Bain Colonial

Plus que des rencontres !

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L’endroit est discret, propre, au cœur d’un quartier historique, non loin du centre-ville, fréquenté par une clientèle à présent majoritairement gaie, mais qui ne recherche pas que de la baise facile. Pour plusieurs, c’est encore un lieuy pour s’échapper du train-train quotidien, prendre un bain, se faire laver à la manière turque ou russe ou se faire masser par des mains expertes, comme la tradition le veut depuis son ouverture. Malgré sa façade garnie de briques jaunes datant des années 1960, il ne faut pas s’y tromper : le Bain Colonial fête ses 89 ans et approche un centenaire que les descendants du fondateur, encore propriétaires aujourd’hui, ont bien l’intention de célébrer. Sur trois étages, au coin de Colonial et Napoléon, le Bain Colonial semble avoir traversé les âges. Qui dirait qu'il date de 1914? Construit par Aaron Adler, un immigrant juif roumain, le Bain Colonial a vite acquis une certaine réputation. Il faut tout de même se rappeler qu’à l’époque, il n’y avait pas de salle de bain dans les appartements. Venant d’Europe de l’Est, M. Adler "a voulu recréer l’ambiance des bains de style turc comme il y en avait là bas", de dire Joy Adler qui, avec son frère Howard, gère cette entreprise. Lorsqu’on visite surtout la salle des douches, vaste, au plafond élevé, on s’aperçoit alors de cette parenté avec les hammams turcs et les bains de Russie ou de Hongrie. À part la nouvelle décoration et l'équipement, la salle de massage est restée la même depuis l'ouverture!

C’est là que des générations d’homosexuels et bisexuels montréalais se donnnaient rendez-vous. 95% de la clientèle est ouvertement gaie à présent, ce qui n’était pas le cas auparavant. Le Colonial a toujours été "un lieu fréquenté par des hommes pour se rencontrer dans une atmosphère où ils se sentaient bien, et ce, dès le tout début. Évidemment, à ce moment-là, le concept "gai" n'existait pas et les gens étaient mariés pour la plupart", explique Mme Adler. "Bien des gens d'affaires s'y rencontraient, poursuit Mme Adler. Ils venaient pour le bain, pour relaxer, manger quelque chose et discuter à l'abri des regards de la société extérieure. Ah, si les murs pouvaient parler..."

Chefs d'entreprises, immigrants, francophones ou anglophones, le Colonial attirait une clientèle variée, ce qu'il continue de faire avec ses 37 chambrettes, sa salle de musculation et ses deux terrasses nouvellement installées pour le bain de soleil. La fin de semaine voit plus de jeunes s'y promener, tandis que, durant la semaine, "beaucoup de professionnels et de cadres d'entreprises préfèrent venir au Colonial parce que c'est discret", ajoute Joy Adler.

Et que réserve l'avenir? "Nous sommes toujours à redécorer, à rajouter des équipements. Nous discutons avec la clientèle et voyons ce qui pourrait être fait pour mieux la satisfaire. J'aimerais transformer le Colonial en une sorte de spa plus accessible, mais en gardant toujours ce cachet qui fait que les gens y reviennent constamment", conclut l'arrière-petite-fille d'Aaron Adler.
Le Bain Colonial, 3963, avenue Colonial, Montréal. T. (514) 285-0132