Le Gay Luron, l’accomplissement d’un rêve

Richard Vigneault
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Situé à Saint-François-du-Lac, en pleine nature avec son île naturiste, à quelques kilomètres de Sorel, le camping Gay Luron a franchi sa 27e année, ce qui en fait le plus vieux camping gai au Québec. Son sympathique propriétaire, Jacques Gill, est très fier de sa réalisation, qui est le fruit d’un travail inlassable.

"Je suis fier de ce que j’ai accompli, d’avoir créée cet endroit sélect pour les gais", affirme d’emblée Jacques Gill en nous racontant sa petite histoire. "Il y a 27 ans — j’avais alors 40 ans —, il fallait être fou pour se lancer dans une telle aventure", confie-t-il. Je commençais à peine à connaître les bars et, à l’époque, les gais vivaient et sortaient dans des tannières. Moi, je voulais sortir, être ouvert sur l’extérieur et c’était pas évident à ce moment-là. J’étais propriétaire du terrain actuel et alors m’est venue l’idée d’ouvrir un terrain de camping. J’ai moi-même aménagé le terrain, planté des arbres." Il a été un pionnier pour l’époque, car à ce moment, le seul autre camping gai qui existait était le Plein Vent, aujourd’hui disparu.

Le Gay Luron a amorçé ses activités en mai 1976, l’année des Olympiques. L’attention étant tournée sur cet événement majeur, c’était le calme plat au camping. Ce n’est que les Jeux passés que les premiers campeurs ont commencé à arriver cet été-là. Au départ, le camping est mixte, hommes-femmes, et cette coexistence a duré neuf ans. "Cependant, j’ai été obligé de faire un virage important, d’expliquer Jacques. J’ai constaté que les deux groupes ne se mélangaient pas. J’ai donc décidé de concentrer mes énergies sur la clientèle masculine qui était de loin la plus importante. C’est un changement qui a sauvé l’entreprise. Malgré tout, poursuit-il, il a fallu quinze ans avant que l’entreprise vive toute seule. J’ai dû persister pour continuer, ça n’a pas toujours été facile." D’ailleurs, selon lui, toute personne qui veut être en affaires doit être persévérante : "c’est la clé du succès". Bien sûr, avec les années, le centre de villégiature a pris de l’ampleur. On y a ajouté une piscine en 1981, et il s’est bâti une renommée avec sa fameuse île naturiste et son pont suspendu pour y accéder, qui surplombe le chenail Laverdure.

Aussi, en ce milieu des années 70, il n’était pas évident d’afficher son orientation sexuelle et encore moins d’ouvrir un camping gai dans un petit village comme St-François-du-lac. Mais pour Jacques Gill, cette effronterie ne lui a pas posé trop de problèmes. Au contraire, il croit que son geste a peut-être contribué à changer la perception des gens sur le monde gai. D’ailleurs, loin de lui nuire, il y a quatorze ans, deux conseillers municipaux de l’époque le rencontrent et sollicitent sa candidature à la mairie de l’endroit. Après quelques jours de réflexion, il accepte, bat le maire sortant et devient premier magistrat en 1989, poste qu’il occupe toujours. Cependant, il n’a pris aucune décision définitive sur la poursuite de son implication politique à la fin de ce mandat. Encore là, Jacques est heureux de son implication et ne regrette aucun des gestes qu’il a posés. À 68 ans, Jacques Gill aimerait bien prendre un peu de repos. Pour lui, c’est "mission accomplie". Sachant qu’il n’est pas éternel, il songe à vendre ce qu’il a laborieusement mis sur pied au fil des ans. Néanmoins, lorsqu’on lui demande ce qu’il ferait si c’était à recommencer. Un moment de silence… et il répond : "je recommençerais, mais je ferais pas pareil, ça se passerait autrement…" Aujourd’hui, le Gay Luron, c’est 70 terrains, dont 25 avec services, une piscine, un resto-bar, des cabines, des chalets, des roulottes... C’est un endroit agréable, romantique et en pleine nature. Ajoutez-le à l’itinéraire de votre pochaine sortie.
Camping Gay Luron, 261, Grande-Terre, St-François-du-Lac. Tél. (450) 568-3634.

 

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Publié le 31 juillet 2003

par Richard Vigneault