KINK saison III sur Showcase

Une série de portraits "attachants"

Michel Joanny-Furtin
Commentaires
S'intéressant aux pratiques sexuelles inhabituelles du fétichisme, Kink fait escale à Montréal pour y rencontrer ses adeptes. Ziad Touma, le réalisateur de Saved by the Belles, prête son regard curieux à ces exercices sensuels et heavy. "On a une vision trop réductrice du fétichisme, trop sado/maso. Je voulais montrer les facettes de ces pratiques sexuelles où la jouissance concerne les sens, pas l'éjaculation", explique le réalisateur. Selon Touma, les personnes représentées sont des personnages et des mondes à part entière : Ella, ébouillantée durant son enfance et dont la cicatrice longtemps refoulée est devenue zone esthétique (tatouages, piqûres) et érogène: Catherine et Pierre, paisibles voisins de banlieue qui partagent leurs nuits intimes avec 3 esclaves; Jules, chauve et transgenre, qui porte des vêtements féminins sans perruque ni maquillage; Derek et son daddy : Sir Paul (Fugues, nov. 03). Quatre mois de tournage (juin à septembre 2003) ont fait de Ziad Touma et son équipe des amis, des confidents, des thérapeutes parfois, car ces gens leur ont confié la part la plus secrète d'eux-mêmes. Jules dit dans la série: "Cette sexualité fait peur parce qu'on y reconnaît peut-être quelque chose enfoui en nous". "Comme documentariste, j'étais un simple témoin. Et le montage ne propose aucune analyse, relate Ziad Touma. On voulait faire preuve d'humanisme en faisant le portrait de gens heureux et attachants qui s'expliquent. Nous voulions comprendre pour démontrer. Je ne savais absolument pas dans quoi je m'embarquais, avoue-t-il. Nous avons eu un accès privilégié à un monde inconnu." Quelques points communs: la recherche d'amour au sens émotif. Un passé parfois empreint de religiosité et de contraintes qu'ils font voler en éclats aujourd'hui. Et une démarche similaire : vouloir faire ressembler leur corps à leur propre perception. Comme si malaxer, pincer, brûler ou piquer permettait de sentir le corps "à fleur de peau". "Mais il fallait aller plus loin que leur sexualité, précise Ziad Touma, et voir comment ils fonctionnaient dans la vie. J'ai découvert qu'il y a beaucoup de communication dans ce milieu. Question de sécurité: pas de surprise, un scénario clair et des règles de jeu respectées "au doigt et à l'œil". Rien n'est abusif, imposé, sans consentement mutuel. Un simple signe et on arrête là. Les dominés contrôlent le scénario. Ce sont eux les maîtres du jeu!"

Kink, chaque vendredi à 21h30 sur Showcase.