu sans aucune réserve.

C’est d’ailleurs cette histoire plutôt difficile qui avait amené la Table de concertation des lesbiennes et des gais (aujourd’hui du Québec) à instaurer un dialogue puis une concertation étroite avec la police pour éviter des descentes de la police impromptues et parfois douloureuses. En ce qui concerne les bars et les clubs de danseurs nus, les membres de la Table, en liaison avec les policiers du poste 22, rencontraient les gérants de bars et de clubs, et veillaient à rappeler et à s’assurer que tout se passe en conformité avec la loi. En somme, le Village avait instauré avec la police une façon de gérer et de régler les problèmes en bonne intelligence, préférant prévenir plutôt que guérir. Fini les démonstrations spectaculaires à grand déploiement de force, d’autos encerclant le bar et d’effets de surprise un tantinet traumatisant pour la clientèle.

Il semble que cette époque soit révolue. Certes, les membres de la Table de concertation ont des contacts fréquents avec la police et avec son chef Sarrazin, mais cela ne se traduit plus sur le terrain par des changements notables. Il suffit de se rappeler le cafouillage total de la Table lors de la descente au Taboo en mai 2003. Et ce malheureux épisode ne semble pas avoir redonné à la Table le sursaut nécessaire pour jouer de nouveau un rôle prépondérant dans le dossier des relations avec la police. À l’époque, même avec des moyens limités, la Table jouait au moins un rôle de contre-pouvoir.

La Table n’aurait-elle pu éviter la visite de la police du vendredi 3 décembre? Loin de là mon propos. Mais a-t-on eu le moindre communiqué de presse de la Table pour nous donner sa position sur l’opération Persée? Silence sur toute la ligne.

Bien sûr, des états généraux accueillant des personnalités politiques et universitaires pour théoriser sur l’avenir des gais et des lesbiennes, c’est valorisant. Refaire une énième liste des priorités qui se trouvent d’ailleurs dans les rapports d’autres états généraux, ça rafraîchit la mémoire. Mais c’est sur le terrain, avec des actions concrètes, que l’on peut mesurer l’utilité et la nécessité d’un organisme. Et sur ce terrain-là, la Table est terriblement discrète…

Je ne peux me résigner à croire que la Table a simplement donné carte blanche à la police en guise de vœux de bonne année 2005, en l’assurant de sa totale collaboration silencieuse... Non, ce serait impossible et surtout irresponsable.