Descente au club Taboo

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André-Constantin Passiour
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L'intervention policière au Taboo, et les accusations d'actes indécents et de s'être trouvé dans une maison de débauche qui en ont découlé, ont suscité quelques réactions dans la communauté gaie et dans le Village. Si cette descente n'a pas eu l'écho que l'intervention musclée au KOX, en 1994, avait soulevé dans la population gaie en général, plusieurs personnalités du milieu sont intervenues au sujet de cet événement.

Propriétaire de la boutique U-Bahn, Ron Harris s'indigne de cette action et a décidé de faire circuler une pétition afin que la police abandonne les charges qui pèsent sur les gens arrêtés. "Je suis choqué et consterné de constater qu'encore aujourd'hui, la communauté gaie de Montréal soit toujours vulnérable aux tactiques répressives de l'escouade de la moralité de la police de Montréal", écrit-il dans une lettre adressée au député provincial du comté, André Boulerice. Interrogé à ce sujet lors de la manifestation du couple R. Thibault et T. Wouters, le 27 mai, M. Boulerice aurait indiqué qu’"en tant que législateur, je ne peux commenter une affaire qui est maintenant devant les tribunaux".

Pour sa part, le président de la Fondation Émergence et ex-vice-président de la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec, Laurent McCutcheon, veut mettre les choses en perspective. "J'ai compris que les clients, pour la plupart, n'ont pas été arrêtés : quelques clients seulement et les danseurs ont été inculpés. C'est ce qui fait la distinction entre cet événement et les autres descentes comme celle du KOX, où tout le monde avait été arrêté. C'est peut-être ce qui explique qu'il y ait eu moins de réactions dans la communauté", dit-il.

M. McCutcheon souhaite que les médias et la police fassent preuve de rigueur en la matière: "La seule chose que l'on doit faire en tant que communauté, c'est de s'assurer que les médias traitent de cette descente de la même manière que s'il s'agissait d'un bar de danseuses nues, sans discrimination. De même pour la police, que cela ait été fait sans discrimination, que, s'il y a eu des fautes commises de la part des propriétaires du bar, l'on corrige la situation, mais dans le respect", note-t-il.

Pour Michael Hendricks, ex-membre de la table multipartite qui s'était formée justement au lendemain de la descente du KOX pour discuter avec la police, la déception est grande. "Je suis très déçu de cet événement parce qu'on a criminalisé 23 jeunes danseurs, dont la plupart n'ont rien à voir avec les crimes repprochés par la police, souligne M. Hendricks. Je suis d'autant plus déçu qu'on ne sait même pas de quoi la police parle, puisqu'elle refuse de dire quels sont les actes indécents. Il n'y a pas d'incidents pareils dans les bars hétéros de danseuses. Pourquoi choisir ce bar-là et pas d'autres? C'est assez bizarre."
Mais, par dessus tout, Michael Hendricks regrette qu'il n'y ait plus de dialogue actif et constructif entre la communauté et les représentants de la police, notamment à travers la Table multipartite sur la violence qui regroupait, entre autres, le SPVM, la Sûreté du Québec et la Ville de Montréal. "Avant, avec la table multipartite, il y avait des rencontres et des discussions régulières avec la police, mais je crois que, depuis quelque temps, il n'y a plus de discussions soutenues entre la communauté et la police. C'est dommage. Je ne sais pas exactement comment s'est produit cet éloignement, mais c'est comme ça...", souligne M. Hendricks.

Directeur général de l'Association des commerçants et professionnels du Village (ACPV), Paul Haince s'interroge sur les motivations de la police pour effectuer une telle descente. Si, pour lui, cela demeure néanmoins un fait divers, M. Haince croit qu'il faudra éclaircir la notion de ce qui est permis. "La seule chose qu'on peut soulever, non seulement pour ce cas-ci mais aussi pour tout ce qui concerne le milieu de la danse érotique, c'est jusqu'où cela peut aller. Qu'est-ce qui est acceptable en ce qui concerne les danses-contacts et la notion d'acte indécent? Tout le monde doit observer la législation, mais, pour cela, il faut savoir exactement de quoi il s'agit, et, en ce moment, il y a une zone grise. Il y a un flou qu'il serait bon de clarifier. Dans le cas du Taboo, est-ce bien de cela dont la police parle? Si la police a agi, j'imagine que c'est parce qu'elle possède des raisons que l'on ne connaît pas. Mais tout cela reste à voir", indique M. Haince.

Dans toutes ces conversations, évidemment, ce qui revient souvent, c'est la morale et ce qui est toléré. Les cours de justice devront peut-être statuer un jour sur ces notions et balises. "La morale dépend du seuil de tolérance de chacun. Ce qui est banal pour moi ne l'est peut-être pas pour quelqu'un d'autre. Donc, il faudra éclaircir toutes ces zones grises en rapport avec l'indécence", affirme M. Haince.

Enfin, pour ce qui est de l'arrondissement Ville-Marie, on n'a pas cru bon de commenter l'affaire. "C'est une opération de la police en relation avec des actes criminels", nous a dit Jean-Luc Thibault, l'attaché de presse de Martin Lemay, président de l'arrondissement. "On ne fera pas de commentaires."

 

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Publié le 19 juin 2003

par André-Constantin Passiour