Souvenirs de vacances...

Bain turc

Mado Lamotte
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Photo prise par © Robert Laliberté

Je sais que vous allez m'haïr, mais, oui, je reviens encore de voyage. Deux semaines inoubliables et bien trop courtes en Turquie. C'est que, voyez-vous, j'avais comme un besoin urgent de dépaysement et surtout une folle envie d'être entourée des plus beaux hommes de la planète, alors j'ai choisi la Turquie pour faire passer le blues de l'automne, question aussi d'aller me remplir la tête d'images et de souvenirs mémorables que je chérirai tout au long de l’hiver, le temps que je déteste le plus de l'année. Je suis donc en ce moment même assise à la terrasse d'un salon de thé à Istanbul pour vous écrire et je jouis comme c’est pas permis, mes chéris.

Pour vous donner une petite idée de l'état d'ivresse dans lequel je suis, ça fait à peine trois jours que je suis arrivée et j'aurais envie d'y passer le reste de ma vie. Y'a des endroits comme ça, où je me sens bien dès le premier instant, et Istanbul en fait partie. C'est pourtant même pas une si belle ville que ça, mais le feeling que je ressens dans cette ville-là vaut plus que toutes les merveilles du monde réunies. J'ai voyagé beaucoup dans ma vie, et laissez-moi vous dire que je peux les compter sur les doigts d'une main, les endroits qui m'ont fait cet effet-là. Évidemment, il y a une couple de mosquées impressionnantes, dont la superbe Mosquée Bleue, l’Aya Sofia, la mosquée de Suleymane le magnifique et le Palais Topkapi, mais c'est rien à côté des temples de Bangkok ou des châteaux de Prague. Mais côté bouffe, attention, là j'peux vous dire que les Turcs, ils l'ont l'affaire. C'est tellement bon que, si j'ai pas engraissé de 20 livres pendant mon voyage, c’est ben juste parce que j'ai brûlé les calories en trop sur les micropistes de danse des clubs gais d'Istanbul. Parce que, ça va de soi, depuis que je suis arrivée, je suis sortie tous les soirs, et il en sera de même jusqu'au dernier jour de mon voyage. Et, en plus, pour joindre l'agréable à l'agréable, les hommes sont beaux, sont beaux, sont tellement beaux, viarge! que j’m’en suis tapé quatre dans les premières 48 heures. Un p'tit poilu aux yeux bleu azur avec un sourcil qui lui traverse la face au grand complet, qui était prêt à me marier avant même qu'il me défonce l'hymen, un grand frisé avec un nez, ma chère, et une bite d'enfer de la grosseur d'un shish taouk et deux p'tits jeunes aux dents trop blanches, cutes à mort, avec lesquels j'ai fait le hot dog steamé pendant deux heures dans les vapeurs d'une cabine de hammam, l’équivalent de nos saunas. Je vous donnerais bien plus de détails sur mes conquêtes, mais, comme j'ai des grands-mères et des moumounes un peu trop catholiques qui me lisent, j'vas juste vous dire que j'ai eu les mamelons sur les hautes en permanence et que je sais pas si je vais être capable un jour de remarcher comme du monde. C’est pas mêlant, j’pense que j’ai jamais été aussi populaire de toute ma vie. La preuve, depuis que j'ai commencé à vous écrire, y'a à peu près dix, si c'est pas vingt, beaux gars qui m'ont fait des sourires, et je sens sérieusement que j'vas avoir besoin d'aller faire un p'tit tour dans les bois pour voir si le loup n'y est pas. Au rythme où ça va, ça sera pas long que tous les hommes d’Istanbul vont savoir qui je suis, et j’espère bien que ça donnera l’idée à un riche sultan de me kidnapper pour me faire mère princesse dans son harem.
Prends ton mal en patience, Madeleine, tu reviendras à Istanbul pour finir ton voyage, là c’est direction Cappadoce, une région paradisiaque, m’a-t-on dit, située au centre de la Turquie. Je savais bien que pour me rendre au paradis il me faudrait passer par l’enfer. Douze heures dans un autobus de nuit bondé de bonhommes qui puent le fond de cendrier et de globetrotters américains qui font plus de bruit que le moteur sur lequel je suis assise. Si c’est pas ça l’enfer, j’me tape toutes les reprises des Filles de Caleb en une seule nuit et je l’aurai gagné, mon ciel, viarge! Ce n’est pas sans regrets que j’ai quitté Istanbul après 4 jours d’orgie visuelle et de doux plaisirs charnels, pour partir à la conquête de cette contrée lointaine, où jadis les hommes vivaient sous terre et dormaient à plus de 60 mètres d’altitude pour échapper à l’envahisseur venu piller leurs terres et massacrer leurs enfants au nom d’une autre religion. Je suis donc installée en Cappadoce pour un cours séjour, plus précisemment dans un p’tit village qui s’appelle Göreme, et j’me demande encore pourquoi chu pas venue ici avant. Côlisse que c’est beau! Imaginez des milliers de châteaux de sable de la hauteur de la Place Ville-Marie plantés dans un désert de montagnes de crémage à gâteau et de vallées profondes comme le Grand Canyon, et ça vous donne une idée de la Kapadokya, comme on l’appelle ici. Un endroit féérique qui fait la fierté des Turcs, avec raison, croyez-moi. C’est toujours ben juste un tas de roches géantes, me diront ceux qui verront les 200 photos que j’ai prises, mais moi, je l’sais pas pourquoi, j’aime ça de la roche, je trouve ça reposant. Ceux qui ont vu Star Wars comprendront quand j’disais tout à l’heure que les gens qui vivaient ici autrefois habitaient dans des cités souterraines ou dans le haut de gigantesques rochers taillés en forme de menhirs d’Obélix qu’on appelle ici des "fairy chimneys". C’est tellement hallucinant et déroutant quand tu te promènes à travers ça que j’me suis dit: ça devait être ça, le feeling qu’ont eu les premiers hommes qui ont marché sur la lune. J’ai déambulé dans ce décor des Pierrafeu toute seule des journées entières et j’me suis même payé une ride en montgolfière au lever du soleil en compagnie de Rosa y Begonia, deux espagnoles avec qui j’ai fait des "oh" et des "ah" en mangeant des p’tits gâteaux aux figues et en buvant du champagne cheap. Le soir, je dormais dans une ancienne cave au motel Üfuk, où j’ai fait la rencontre de celui qui fut mon guide personnel pendant mon séjour en Cappadoce, mon roi mage, Suleymane le magnifique. C’est aussi le nom d’un des anciens sultans de la Turquie, et j’vous jure, mes tout p’tits, mon Suleymane à moi avait toute la dignité d’un sultan doublé du charme d’un prince Ottoman, avec en prime les plus beaux yeux noirs de tout le Moyen-Orient et un sourire à faire défriser un troupeau de moutons. Moi, la végétarienne qui mange habituellement des graines, j’vous dis que j’me suis pas fait prier longtemps pour croquer à plein dentier dans ses boulettes d’agneau! J’étais tellement bien avec lui que j’me sentais comme l’héroine d’un conte des Mille et une Nuits. Il m’a fait la cour à dos d’âne dans la vallée de l’Ihlara, on a mangé du ragoût de poulet servi dans une potiche en terre cuite et bu du vin turc infect sur la terrasse de La Maison de Rêve dans les montagnes d’Ülçisar, on a dansé la lambada au son du dernier tube de Tarkan (tsé, celui qui nous avait donné La chanson du bisou) au village de Çavusik, on a fumé le narguilé avec ses potes au fond d’un magasin de tapis et on a bu un douzième thé avant de nous endormir dans les bras l’un de l’autre sur une couverte dans un champ de coton sous le ciel étoilé de Göreme.

