C’est l’affaire de tous

Deuxième journée nationale contre l'homophobie

Denis-Daniel Boullé
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Avec des accents guerriers et une rose comme seule arme que la Fondation Émergence lançait la deuxième journée nationale de lutte contre l'homophobie qui aura lieu le 2 juin prochain. Sur le matériel promotionnel, un jeune gars et une jeune fille, en tenue de combat et sur la défensive, sont prêts à brandir leur arme, une rose rouge. Comme le soulignait le président de la Fondation Émergence, Laurent McCutcheon, lors de la conférence de presse du 4 mai dernier, «la fondation Émergence veut ainsi marquer, de manière claire et sans équivoque, tel un coup de canon, que toute la société doit s'engager dans le combat contre l'homophobie, comme elle le fait contre toutes les autres formes de discrimination». Le message est clair. L'engagement ne doit pas venir seulement des principaux intéressé(e)s mais de tous et de toutes. Est-ce pour montrer cet esprit d'ouverture que les invités à participer à la table ronde sur la place des personnes homosexuelles dans la société ne proviennent pas des groupes communautaires, ne sont pas des universitaires s'intéressant à la chose gaie? Sûrement. En invitant Manon Cornelier, journaliste au Devoir, l'abbé Gravel, dont on garde en mémoire sa prise de position en faveur du mariage gai, maître Julius Grey, avocat et constitutionnaliste, et maître Alain Roy, professeur de droit à l'Université de Montréal, la Fondation Émergence a voulu donner la parole à des hétérosexuels pour qu'ils se prononcent et donnent leur propre vision de l'homophobie à partir de quelques thèmes comme les tribunaux et les droits des minorités; le non-dit; la foi et l'homosexualité...

«Il sera intéressant de savoir comment ils perçoivent l'homophobie, s'ils y sont sensibles et comment ils y font face» de commenter Laurent McCutcheon. En ce sens, la journée de lutte contre l'homophobie ne doit plus être soutenue par les groupes et les personnalités concernés mais par l'ensemble de la société.
La table ronde sera précédée d'une conférence de presse durant laquelle la Fondation Émergence remettra le prix de lutte contre l'homophobie, dévoilera un plan d'action quinquennal et les résultats d'un sondage. L'Honorable Laurier Lapierre, sénateur, aura l'occasion en tant qu'invité spécial de livrer quelques mots pour ouvrir le débat. Laurier Lapierre, à l'automne dernier, a défendu devant le caucus de son parti le mariage pour les personnes de même sexe, faisant du même coup sa sortie du placard.

Même si les lois ont changé — une loi visant à condamner les propos homophobes ou incitant à la haine des homosexuels a été adoptée par le Sénat —, même si les couples de même sexe ont une reconnaissance juridique, il ne faudrait pas tomber dans le «tout est gagné, il n'y a plus rien à faire», puisque l'égalité substantielle, elle, n'est pas encore gagnée. Il existe encore ouvertement ou inconsciemment de nombreuses poches de résistance. Récemment, deux jeunes lesbiennes d'Alberta ont été sommées de quitter le bar dans lequel elles étaient parce que le patron n'avait pas toléré qu'elles s'embrassent, ou encore un commissaire de la Commission de l'Immigration et du Statut de Réfugié a refusé de croire qu'un jeune Mexicain pouvait être persécuté en raison de son homosexualité parce qu'il n'était pas selon le commissaire «efféminé». L'homophobie contre laquelle lutte la Fondation Émergence va de ces petites discriminations quotidiennes à celles plus fortes qui mettent en danger l'intégrité physique et/ou psychologique d'une personne.

La journée nationale de l'homophobie ne se réduit pas à une table ronde entre personnes déjà gagnées à la cause, mais, comme le souligne la Fondation Émergence, elle doit inciter les écoles, les entreprises, les administrations publiques et les médias à se pencher sur le phénomème, à en parler et à poser des gestes symboliques. Du matériel promotionnel, disponible sur le site www.homophobie.org ou en appelant directement à la fondation (514-866-6788), peut aider tous ceux et toutes celles qui souhaitent apporter leur pierre à la lutte contre la discrimination. Réservation à la table ronde en téléphonant à la fondation ou en remplissant le formulaire d'inscription sur le site. Lieu : Hôtel des Gouverneurs, Place Dupuis, 1415, rue Saint-Hubert, Mtl. Inscription à partir de 9h le 2 juin 2004.

 

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Publié le 20 mai 2004

par Denis-Daniel Boullé