Réussir son couple n’est pas une mission impossible

Jean et Jean-Marc

Michel Joanny-Furtin
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Un proverbe dit : "Qui a deux maisons perd la raison." Jean-Marc et Jean démontrent depuis bientôt trois ans que l’adage ne tient pas si on en fait un défi commun à relever à deux. "Nous avons uni nos forces. Et, depuis, notre télé-réalité se poursuit!", avaient-ils écrit pour solliciter vos votes, il y a quelques mois lors de notre concours sur la recette amoureuse.

Jean et Jean-Marc habitent entre l'appartement de Jean, à Longueuil, et la maison de Jean-Marc, à Acton Vale. Jean est enseignant au secondaire et Jean-Marc est chef de projet informatique dans la région de Drummondville. Leur ancienneté professionnelle respective les oblige à cette organisation. Mais cela ne suppose jamais que deux soirs par semaine de célibat forcé, mais fidèle. Cette notion est importante pour eux, car tout repose sur la confiance mutuelle, une valeur sûre de leur couple, qui régit la plupart des défis qu'ils se donnent à relever ensemble.
Cette géographie fait que chaque vendredi devient pour eux comme un départ en vacances. "Nos fins de semaines sont très intenses et occupées, entre les visites, les sorties, les achats et les amis. On ne parle pas de rattraper le temps, car on a tous les deux bien vécu le reste de la semaine, mais on veut changer nos priorités pour vivre beaucoup de choses ensemble."

Cette histoire d'amour a débuté il y a deux ans et demi, grâce à une publicité de la "Boîte à Mâle" parue dans Fugues. "Après quelques jours de clavardage et de curiosité, Jean-Marc a insisté pour qu'on se rencontre. Nous nous sommes donné rendez-vous pour déjeuner sur une terrasse au bord du Richelieu, au pied du mont Saint-Hilaire. Il faisait très chaud ce jour-là, raconte Jean. Je lui ai proposé de grimper jusqu'au pain de sucre de la montagne. Comme un test, faire cette ascension par une chaleur pareille nous a fait découvrir qu'on pouvait relever d'autres défis, comme celui de vivre quelque chose ensemble."

Jean-Marc était à l'époque co-propriétaire du G-Pob de Drummondville, un des rares bars gais de la région. Il n'en a pas parlé tout de suite à Jean, craignant que ce monde de la nuit ne l'éloigne. Mais la vie sociale que cela lui procurait ne pouvait que séduire un Jean très affable et empathique. Il va sans dire qu'un tel réseau a été fortement mis à contribution pour le concours des couples de Fugues (27267 votes). "Nous sommes la plaque tournante des relations sociales et des réceptions pour la plupart de nos amis. Mais, on adore ça. Nous avons même comme rituel de souper au restaurant avec des amis chaque dimanche soir."

Ayant un frère et une sœur, Jean est l'un des trois enfants d'un directeur de banque. Jean-Marc, quant à lui, vient d'un milieu ouvrier et a un frère. Dite depuis longtemps, leur homosexualité n'a, semble-t-il, pas posé de problèmes particuliers à leur famille. Si leur entourage personnel et professionnel immédiat est au courant, Jean a décidé de rester relativement discret vis-à-vis de ses élèves. "Je ne dis rien, ni ne cherche à faire passer de message, mais, si on me pose la question, je réponds franchement."

Ils se définissent assez bien quand l'un parle de l'autre. Jean, le plus volubile, se reconnaît artiste et rêveur, celui qui lance beaucoup d'idées. Ce lève-tôt adore le ski, les expos et le théâtre. Plus réservé, Jean-Marc est homme de logique, un réaliste "qui met le frein" nécessaire à l'équilibre mutuel. Ce couche-tard aime le milieu des bars et le soleil, surtout l'hiver. Il est donc arrivé que Jean-Marc aille passer ses vacances dans le Sud pendant que Jean descendait les pistes.

"Nous sommes différents mais pas bornés", dit Jean-Marc. "Nous aimons nous donner des défis mutuels", ajoute Jean. Ce couple semble vivre les détails de l'existence comme une "mission impossible" réussie à chaque épisode : "En ce moment, c'est la réfection de mon salon, dit Jean. Et un voyage aux Caraïbes, cet été, que nous prépare Jean-Marc."

Jean faisait autrefois par passion des compétitions d'équitation à haut niveau. Il est donc propriétaire d'un pur-sang anglais nommé "I'm Amaustin". Des deux chiens qu'ils avaient, il leur reste Billy, un bichon maltais, "le chien de Louis XIV", précise Jean en souriant. L'autre, un shitsu, est décédé il y a quelque temps. À respectivement 44 et 41 ans, Jean-Marc et Jean reconnaissent que le désir d'enfant est passé. Les neveux, nièces et filleuls en font office et leur prennent une bonne part d'affection.

Leur recette d'amour? "Difficile mais réalisable: rester soi-même, sans changer l'autre. Simplicité, fidélité, tolérance, pas de routine et beaucoup de surprise!" Voilà, selon Jean-Marc et Jean, ce qu'il faut pour qu'un couple réussisse. Ils s'en sont confirmé le voeu par un geste d'engagement et un échange de joncs en se fiançant à l'Oratoire Saint-Joseph, le 24 décembre dernier.

 

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Publié le 21 avril 2004

par Michel Joanny-Furtin