Souvenirs de vacances...

De Paris à Budapest

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté
Bon, je sais, vous alliez vous dire : «est encore partie en voyage, la chienne», mais attention, je n’ai pas fait que du tourisme, ô que non, mes chéris, en fait je suis allée faire un show à Paris, au Tango, le petit cabaret du Marais où j’étais déjà venue il y a deux ans pour enseigner à nos amis français que le Canada pis le Québec, c’est pas pareil, et surtout pour leur rappeler que Céline Dion n’est pas la fierté de tous les Québécois. La dernière fois, je m’étais grassement moquée d’eux et j’avais interprété à ma manière les plus grands classiques de la chanson française (ben oui, je sais chanter, viarge!). Alors, cette fois-ci, pour faire changement, j’ai choisi de massacrer la musique de chez nous en revisitant nos grands succès quétaines pour le plus grand bonheur de mon auditoire parisien venu par centaines s’extasier devant les incontournables de nos Michel Louvain, Michèle Richard et autres Renée Martel de la chanson québécoise. Il fallait ben que quelqu’un leur dise un jour qu’il se fait autre chose de grandiose chez nous que le rock gougoune de Plamondon et la guitare moumoune de Roch Voisine. Pas besoin de vous dire qu’ils se sont bien marrés de nos expressions québécoises, qu’ils trouvent absolument charmantes, même si j’ai eu beau leur répéter que la moitié de nos expressions venaient du français qu’ils parlaient jadis, à l’époque des rois, et qu’ils ont remplacées aujourd’hui par des expressions anglaises ou du verlan, cette espèce de langage d’adolescent qui consiste à renverser un mot à l’envers et parfois même à l’amputer d’une syllable, ce qui devient absolument incompréhensible pour les pauvres Québécois d’Amérique que nous sommes. Pour vous donner un exemple, en verlan, une femme c’est une meuf, une fête c’est une teuf et un arabe c’est un beur. N’importe quoi! Après ils oseront nous dire qu’on parle mal le français! Et vous savez quoi? J’ai eu beau les insulter et leur donner tous les noms de la terre, les magrets de canard en redemandaient encore et même qu’à la fin de mon spectacle, ils étaient debout à taper des mains pendant que moi je tapais de la cuillère et qu’avec moi, ils reprenaient tous en chœur le refrain de «J’ai un amour qui ne veut pas mourir». Plus quétaine que ça on se serait mis à swigner sur la danse des canards de la p’tite Simard. J’vous mens pas, mes chéris, les efforts que déploie l’ONU pour raccorder les peuples depuis le début des hostilités en Israël et en Irak, portent moins que mes coups de cuillères de bois et mes stepettes de gigue à St-Dilon. Ça fait que, grâce à votre toute dévouée, les Français ne diront plus : «bonjour la Canadienne» à une Québécoise et ne s’étonneront plus qu’on mette de la sauce BBQ et du fromage en crottes sur nos frites, parce que je leur ai fait savoir qu’une Canadienne, c’est un manteau de lainage avec des boutons de bois, pis que poutine, c’est pas juste le nom d’un président de Russie! Après mes spectacles, je suis restée quelques jours à Paris pour dévaliser toutes les boutiques chics de la capitale de la mode et, grâce à mes contacts, j’ai eu le grand bonheur de rencontrer Nicole Croisille, qui jouait dans la version française des Monologues du Vagin, avec qui j’ai parlé noune et bizoune pendant un gros vingt minutes après son show. Le lendemain, un ami québécois qui danse dans Chicago, m’a invitée à voir le show et j’y suis allée en pensant m’emmerder royalement, mais à ma grande surprise j’ai trouvé ça pas pire pantoute. Ma seule déception, c’est que Stéphane Rousseau avait fini de jouer la veille. Ça fait qu’il a fallu que je me tape Anthony Kavanagh à la place. Pas grave, parce qu’après le show, Serge, mon ami danseur, m’a emmené prendre un verre au bistro du coin où j’ai rencontré toute l’équipe du show ainsi que la belle Véronic Dicaire et surtout le beau Stéphane, qui était venu prendre un dernier cocktail avec la troupe avant de rentrer à Montréal. Non, mais c’est donc fin c’t’enfant-là! Pis y faut ben que je vienne à Paris pour rencontrer autant de vedettes québécoises dans une même soirée! C’est donc comblée d’avoir fait de si belles rencontres, et encore à moitié saoule, que je m’envolai quelques heures plus tard pour aller rejoindre ma sœur Nicole et ma chum Louise à Budapest, là où ils mettent du ketchup sur leur pizza et où les vendeurs de journaux proposent des revues pornos sur le coin des rues à l’heure de pointe! En arrivant à Budapest, après avoir rejoint mes copines à l’appartement qu’on avait loué en plein centre de la ville, j’me suis tout de suite mise à arpenter les rues de la capitale hongroise, à la recherche d’une bonne grosse, saucisse juteuse, parce qu’un lendemain de brosse y a rien que j’aime mieux que de croquer à pleines dents dans un bon sandwich à la saucisse hongroise et à la moutarde forte. Mais, si on en trouve partout sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, icitte, à Budapest, cherchez-en pas, y’en a nulle part. Tout ce que j’ai trouvé pour me rassasier c’est de la salade de patates avec des p’tites saucisses cocktail noyées dans un genre de sauce Miracle Whip. Heureusement, j’ai découvert par la suite qu’il y avait d’autres spécialités locales, comme la soupe goulasch que je mangeais pour déjeuner, la soupe crémeuse au veau et au citron que je mangeais pour dîner, pis la soupe de gibiers que je mangeais pour souper. Faut dire qu’après m’être étouffée avec une pointe de pizza recouverte de ketchup tellement sucré que j’avais les dents qui grinçaient entre chaque bouchée, et quand j’ai compris que si j’voulais manger du poulet il fallait d’abord que j’absorbe une livre de panure avant de trouver la poitrine enveloppée dans une tranche de jambon et une tranche de fromage qui baignent dans une sauce aux champignons, c’est là que j’ai décidé de m’en tenir à mon régime de soupe.