Bout de viarge, si c’est pas ça le bonheur! De retour à Istanbul, pas besoin de vous dire que j’ai profité au maximum de mes derniers jours de voyage comme si on m’avait annoncé la fin du monde dans une semaine. À peine débarquée de l’avion (oui, j’ai pris l’avion parce que c’est pas vrai que j’étais pour me retaper les douze heures d’autobus au retour), j’étais déjà assise à une des terrasses de la rue Istiklal en compagnie de ma chum Guy, un Montréalais vraiment too much qui s’est expatrié là-bas après avoir rencontré l’homme de sa vie. Évidemment, c’est pas à moi que ça arriverait, une belle histoire de roman Harlequin de même. Quoique chanceuse comme je suis, après m’être envoyée en l’air avec les deux derniers mâles de la ville qui ne m’étaient pas passés sur le corps, la veille de mon départ j’ai connecté ben raide avec un mec, le beau Ümit, un illustre designer turc qui m’est vraiment tombé dans le verrre de contact. C’aurait été pratique de fréquenter un couturier, ne serait-ce que pour me faire confectionner de belles robes de gala ou tout simplement pour me faire enfiler par sa grosse aiguille. Ah, ma Turquie chérie, tu vas me manquer.Ta joie de vivre, ta folie, tes femmes belles et sensuelles comme Dalida, tes beaux hommes virils qui se promènent bras dessus, bras dessous à toute heure du jour et de la nuit, tes moutons frisés et tes poules échevelées qui traversent la rue n’importe où, tes restos beaux, bons, pas chers, ouverts jusqu’aux petites heures, tes clubs gais grands comme mon salon qui ne jouent que de la musique turque après 1h, tes hammams où il fait bon suer sa fatigue de la journée et, aussi, tes mosquées où il faut enlever nos souliers pour pas salir le tapis, tes marchés où on trouve plus de fausses sacoches Louis Vuitton que dans le garde-robe de Céline, ton thé pris avec des inconnus sur un coin de rue ou au comptoir d’un magasin de porcelaine et, surtout, l’incroyable hospitalité de ton peuple qui a fait de ce merveilleux voyage un des plus beaux de ma vie.

Merci la vie d’être si généreuse avec moi.

 

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Bain turc

Pour vous donner une petite idée de l'état d'ivresse dans lequel je suis, ça fait à peine trois jour (...)

Publié le 20 novembre 2003

par Mado Lamotte