La rentrée scolaire

GRIS - Montréal : 10 ans à faire ses classes

Patrick Brunette
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Si c’est à Charlemagne que l’on doit l’idée folle d’avoir inventé l’école, le chapeau revient au GRIS d’avoir eu cette idée encore plus cinglée : démystifier l’homosexualité et combattre l’homophobie à l’école. Cette année marquera le 10e anniversaire de cet organisme qui continue de bien faire ses devoirs.

Le cours «Homosexualité 101» n’étant pas au programme de la réforme de l’éducation, heureusement que le Groupe de Recherche et d’Intervention Sociale, GRIS, existe pour parler de ce sujet dans les écoles depuis déjà 10 ans.


La rentrée des classes

Une petite leçon d’histoire. En 1988, des gais et lesbiennes de Jeunesse Lambda discutent avec des professeurs afin qu’ils puissent aller parler d’homosexualité dans leurs classes. De cette demande naît un comité qui, six ans plus tard, devient un organisme indépendant, le GRIS-Montréal.

De 1994 à 1999, les bénévoles font en moyenne une trentaine d’interventions par année. Mais, depuis l’année scolaire 1999-2000, c’est l’explosion. En trois ans, les gais et lesbiennes du GRIS-MTL ont fait plus de 1 200 interventions, rencontrant ainsi plus de 28 000 élèves.

«L’esprit qui anime les gens au GRIS-MTL est le même qu’au tout début, explique Robert Pilon, l’actuel président. On veut changer les choses petit à petit dans les écoles. La seule différence, c’est l’ampleur de nos activités. En 10 ans, on a multiplié par 15 le nombre d’interventions!» (Notons que le GRIS est aussi présent dans différentes régions du Québec, mais que tous ces organismes sont indépendants l’un de l’autre.)

En ce moment, le GRIS-MTL compte 45 lesbiennes et 116 gais parmi ses membres ; la majorité d’entre eux ont réussi la formation nécessaire pour aller parler de leur vécu dans les écoles. La formule d’intervention est simple : à la demande d’un professeur, un duo formé d’un gai et d’une lesbienne se présente en classe. Après cinq minutes d’introduction, la balle est dans le camp des élèves. C’est à eux de poser les questions, même les plus personnelles, aux intervenants qui partageront leur vécu et qui donneront aussi des informations reçues lors de formations données par le GRIS-MTL.

Des exemples de questions : «Comment vous êtes-vous aperçu que vous étiez homosexuel ?», «Comment vos parents ont-ils réagi?», «Pourquoi vous avez un défilé, des Jeux gais?», «Qu’est-ce que vous faites au lit?», «Dans votre couple, qui fait l’homme et qui fait la femme?», etc.

En plus de faire de la démystification, l’organisme mène un volet «recherche» afin d’évaluer le niveau de confort des jeunes rencontrés face à différentes situations impliquant des personnes gaies et lesbiennes (voir encadré).


Une première

Tout au long de l’année, le G.R.I.S.-MTL organisera différentes activités pour souligner son dixième anniversaire. Mais ce qui retient l’attention, c’est le lancement de sa toute première campagne annuelle de financement. «À la mi-septembre, on va de l’avant avec cette campagne, soutient Robert Pilon. Pour la première fois, on demande l’aide de la population en général et les gais et les lesbienens composent évidemment notre premier public». Les comédiens Gilles Renaud et Mireille Deyglun sont les porte-parole de cette première campagne.

Cette fois-ci encore, le GRIS-MTL a demandé à des personnalités hétéros de s’impliquer. En 2002, France Castel, Pierre Gendron, Vincent Graton, Charles Lafortune et Dominique Pétin avaient uni leurs voix lors d’une campagne clamant «Nos enfants ne seront pas homophobes». Une opération média réussie dont l’instigateur, Robert Pilon, est très fier.

Autres activités au menu pour ce 10e anniversaire: le lancement du tout nouveau site web de l’association et aussi la venue de l’activiste queer et sociologue Marie-Hélène Bourcier, de passage à Montréal pour une autre conférence à l’Université Concordia.


Une ombre au tableau

Pour Robert Pilon, il n’y a pas de doute, le GRIS-MTL a le vent dans les voiles. Pourtant, si le futur semble reluisant, la réforme du système de l’éducation inquiète et représente une ombre au tableau.

Très souvent, les interventions du GRIS-MTL dans les écoles secondaires se font dans les cours de formation personnelle et sociale (FPS), cours qui disparaîtront avec la réforme. «Le volet sexualité devra, en principe, être abordé dans toutes les matières, précise Robert Pilon. Autant dans la classe de mathématiques qu’en français.» Le GRIS-MTL perdra-t-il l’ouverture qui lui permettait de parler des réalités homosexuelles au secondaire? «Je ne suis pas trop inquiet, affirme Robert Pilon. Je ne pense pas que les écoles vont nous oublier subitement. On a d’ailleurs une stagiaire qui va se pencher sur cette question dès l’automne.»

Et toujours dans la mire du GRIS-MTL, la recherche de bénévoles. «Même si on en a plus que n’importe quel autre organisme gai et lesbien, on a besoin de filles et de gais et lesbiennes issus des communautés culturelles», ajoute Robert Pilon.

D’ailleurs, le président voit l’avenir avec optimisme. Il est question de créer d’autres GRIS, du côté de Laval et de la Montérégie. «On veut que notre groupe devienne LA référence quand on parle d’homophobie à l’école.»


«L’homosexualité, c’est dégueulasse.»

Lors des interventions du GRIS-Montréal dans les écoles, les élèves sont invités à répondre à un questionnaire écrit. Une des questions posées est «Que pensez-vous de l’homosexualité?». Les jeunes sont invités à y répondre avant l’intervention mais aussi après le passage du gai et de la lesbienne dans leur classe. Voici quelques réponses…


Avant l’intervention
«C’est le mal, les diables, les mutants…»

Après l’intervention
«C’est des personnes normales.»
- Un gars (catholique pratiquant) de 15 ans


Avant l’intervention
«C’est dégueulasse. Ok.»

Après l’intervention
«C’est pas si mal d’être gai.»
- Un gars de 15 ans


Avant l’intervention
«C’est deux hommes qui vivent ensemble et qui agissent comme des femmes.»

Après l’intervention
«Je pense que l’homosexualité c’est normal et que ça fait mal à personne de savoir qu’il y a des gens différents.»
- Une fille de 15 ans


Avant l’intervention
«Ça ne me dérange pas s’ils ne font rien devant moi parce que ça me met mal à l’aise.»

Après l’intervention
«Maintenant ça ne me dérange pas, c’est eux, pas moi.»
- Une fille de 12 ans


Avant l’intervention
«Je pense que c’est une chose pas bon. Mais, en général, je m’en fous, parce que je ne serai jamais une lesbienne.»

Après l’intervention
«Il y a rien de nouveau. Ils sont pas des extra-terrestres mais ils sont gentils, c’est normal mais bizarre d’une façon.»
- Une fille (musulmane) de 15 ans


Avant l’intervention
«C’est leur choix…»

Après l’intervention
«Ce n’est pas un choix, ils sont nés comme ça et je les comprends plus maintenant.»
- Une fille de 15 ans


Avant l’intervention
«Je crois que les homosexuels sont comme nous et qu’ils peuvent eux aussi trouver que les intérosexuels (sic) sont bizarres.»

Après l’intervention
«Je pense la même chose qu’avant des homosexuels.»

- Un gars de 14 ans



GRIS - Montréal. Tél. : (514) 590-0016 / info@gris.ca

 

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Publié le 18 août 2004

par Patrick Brunette