Mais est-ce que j’ai fait autre chose que manger à Budapest? Ben oui, c’t’affaire! J’ai marché à travers les rues étroites bordées d'édifices de styles baroque, gothique et art nouveau, j’ai traversé le célèbre pont des Chaînes, j’ai fait aller mon kodak comme une Japonaise devant la splendeur d’architecture qui leur sert de Parlement, j’ai fait une croisière sur le Danube, qui soit dit en passant n’est pas bleu pantoute, jusqu’au village de Szentendre pour y flâner et déguster le marcipan, une petite friandise à base de pâte d’amandes, j’me suis même rendue jusqu’à un autre village, celui de Godollo, pour visiter la résidence d’été de Sissi, où j’ai fait la rencontre de Magda, (Mado en hongrois!), une guide touristique folle comme d’la marde et maquillée comme un clown de Muriel Millard. De retour à Budapest, on terminait nos longues journées de marche dans un des nombreux bains thermaux qu’on retrouve partout en ville. J’ai trempé des heures dans des grosses piscines d’eau chaude naturelle parmi les Hongrois qui s’y rendent chaque jour pour se détendre, fraterniser et même jouer aux échecs dans l’eau tempérée à 38 degrés celsius. J’peux tu vous dire que j’me suis démenée comme un diable dans l’eau bouillante et que j’me suis pas gênée pour promener ma main baladeuse sous les serviettes des beaux Hongrois dans les vapeurs du sauna en m’exclamant : «ah, c’est ici qu’elles se cachent les bonnes grosses saucisses hongroises!» au grand dam de ma sœur Nicole qui préférait pratiquer les douze mots d’hongrois qu’elle avait appris en lisant les menus de restaurants, avec des p’tites vieilles ratatinées, qui passaient des heures les jambes écartées au-dessus des jets d’eau qui sortaient du fond de la piscine.

Pis dire qu’après, c’est moi qu’on traite de cochonne! Et cette magnifique aventure en terre hongroise s’est terminée par une nuit de débauche mémorable à boire de l’absinthe dans un cabaret de travesties tellement mauvaises, mais, oh! combien, hilarantes. Alors que Nicole se faisait cruiser par une grosse truckeuse et que Louise jouait à broute-minou avec le barman dans le backstore, moi je frenchais à pleine bouche avec Anthony, un jeune hongrois de 26 ans, beau comme un cœur, qui, aussitôt refermée derrière nous la porte des toilettes, s’est gâroché sur moi comme la misère su’l pauvre monde! Pis, j’peux-tu vous dire que cette saucisse hongroise-là était ben meilleure que celles que je mange sur le boulevard Saint-Laurent! Ah bonheur, quand je te tiens par la queue! Allez, mes chéris, lâchez-vous lousse, c’est l’été, et la saison de la baise en plein air est enfin commencée!