L’Église catholique romaine

Des prêtres anonymes et contents de l'être

Henri Barras
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Ils sont rares, mais ils existent et Le Devoir du 24 septembre nous donnait une preuve de l’acte " courageux " qu’ils viennent de poser en vue de sauver le mariage des couples homosexuels. Par l’entremise d’un certain Richard, les prêtres gays dénoncent " le vocabulaire utilisé par les autorités religieuses pour définir l’homosexualité ". Beau sursaut d’honnêteté, certes, mais si je me souviens bien, un prêtre, c’est un homme qui fit vœu de chasteté et qui fut " élevé " à un ordre de l’Église catholique romaine. Il doit donc obéissance à Rome et celui qui règne au Vatican est le représentant sur Terre de Celui qui est mort pour sauver les misérables que les humains seraient encore sans ce sacrifice. C’est du moins comme ça que j’ai retenu la leçon, oubliée aussitôt, si ce n’était que par passion pour le génie des cultures précédentes.

Or, nous savons assez depuis quelques semaines, alors que le Canada se divise sur la définition à donner au mariage et que Jean Chrétien à été voué aux gémonies par les sous-papes du pouvoir ecclésiastique, que l’homosexualité donne de l’urticaire à la curie romaine, que, pour elle, c’est encore une maladie contagieuse et que d’en être atteint constitue un péché mortel.

Or voilà que pour échapper sans doute aux flammes dévorantes de Lucifer nous apprenons qu’il existe une association gay anonyme pour prêtres exclusivement, dont l’acronyme est AGAPE. Rome eut déjà ses papes paillards, elle doit compter maintenant avec des prêtres ripailleurs. Sa Sainteté le Pape n’a pas fini de trembler. Mais ils sont " anonymes " et, puisqu’il s’agit d’un regroupement, ont peut se demander comment ses membres se sont assemblés.

Ils ont, nous apprennent-ils, leurs " journaux internes ", et l’anonymat dont il est question protège, selon les hérauts de l’association, la discrétion nécessaire pour œuvrer au sein de l’Église. Cette omerta est donc bien opaque pour que la hiérarchie si inquisitrice pour les mortels ignore l’existence en son sein d’une telle clique pécheresse équipée, de surcroît, de son propre organe de propagande? À moins qu’elle ferme les yeux ?

Après les prêtres pédophiles et la couverture qui leur fut offerte par leurs boss, il ne faut s’étonner de rien. Mais là n’est pas mon propos. Ce qui me préoccupe n’est pas tant que ces hommes pêchent deux fois plutôt qu’une et reçoivent une absolution inconditionnelle. Ce qui me choque c’est leur anonymat proclamé et le crachoir que les médias leur passent.

Certes, ils se disent préoccupés par la vision qu’à l’Église de l’homosexualité, source de souffrances pour les pauvres écartés du système et occasion renouvelée de suicide chez les jeunes. Instrumentaliser ainsi les maux de notre société est une de ces tartuferies coutumières aux clercs et ces feluettes anonymes feraient bien, pour être crédibles, de suivre l’exemple de Jésus qui, sans cagoule et selon l’histoire, s’est sacrifié pour les siens. Ils seraient peut-être, eux aussi bafoués, ils perdraient peut-être leurs cures et leurs privilèges, mais ils ne seraient pas moins bien lotis que la plupart de leur concitoyens.

Au lieu de craindre les représailles et d’affirmer entre eux que " le discours de l’Église " est rétrograde tout en profitant de l’occasion pour s’attirer un capital de sympathie en dénonçant publiquement mais anonymement leur propre hiérarchie, là est pour moi le scandale. Ne devraient-ils pas user de leur dialectique pour éclairer leurs confrères et leurs maîtres ? Ne devraient-ils pas au moins ne pas leurrer leurs ouailles ? Les aider au contraire en s’affichant homosexuels et heureux de l’être. Les édifier en donnant un visage à l’homosexualité qui ne soit pas seulement celui de la honte, de la démission et de la compromission.

 

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Publié le 01 octobre 2003

par Henri Barras