Table de concertation des lesbiennes et des gais du Québec

Convergence et croisée des chemins

Denis-Daniel Boullé
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Peu de monde s'était laissé tenter par l'assemblée annuelle de la Table de concertation des gais et des lesbiennes du Québec. Une dizaine de personnes et des représentants de groupes étaient présents. Pourtant l'organisme est censé rassembler autour de son travail la majorité des associations gaies et lesbiennes de la province. Au terme de l'exercice, il faut constater que la Table semble se chercher.

Les récents gains en matière d'égalité juridique et la lassitude de ceux qui ont mené le combat et se sont retirés ont vidé la Table de sa raison d'être. De plus, le conseil d'administration, qui a mis beaucoup d'énergie à construire une structure financière, semble avoir perdu de vue la nécessité de maintenir un réel membership. Au point où certains ont pensé que la Table ne roulait plus que pour elle-même, n'ayant plus la légitimité que les groupes et les individus lui avaient donné dans les années passées.

Tout n'est pourtant pas négatif. Selon le coprésident, André Gagnon, propriétaire du magazine Être, et directeur de Fierté Québec, la consultation en région et les États Généraux qui se tiendront à Québec à l'automne prochain, durant Fierté Québec, permettront de donner un second souffle à la Table. Avec un peu plus d'argent, selon le coprésident, la Table pourra mener à bien plus de projets. Entre autres, s'assurer que l'égalité juridique se transforme en une véritable égalité sociale. Face au questionnement du député d'Hochelaga-Maisonneuve sur l'opportunité de tenir des États généraux à Québec, alors qu'il semblait y avoir une désaffection des troupes en cette soirée, alors qu'il faut évaluer avec prudence la capacité d'aller chercher des subventions en cette période de coupures budgétaires, le co-président s'est dit confiant du succès de l'entreprise. Il pense avoir la participation des régions qui viendraient, selon lui, plus facilement à Québec qu'à Montréal, en raison de la situation géographique plus centrale de la ville.

Le bureau de la Table n'a pas chômé durant cette année, mais les subventions qu'elle a reçues n'ont pas servi à la rendre plus visible. Diane Labelle, coprésidente, a résumé ses rencontres ponctuelles avec les différents services de police et avec le directeur du SPCUM, Michel Sarrazin. Elle s'est voulu rassurante, précisant qu'une descente comme celle du Taboo ne se reproduira plus. En revanche, il n’a aucunement été question des accusés et du comité de soutien que devait mettre en place la Table. Pressée de prendre position, la Table a adopté une résolution pour rappeler qu'elle souhaitait que toutes les accusations contre les accusés du Taboo soient abandonnées. Quant aux Prix Arc-en-ciel, dont le co-président André Gagnon souhaitait qu'ils soient organisés à Québec, en accord avec la Chambre de commerce gaie du Québec, il a été décidé qu'ils n'auraient lieu que tous les deux ans.

Étrange malaise à la fin de la réunion, où malgré les consultations que fera le Conseil d'administration de la Table dans différentes régions pour la préparation des États généraux, et la volonté, maintes fois répétée par le coprésident de donner plus de place aux groupes en région, il apparaissait qu'on assistait à une centralisation dont le coeur serait la ville de Québec. Les groupes communautaires éloignés s'y retrouveront-ils mieux? Et les représentants des organismes gais de la région de Montréal, qui en compte plus d'une centaine, se déplaceront-ils alors qu’aura lieu, le même week-end, la collecte de fonds annuelle de Montréal 2006 : le week-end d’Argent ? Le peu de participation des groupes de Montréal à cette soirée d'assemblée générale est en soi, sinon un verdict, à tout le moins une amorce de réponse.

 

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Publié le 17 juin 2004

par Denis-Daniel Boullé