Joe Bocan

La femme dévoilée

Éric Paquette
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Nous la connaissons tous pour ses textes touchants et frappant de réalité, pour sa voix enjôleuse qui a bercé nos silences dans les années 90. Mais, aujourd’hui, je vous propose de découvrir l’autre coté de la chanteuse : femme d’opinions, porte parole de plusieurs événements culturels, metteure en scène prodige et «chroniqueuse sociale» pour le magazine Le Lundi jusqu’à tout récemment. Joe Bocan est donc loin d’avoir mis sa carrière en veilleuse. La tête encore pleine d’idées, de projets et de rêves, elle nous raconte ce qu’elle est devenue et ce à quoi elle aspire. On lève le voile sur Joe Bocan, la porte-parole du Port des Arts qui se tiendra dans le Vieux-Port de Montréal, du 9 au 18 juillet.

Joe, qu’est-ce qui t’a poussée vers l’écriture de chronique sociale plutôt que d’écrire des chansons ?
Je suis devenue rapidement accroc à l’écriture hebdomadaire. J’observais la vie d’une façon différente, ce type d’écriture m’amenait à des réflexions vers l’extérieur de moi plutôt qu’à des réflexions très introverties comme c’était le cas lorsque j’écrivais les textes de mes chansons. J’aimais bien écrire sur des sujets qui touchent le «vrai monde» et poser mon regard de femme et de mère de famille sur des sujets qui préoccupent la société moderne. Je pouvais aussi affirmer mes opinions et aborder certains sujets tabous, comme l’infidélité chez la femme ou les relations de couples difficiles, par exemple. Malheureusement, ils ont dû mettre fin à mon contrat pour des raisons budgétaires.

Quelle fut ta relation avec les hommes dans ta vie ?
J’ai eu longtemps une relation difficile avec les hommes, mais ça m’a pris beaucoup de temps avant de m’en rendre compte. J’aimais des hommes qui étaient incapables de s’engager, ou qui avaient une perception de l’amour tellement différente de la mienne que ça ne pouvait fonctionner entre nous. Un jour, je suis parti en voyage sur une île presque déserte et je me suis mise à lire Ces femmes qui aiment trop. J’ai finalement compris que je tentais tant bien que mal de régler la relation de mes parents et que je recherchais constamment à convaincre les autres d’adhérer à ma vision de l’amour, comme ma mère faisait avec mon père. J’étais donc très insatisfaite de l’amour jusqu’à ce que je comprenne ce que c’était vraiment pour moi. Avec Charles Biddles Jr., ce fut très différent. Bien que nous ayons été séparés pendant presque trois ans, nous sommes à nouveau réunis et nous sommes sur la même longueur d’onde.

Toi et Charles, vous avez eu trois magnifiques enfants : comment perçoivent-ils leur mère ?
Mes enfants ne connaissent rien de ma carrière, ils ne savent pas ce que j’ai fait. Ma fille Charlotte n’a vu mes clips que tout récemment; ça reste très abstrait pour eux. Charlotte est un peu plus consciente puisqu’elle a participé avec moi au spectacle pour enfants La Comtesse d’Harmonia, mais il n’en reste qu’ils ne me perçoivent pas du tout comme une star. Elle m’a dit tout récemment que je devais leur en vouloir d’avoir tout abandonné pour une famille. C’est bien sûr que je lui ai fait comprendre que jamais je n’aurais été une femme aussi complète sans eux et mon mari. J’ai tenté de lui faire comprendre que la gloire et l’argent, c’est bien beau, mais qu’il y a un vide profond lorsqu’on les vit seul.

Voudrais-tu revenir sous les feux de la rampe ?
Je suis très perplexe, parce que j’ai énormément de difficulté à contrôler mon trac. Même pour cette entrevue avec toi, j’étais angoissée. J’ai toujours eu le trac très fort à chaque fois que je replonge dans le métier, que je sors de ma vie de famille. Je préfère maintenant m’investir dans des projets un peu moi médiatisés. Je ne suis pas une carriériste, je suis une femme qui aime vivre et profiter des petits moments. J’écris d’ailleurs des chansons pour d’autres artistes. J’ai composé une pièce, Si Dieu Existait, qui devait être enregistrée par Bruno Pelletier au départ, mais elle sera finalement endisquée par David Leblanc, un nouveau chanteur québécois. J’ai aussi signé la mise en scène de Simplement Marnay, le spectacle à Gatineau pour la réouverture officielle de la salle Odyssée en 2003, une aventure qui m’a permis de créer tout en restant un peu effacée.

Tu es aussi porte parole de l’évènement Le Port des Arts présenté au Vieux Port de Montréal cet été. Qu’est-ce qui attends les plaisanciers ?
Je crois que nous vivons dans une société très «Walmart» où tout est consommé très vite et où les biens sont tous similaires, sans âme et émotion. Je pense qu’on a un peu délaissé notre côté artisanal, probablement parce que la société s’est un peu tannée de l’art du terroir et du macramé (rires). Je crois que le Port des Arts, pour avoir vu ce qu’ils ont à offrir lors de ma visite du salon à Toronto, propose plusieurs artistes, sur place ici, à Montréal, qui nous ferontdécouvrir des articles très utiles faits à la main par des artisans. Toute la famille pourra apprécier les œuvres non seulement décoratives, mais aussi très pratiques, comme des vêtements, des chapeaux, des produits de parfumerie, et j’en passe. Plus de 150 artistes du Québec, mais aussi du Canada anglais et des États-Unis seront sur place et interagiront avec les gens pour leurs créations. Une activité pour toute la famille qui se déroule au quai Jacques-Cartier du Vieux Port de Montréal, du 9 au 18 juillet prochain. Vous y ferez des trouvailles, je vous le promets.

Es-tu à l’écriture ou à la préparation d’un album?
J’ai quelques chansons déjà enregistrées qui traînent dans un tiroir (rires) et, qui sait, un jour tourneront-elles à la radio. Il y a aussi un projet de mettre au petit écran La Comtesse d’Harmonia pour l’année prochaine. Pour l’instant, je me consacre beaucoup à l’écriture. Depuis quelques mois, j’ai commencé à écrire un roman, des contes pour adultes et un spectacle de variétés pour le Casino de Montréal. Tout est encore à l’étape de l’ébauche, mais je compte bien m’y mettre tout l’été.

Pour plus d’informations sur le Ports des Arts, cliquez sur www.vieuxportdemontreal.com/activites ou
sur www.oneofakindshow.com