Rencontre avec la femme derrière la star

Lara Fabian

Éric Paquette
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De passage à Montréal tout récemment pour son spectacle avec l’Orchestre symphonique de Montréal, j’ai eu la chance d’arracher quelques minutes à l’agenda très chargé de la star pour discuter de choses et d’autres. Bien que mes attentes étaient hautes, j’ai été grandement surpris par la générosité de cette femme. L’attention et la passion sont sans contredit ce qui fait d’elle une personne intéressante, charmante et captivante. Lara, on aime ou on n’aime pas sa musique, ses compositions ou ses performances scéniques mais une chose est certaine : on ne peut être indifférent à l’être complet et équilibré qu’est cette femme. Rencontre intime avec Lara Fabian, la femme derrière la star.

Lara, il y a maintenant plus d’un an que tu n’est pas passée par chez nous. Qu’est-ce qui t’a charmée dans l’invitation de l’OSM ?

J’ai toujours chanté avec des orchestres symphoniques et j’ai toujours aimé ça. Puis, le fait que Charles Barbeau soit le chef d’orchestre était pour moi très rassurant parce que ça demeure toujours un enjeu énorme, même si j’ai une expérience de symphonique, c’est dans un contexte de musique populaire que je le fais cette fois-ci, donc ça demande une belle dextérité et une grande sécurité. Et puis le bonheur de chanter avec un philharmonique et le bonheur de revenir dans mon berceau (Montréal), tout ça mis ensemble m’a convaincue.

(En lui montrant une photo parue dans le Fugues du mois de février 2004 où elle est photographiée avec Mado) Qu’est-ce que tu trouves de plaisant d’aller dans les bars gais lorsque tu viens à Montréal ?

D’abord je trouve que j’ai une chance immense, j’ai une super crowd à l’intérieur du monde homosexuel, les gens m’adorent. Pour ce qui est des drag queens qui m’imitent, c’est génial parce que ce sont des gens complètement désinhibés et très sensibles à la fois. En fait, ce sont des gens tellement pas déguisés, tellement vrais que c’est pour ça qu’ils peuvent le faire, c’est ce que j’aime, le déguisement est un jeu, c’est pas un déguisement politically correct comme il y en a dans la société hétéro et c’est ça qui me plaît, leur vraie nature et leur bonheur d’être ce qu’ils sont.

Est-ce que cette observation t’a inspirée pour écrire La Différence ?

Oui, complètement. Ma meilleure amie m’a caché pendant 14 ans qu’elle était lesbienne et je l’ai su parce que la femme qu’elle aimait l’avait quittée. Quand je lui ai demandé pourquoi elle avait gardé ce secret si longtemps, elle m’a répondu qu’elle avait peur que je pense que son amitié avec moi pouvait dévier vers quelque chose de différent et qu’elle n’aurait jamais voulue me perdre.

Qu’as-tu dit pour la réconforter ?

Je lui ai dit qu’il n’y a aucune différence dans l’amour, que ce soit l’amour amical ou l’amour plus intime, l’amour au sens absolu, c’est la foi, c’est la vie, c’est l’amour gai, c’est l’amour hétéro, on s’en fout. Je n’aurai jamais imaginé que son amour aurait pu être différent vu que pour moi, elle m’aimait. Elle m’a dit que c’est ça qui faisait peur, cette différence, et c’est sur ces mots que j’ai écris La Différence.

Que retrouves-tu dans les paroles de Charles Aznavour de la chanson Comme ils disent qui te pousse à la mettre à ton répertoire ?

Le culot magnifique de monsieur Aznavour de dépuceler des thèmes très tabous avant que qui que ce soit n’ait osé le faire. Et pour moi, c’est la chance de devenir, l’espace d’un moment, un garçon qui en aime un autre, parce qu’on a tous une dualité, on a tous à la fois cette complémentarité et il ne faut pas que ça devienne un paradoxe. La plupart des gens croit qu’on ne peut être qu’une seule chose à la fois, où nous devons choisir notre camp et s’apposer une étiquette, et moi, ça m’insupporte parce que la richesse de la vie est dans la diversité, elle est dans l’éclectisme et la complémentarité et on ne peut pas être complémentaire si on est tous pareils.

Qu’est-ce que l’homosexualité représente dans ta vie ?

Tu sais, il y a le discours qui dit qu’on naît homosexuel et qu’on ne le devient pas, moi je pense qu’on naît tous être humain, donc implicitement on naît tout à la fois, on naît femme et homme, on a le noir et le blanc, le mal et le bien, le beau et le laid. Donc on a aussi l’amour d’un homme et l’amour d’une femme. On est contenu de ça. Alors certains le refoulent et vivent des frustrations horribles, des doubles vies, voire des cassures incroyables dans leur existence et d’autres l’assument en se foutant du pourquoi. Il ne faut pas toujours chercher la cause de l’homosexualité comme on cherche la cause d’une maladie, moi c’est ce que je ne supporte pas. Il n’y a pas de raison à certaines choses, il n’y a que des états et si on arrivait à accepter qu’on est des êtres, sans souligner les caractère différents et de vivre toutes les facettes de notre personnalité, c’est ce qui fait la richesse de l’être sans être pour autant des personnes schizophrènes ou complexes, mais des êtres complets.