Il y a de la défusion dans l’air...

Et si le village défusionnait ?

Denis-Daniel Boullé
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Après tout, pourquoi ne demanderions-nous pas un référendum pour préserver la spécificité de notre territoire. Nous avons déjà nos églises, nous pourrions transformer les locaux de l'arrondissement Ville-Marie-Saint-Jacques en mairie, percevoir les bénéfices que rapporte le tourisme gai et dont profite aujourd'hui l'ensemble de Montréal, y compris les villes actuelles défusionnaires. Nous comptons plus d'habitants, dans notre périmètre, que les anciennes municipalités comme Roxborro ou Hampstead moins connues sur le plan international que le Village. De plus, nous donnerions raison à nos détracteurs qui voient dans les gais et les lesbiennes les tenants du communautarisme, les promoteurs du séparatisme, les champions toutes catégories confondues de la ghettoïsation. Bref, en tenant compte de nos particularités, de nos spécificités, de nos couleurs, nous pourrions participer avec les villes défusionnistes à la "balkanisation" - comme le dit l'ancien maire Pierre Bourque - de l'Ile de Montréal. Avec (pourquoi pas?) une taxe pour tous ceux et toutes celles qui décideraient de franchir la frontière de notre territoire arc-en-ciel.

Bien sûr, c'est une boutade. Comme si la Petite Italie, le quartier chinois ou le Plateau décidaient de faire scission. Impensable. Cependant, ils ont tous des caractéristiques qui les différencient des autres quartiers de Montréal, mais personne ne comprendrait leur désir de les symboliser en devenant des entités dictinctes du reste de la métropole.

Et c'est bien ce qui me chagrine dans le discours des défusionnistes. Bien sûr, il est avant tout question de gros sous. Il semblerait que les fusions ont occasionné des augmentations de taxes pour les communes rattachées à la plus grande. Il n'en reste pas moins surprenant de voir des enclaves subsister pour maintenir des privilèges de castes. On n'a jamais accusé les défusionnistes d'être des séparatistes, des communautaristes voulant se retrancher dans des ghettos sociaux ou linguistiques. Pourtant, rarement ces qualificatifs ne se sont mieux appliqués. Ces petites villes veulent maintenir leurs privilèges, leurs exceptions culturelle, linguistique ou sociale et, surtout, elles ne souhaitent pas partager. Dans un monde qui prône l'ouverture, où l'on essaie de faire tomber les frontières, de rapprocher toutes les communautés, les défusionnistes font la démonstration que le sentiment d'appartenance à une communauté, qu’elle soit géographique, sociale, religieuse, linguistique ou municipale, a encore de beaux jours. Et, comme toujours, les raisons sont avant tout d'ordre symbolique ou émotive qu'aucune démonstration logique et sensée ne pourrait ébranler. Et pourtant, on pourrait très bien être fier d'être de Wesmount et en même temps d'être montréalais.

Alors à tous ceux et toutes celles qui nous reprochent de vouloir par nos fêtes, nos défilés, notre quartier, souligner notre différence, vous avez de nouveaux arguments à leur opposer. Nous sommes plus dans l'intégration, l'inclusion et le partage que les habitants de Kirkland, Pointe-Claire, et Baie d'Urfée. Les ghettos, ce sont eux, pas nous.