Seconde édition de la journée nationale contre l'homophobie

Ce n'est que tous ensemble que nous combattrons

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«Lorsque que j'ai lu les déclarations du Vatican en août dernier sur la question du mariage homosexuel, la soutane m'en a levée.» Le père Gravel, en recevant le prix de la personnalité s'étant distinguée dans la lutte contre l'homophobie, avait donné le ton de la journée de réflexion autour de l'homophobie organisée par la fondation Émergence. Les panélistes invités ont ainsi ponctué leurs interventions de moments d'émotion mais aussi d'humour devant environ 250 participants. En dévoilant son plan quinquennal, la fondation Émergence, par la voix de son président Laurent McCutcheon, a mentionné que l'idée d'une journée contre l'homophobie faisait son chemin à l'extérieur des frontières du Québec puisque déjà à Paris, le centre communautaire gai et lesbien avait décidé d'emboîter le pas au Québec. Mais surtout, les panélistes, tous hétérosexuels, ont tous insisté pour dire que la lutte contre l'homophobie était l'affaire de tous et de toutes et pas seulement des personnes homosexuelles. Comme l'avançait la journaliste du Devoir Josée Boileau «Combattre l'homophobie, c'est être au cœur de ce que doit être la lutte pour les droits de la personne. C'est pour cela que je l'appelle le baromètre de la civilisation.

Tout comme Michèle Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Josée Boileau a tracé un parallèle avec le combat des femmes pour l'égalité. «L'égalité juridique a amené une acceptation de convenance pour ne plus discriminer les femmes mais l'acceptation sociale de cette égalité n'est pas encore gagnée.» Elle a conclu en s'interrogeant sur le peu de visibilité dans l'espace et le discours public des lesbiennes. Plus transcendantale a été l'intervention de Raymond Gravel qui a encore une fois condamné le double discours de l'Église catholique qui prône l'accueil, la tolérance et l'acceptation des homosexuels mais qui condamne l'homosexualité. De même a-t-il voulu faire une distinction entre foi et religion, la seconde devant être au service de la première et non l'inverse. La parole du Christ, selon lui, doit être enfin actualisée et s'accorder avec les réalités d'aujourd'hui. «L'Église a toujours été en retard sur la société parfois de plusieurs siècles, si l'on se rappelle que c'est sous Jean-Paul II qu'elle a enfin réhabilité Galilée». Dissident, rebelle, Raymond Gravel ne pense pas révolutionner l'Église, mais il est persuadé qu'il est loin d'être le seul à prendre ses distances face au dogme papal. Émouvant a été son témoignage sur un adolescent qui n'acceptait pas son homosexualité. Ce dernier s'était tourné vers des pères franciscains qui pensaient le guérir. Leur sollicitude n'a pu éviter que le jeune ne se suicide. Et c'est Robert Gravel qui a dû célébrer ses funérailles.
L'homophobie, les quatre invités en ont été témoins. Et comme trois d'entre eux avaient des enfants, ils ont tenu à rappeler que l'homophobie était présente en milieu scolaire et ce dès l'école primaire. «Gai» serait même devenu l'injure pour qualifier un enfant qui échouerait dans un exercice, un sport. Pour eux, ils ne faisaient aucun doute que les efforts d'organismes comme le GRIS n'étaient pas suffisants pour combattre le fléau. Il fallait une politique qui touche aussi bien le corps enseignant et les éducateurs, que les parents. Ce n'est que dans une approche concertée comme elle l'a déjà été pour le racisme que nous pourrions espérer une amélioration ont-ils dit en chœur.

Si Raymond Gravel tendait à l'élévation, le professeur en droit familial, Alain Roy, a pris une orientation plus terre à terre. S'inspirant des récentes lois au Québec donnant un cadre juridique aux couples de gais et de lesbiennes, il a avancé que nous étions des réformateurs sociaux puisque nous obligions le législateur à dépoussierer le Code civil, qui selon lui, n'était plus adapté à la situation des couples d'aujourd'hui, qu'ils soient homosexuels ou hétérosexuels.

Michèle Asselin a été la seule à apporter un bémol dans cette journée où l'unanimité semblait de mise. Elle a pris ses distances du slogan choisi cette année par la fondation Émergence. Le jeune homme et la jeune femme en uniforme militaire sous le titre «Déclaration de guerre à l'homophobie» correspondait, selon elle, à une stratégie inappropriée. Loin d'appeler à la concertation, le slogan divisait. Elle rejoignait ainsi la position de Jeunesse Lambda. L'organisme qui rejoint de jeunes gais et de jeunes lesbiennes avait décidé cette année, dans une longue lettre, de ne pas s'associer à l'événement en raison des accents guerriers mis de l'avant. Le président de la fondation Émergence, Laurent McCutcheon, ne semblait pas étonner des réactions négatives aux affiches précisant seulement que «l'année passée, les affiches représentant deux sportifs s'embrassant avait provoqué des réactions de l'extérieur de la communauté, et que cette année les commentaires négatifs venaient de l'intérieur.»

La guerre, Fadi Fadel la connaît, et pas seulement sur les affiches. En mars 2003, il part pour l'Irak pour gérer des programmes d'aide à l'enfance. La suite, on la connaît. Soupçonné d'être un agent israélien, il est capturé et tenu en otage pendant 10 jours. Dans une entrevue exclusive pour Fugues, le mois dernier, il avait relaté son aventure, mais aussi parlé de la découverte de son homosexualité, des relations tendues avec son père, puis de son désir d'aller aider les jeunes Irakiens à nouveau. Militant sur le terrain des droits de la personne, Fadi Fadel a reçu un certificat de lutte contre l'homophobie des mains de l’écrivain xxx sous les applaudissements de l'assistance.

Était-ce pour préparer une future journée contre l'homophobie pancanadienne que les organisateurs avaient invité le ministre des Affaires extérieures, Bill Graham? Peut-être. En pleine campagne électorale, le ministre a fait preuve de retenue et s'est contenté de rappeler l'engagement du Canada dans le respect des droits des homosexuels, confiant que dans un avenir rapproché, ceux-ci pourront se marier à l'échelle du pays. Il a rendu hommage au Québec qui a toujours été un précurseur en matière d'évolution sociale. Même chose de la part de son collègue, le ministre de la Justice sortant, Martin Cauchon, à qui la fondation Émergence a tenu à rendre hommage pour le courage politique dont il a fait preuve au sujet du projet de loi sur la mariage gai dont il est le père.

Même si plusieurs candidats aux prochaines élections étaient présents dans la salle, aucun ne s'est servi de cette tribune pour vanter son parti ou son programme. De quoi réjouir les organisateurs qui recherchaient la non-partisanerie. Pas de levée du drapeau arc-en-ciel au parc Émilie-Gamelin, pas d'événement spectaculaire, mais la présence de personnalités tout comme la qualité des interventions ont démontré sans conteste que la Journée contre l'homophobie est là pour durer. Le thème de la 3e édition portera sur la famille. Tout un programme.

 

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Seconde édition de la journée nationale contre l'homophobie

Ce n'est que tous ensemble que nous combattrons

Tout comme Michèle Asselin, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Josée Boileau a (...)

Publié le 17 juin 2004

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