Sonates d'automne

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J'aurais pu vous parler des élections présidentielles américaines et de l'importance de la question du mariage gai dans le choix des électeurs. Onze états américains en ont profité pour restreindre la définition du mariage à un homme et une femme et s'opposent à toute autre forme d'union civile. Une claque pour les hétéros en union libre. J'aurais pu vous parler de la dernière chronique de Pierre Foglia dans La Presse qui reproche aux gais et aux lesbiennes américains d'être responsables de la défaite de Kerry parce que, selon lui, ce n'était pas le temps de parler mariage gai. On pourrait aussi reprocher au candidat déchu Kerry de ne s'être pas assez démarqué de Bush au cours de la campagne, que ce soit sur la question de l'Irak ou sur les valeurs sociales, en courtisant un électorat qui lui était défavorable et qui l'a prouvé le 3 novembre dernier. J'aurais pu vous parler de la Saskatchewan qui, au contraire de nos voisins du sud, a légalisé les mariages gais et ainsi rejoint la Colombie-Britannique, l'Ontario, le Québec, la Nouvelle-Écosse, le Manitoba et le Yukon. Parlant mariage, j'aurais pu vous parler de celui de mon ami Jorge. Et pour lequel j'ai joué le rôle de témoin. Étrange impression au cours de cette cérémonie expéditive au Palais de justice dans l'austérité d'une salle tout droit rescapée de l’ex-Union soviétique. Manquait plus que le portrait de Staline. Une salle qui ne donne pas le goût de la fête. Est-ce pour cela que la cérémonie est si courte? Peut-être pas, mais on a hâte de sortir. Deux articles de loi marmonnés par le greffier préposé à l'acte, les serments d'engagement vite prononcés avant la signature des registres et «par ici la sortie». Pas de vœux de bonheur et de succès dans une des entreprises les plus risquées de notre existence. Pas de félicitations officielles de la part du greffier. Cela manque de chaleur. Étrange sensation contradictoire – et toute personnelle – d'être témoin d'un moment important de la vie d'un grand ami et en même temps de l'impossibilité d'y croire tout à fait. Mais est-ce seulement la faute du lieu?
J'aurais pu vous parler de notre confrère André Gagnon, plongé dans l'eau chaude par un article paru dans Le Soleil et faisant état des problèmes financiers du directeur de Fierté Québec et du groupe de presse Être et coprésident de la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec. L'article a circulé à la vitesse de la lumière dans nos boîtes de courrier électronique. Après quelques appels, j'ai eu le sentiment que j'avais été le dernier à qui on envoyait une copie. L'homme n'a pas que des amis et cet empressement à faire connaître ses déboires le prouvent.

J'aurais pu vous parler du 1er décembre, journée internationale de lutte contre le sida. Mais outre la marche de collecte de fonds de la fondation Farha et le 1er décembre, il reste 363 jours aussi importants pour se mobiliser, non?

J'aurais pu vous parler de tous ces gais que je croise et qui me tiennent des discours idiots sur le Village, les gais, les revendications, notre mode de vie, de ces gars dont le seul petit doigt qu'ils aient jamais levé pour défendre leurs droits est celui brandi pour commander un verre dans un bar.

J'aurais pu vous parler de toutes ces petites choses qui font la saveur d'une chronique mais l'approche de l'hiver me donne l'envie de me soustraire – très temporairement – du monde. Mais en ce moment, j'ai juste le goût de passer une bonne fin de semaine avec des êtres aimés en faisant crisser les feuilles mortes sous nos pieds lors de promenades dans les bois, et de se réchauffer ensuite autour d'une bonne bouffe et – allez, osons le cliché – d'un bon feu de foyer.