Rencontre avec le député de Sainte-marie-Saint-Jacques, André Boulerice

L’union civile : déjà deux ans !

André-Constantin Passiour
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Avec la cause si publicisée du mariage civil des conjoints de même sexe, la loi sur l’union civile, adoptée par le gouvernement du PQ en 2002, est-elle presque tombée dans l’oubli au moment où célèbre son anniversaire? L’un de ses promoteurs, le député André Boulerice, se réjouit de cet événement et claironne qu’il faudrait le célébrer comme une preuve de plus de l’ouverture et de la tolérance avant-gardiste de la société québécoise.

Avant la fin de la session parlementaire à Québec, le député Boulerice nous a reçu dans son bureau du comté de Sainte-Marie-Saint-Jacques. Vêtu sobrement, le député semblait décontracté, posé, pour parler de ce qui fut pour lui «un long combat». Lorsqu’on lui demande de mettre en perspective l’adoption de cette loi, le député fait une pause, réfléchit, se remémore tout le processus. «Je n’y crois pas encore, je suis presque encore sous le choc de l’adoption, dit-il. Cela a été un si long combat. Il y a d’abord eu la modification de la Charte des droits et libertés, puis il y a eu les discussions avec les organismes de la communauté pour qu’ils acceptent le plan d’attaque menant à cette adoption.» Dans ses réminiscences, le député évoque l’inscription, dans le programme du Parti québécois, de la reconnaissance des conjoints de même sexe, et ce, dès 1989. «Même si on était reconnu comme étant un parti progressiste, on se disait que la chose ne serait pas évidente. Ce fut un long travail de terrain, circonscription par circonscription, région par région, pour convaincre les membres du parti et du caucus. Puis, lors du congrès, malgré qu’une personne s’y soit objectée (…), la motion a finalement été acceptée. Donc, cela a été long jusqu’à ce qu’on arrive à la loi 32 puis à l’union civile, mais on savait que cela serait plus facile de convaincre les gens parce que cela était dans le programme du parti auquel nous sommes toujours restés attachés», de souligner le député.

Que ce soit pour la loi 32 ou l’union civile, André Boulerice souligne l’œuvre pédagogique que lui et les organismes communautaires gais ont fait auprès des autres députés, membres des commissions parlementaires, pour les sensibiliser à la réalité quotidienne des gais et lesbiennes.

Face à tout ce travail accompli pour faire reconnaître l’union civile des gais et lesbiennes, mais qui s’étend aux couples hétérosexuels également, on sent qu’André Boulerice est un peu déçu du manque de reconnaissance de la communauté gaie à son égard. «Les gens peuvent être occupés par toutes sortes de préoccupations, mais j’ai l’impression que la communauté n’est pas assez reconnaissante. Il y a eu plus d’hétéros qui sont venus me féliciter que des gais. (…) Je reçois encore des félicitations venant de Brésiliens me témoignant leur admiration pour mon appui… C’est sûr que, en tant qu’homme ou femme politique, on aime la reconnaissance pour ce qu’on a fait, mais on ne le fait pas pour cela. À l’occasion, c’est vrai qu’il y a une certaine déception quant à la reconnaissance : on dirait qu’une fois que la loi est passée, c’est fini, on l’oublie, on passe à autre chose (…) Le principal, c’est que je sois content de ce que j’ai accompli (…), et j’ai beaucoup de satisfaction à savoir que cette loi-là soit durable, permanente, court proof, inattaquable par la cour», note-t-il.

Pour André Boulerice, qui en est à sa 18e année en tant que député, la communauté devrait être fière de l’union civile : «Lorsque j’entendais le président George Bush, aux USA, dire qu’il aurait recours à la Constitution pour empêcher les droits des gais en matière de mariage, cela m’a fait dresser les cheveux sur la tête. On devrait être fier au Québec d’avoir une loi aussi avant-gardiste.» Même s’il ne voyait pas la nécessité du mariage civil, dans la mesure où il croyait auparavant qu’un statut particulier aurait été préférable, le député dit «qu’après le vote de la loi, on savait très bien ce qu’on faisait, on jetait le pavé dans la marre, et l’onde de choc était lancée à travers tout le système fédéral sur le mariage, parce que nous n’avions pas la compétence constitutionnelle pour changer la loi sur le mariage (…), et cette onde s’est rendue jusqu’aux États-Unis».

Une fois l’union civile passée, le député déplore que la communauté gaie n’ait pas fait plus entendre ses revendications auprès du gouvernement libéral. «Où sont les revendications de la communauté? Je trouve que les leaders de la communauté sont bien silencieux depuis le 15 avril 2003. Que font-ils ? Est-ce que la communauté n’a des revendications que lorsqu’il y a un gouvernement du PQ? Depuis l’élection des libéraux, il n’y a rien eu, c’est étrange», de conclure André Boulerice, qui se dit toujours prêt à soutenir les revendications de la communauté.

 

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Publié le 17 juin 2004

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