Expo collective contre la guerre

De séduction et d’humour

Yves Lafontaine
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Face à la guerre en Irak et à son lot quotidien de morts, face au discours belliqueux de George W. Bush et à la militarisation des relations internationales, quatre artistes montréalais ont décidé, avec un humour parfois tranchant, de déployer leurs propres armes de séduction massive... Aux armes de destruction massive, ils opposent ainsi leur conception réfléchie d’une société centrée sur l'humain, avec son besoin d'amour, de sexualité et offrent une introspection sur notre condition en ce début de siècle plutôt guerrier. Les artistes Hermès, Marc-André Jutras, Adèle Zanni et le photographe Alain Bonnes occuperont, du 17 au 31 mars, la galerie Artus pour nous présenter leurs visions de la situation mondiale actuelle. Intitulée Où sont les armes de séduction massive?, cette exposition traite donc de politique, d’érotisme et de sexualité.

L’épisode du dévoilement du sein de Janet Jackson, au match du Super Bowl, avec le tollé qui a suivi aux États-Unis, a prouvé aux artistes la justesse de leur démarche. "Nous assistons, d’un côté, à une surenchère de la sexualité avec les Spears, Aguilera et cie, c’est entièrement du marketing, et il y a par ailleurs, la réaction hypocrite de l’Amérique, cette même Amérique qui nous bombarde de son discours de guerre et d’antiterrorisme. Peu de gens osent aller à l’encontre de ce discours. On essaie donc à notre manière d’en parler", explique Hermès. "On veut traiter de toute la question de l’impérialisme américain dans le monde, impérialisme qui n’est pas seulement que guerrier mais aussi culturel (…)", rajoute Adèle Zanni.

Pour le photographe Alain Bonnes, cette expo sera sa dernière au Québec puisque, dès le lendemain du vernissage, il s’en retourne dans le sud de la France. Avec la complicité d’Hermès et de Rami Abdul, Bonnes a concocté une série de photos évocatrices mais aussi provocantes. Grâce à la collaboration du styliste Conrad Robichaud, on a droit à l’opposition entre l’Américain et l’Arabe. Pour le photographe Alain Bonnes, Hermès se transforme aussi en Jésus Christ Superstar, en gladiateur, en Marylin, etc., et ce, dans des teintes chaudes et vivantes. Quant aux œuvres d’Hermès, caractéristiques de son penchant pour un Pop Art rafraîchi, elles refléteront les thèmes de l’expo en traitant des relations Occident/ Orient, de barebacking (relations sexuelles sans condom), etc.

Un Pop Art remodelé inspiré de la Renaissance, c’est ce que nous propose Zanni. Entre autres, elle nous présentera une "Ève au jardin d’Eden qui, au lieu de tenir une pomme, tient un globe terrestre et s’interroge ainsi sur l’origine du mal, de la guerre, sur le pourquoi des choses. C’est ma façon de traiter de la séduction massive", explique l’artiste et designer Adèle Zanni. Marc-André Jutras, quant à lui, retourne aux événements du 11 septembre. Son message s’inscrit dans une superposition de personnages à des cartes de New York, comme cet homme d’affaires stylisé qui, mallette à la main, s’en va travailler avec un masque à gaz puisque, au lendemain des attentats, l’air était enfumé, pollué, irrespirable.

"Nous sommes tous narratifs, nous racontons tous une histoire, et ce qui est intéressant, c’est de voir le traitement que chacun en fait (…) Si les thème sont graves, on les dédramatise, on en fait une caricature par des couleurs vives et dynamiques", de commenter M.-A. Jutras.

Où sont les armes de séduction massive? du 17 au 31 mars, à la Galerie Artus, 988, rue Rachel Est, Montréal.