Le Partnerskap norvégien a dix ans cette année

Dix ans après l’union civile

Daniel Hébert
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En 1993, la Norvège devenait le deuxième pays au monde à permettre l’union civile entre deux personnes de même sexe. Dix ans plus tard, est-ce que les droits des gais et lesbiennes de ce pays ont évolué autant qu’on pourrait le croire ?

Pour un Québécois, la Norvège peut rappeler étrangement certaines provinces canadiennes. La population est homogène, blanche, les magasins sont fermés le dimanche et les vins et spiritueux ne peuvent s’acheter que dans les vinmonopol (régies des alcools norvégiennes). En plus de tout cela, le premier ministre est prêtre de formation! Curieux donc qu’un pays qui semble avoir des valeurs aussi traditionnelles soit à l’avant-garde en ce qui concerne les droits des gais. Mais, un peu comme tous les autres, les homosexuels norvégiens sont partis de loin.


6 août 1993

Kim Friele et sa partenaire figuraient parmi les cinq premiers couples homosexuels à s’unir officiellement au Palais de justice d’Oslo, en août 1993. Aujourd’hui, Kim est âgée de 67 ans. Elle a vécu plusieurs luttes, entre la décriminalisation de l’homosexualité en 1972 et l’arrivée de l’union civile (partnerskap) en 1993.

Depuis une quinzaine d’années, elle parcourt les écoles du pays, payée par l’État, pour parler d’homosexualité aux jeunes. Si le partnerskap n’a pas éliminé complètement les préjugés, elle croit qu’il a contribué à changer les attitudes. "Au début des années 1990, quand je faisais ma tournée des écoles, dit-elle, l’enseignant restait dans la classe, et j’avais l’impression que c’était pour me surveiller et s’assurer que je ne dépasse pas les bornes. Aujourd’hui, l’enseignant reste toujours, mais pour poser des questions, encourager le débat. Les jeunes, eux, ne sont plus aussi ignorants. De nos jours, ils savent que l’homosexualité n’est pas un choix et que ce n’est pas seulement une affaire de sexe. "

Mais le partenariat n’a pas tout changé. "Dans certains endroits isolés de la Norvège – et Dieu sait que le pays ne manque pas de ces endroits – l’ado de 15 ou 16 ans qui découvre son homosexualité rencontre les mêmes vieux problèmes quand il tente de faire son coming-out." Les chiffres semblent appuyer ce qu’avance Kim Friele. Une étude réalisée en 1999 par le gouvernement norvégien révélait que 20 % des jeunes hommes gais de 16 à 24 ans avaient déjà tenté au moins une fois de se suicider. Chez les filles, la proportion est de 14 %.


Deux catégories d’homosexuels?

Ces statistiques alarmantes ont amené plusieurs membres de la communauté gaie norvégienne à se questionner sur les priorités de leurs militants. C’est que la lutte pour le partnerskap n’est pas terminée. Contrairement aux Québécois, les Norvégiens n’ont pas encore les droits complets d’adoption. Mais certains pensent que cette lutte constante pour un meilleur partnerskap a pour effet de monopoliser les énergies des militants. Kjell Erik Øie est de ceux-là. Il était le président de LLH, l’organisme de militantisme gai de Norvège, aux débuts de l’union civile en 1993. "J’ai moi-même lutté pour le partnerskap et je trouve que c’est une loi fantastique. Mais, sans le vouloir, nous avons créé deux catégories complètement opposées d’homosexuels. D’un côté, nous avons ceux qui vivent en union civile et qui sont à toutes fins pratiques égaux aux hétérosexuels. De l’autre, nous avons ceux qui sont malheureux parce qu’ils ont peur de faire leur coming-out. Ils sont plus nombreux qu’on ne le croit et ils reçoivent moins d’attention ces derniers temps."

En fait, pour ce qui est des jeunes homos, l’événement le plus significatif des dix dernières années est l’apparition d’Internet, bien plus que l’arrivée du partnerskap. Pour ces centaines de jeunes pas encore outés, l’apparition d’une nouvelle communauté virtuelle a eu beaucoup plus d’importance que l’union officielle de quelques centaines de couples dans les plus grandes villes du pays. "Quand on a 15 ans et qu’on n’ose pas dire à nos parents qu’on est gai, ajoute Kjell Erik, le mariage est bien la dernière de ses préoccupations."


Accepter et célébrer

À la longue, le partnerskap aura sûrement un effet positif chez les plus jeunes, même s’il ne les touche pas directement. Déjà, la loi a l’avantage de faire en sorte que les gais sont moins invisibles. Le premier ministre est peut-être prêtre de formation, mais son ministre des Finances, Per-Kristian Foss, est ouvertement gai et uni civilement à son partenaire depuis janvier 2002.
Petit à petit, le paysage change. "Mon père a rapidement accepté mon homosexualité, raconte Kjell Erik Øie. Mais lorsque j’ai annoncé que je voulais me marier, il m’a demandé si c’était bien nécessaire." Pour le père de Kjell Erik, qui avait pourtant vu son fils militer pour le partnerskap pendant plusieurs années, il y avait un pas à franchir entre accepter l’homosexualité et la célébrer. "Mon père a franchi ce pas et a prononcé un discours très émouvant lors de la cérémonie, ajoute-t-il avec une étincelle dans les yeux. Juste pour ça, je pense que le partnerskap vaut la peine."


L’union civile à travers le monde…

Danemark 1989
Norvège 1993
Suède 1995
Hongrie (reconnaissance partielle)* 1996
Islande 1996
Pays-Bas 1998
France 1999
Vermont 1999
Belgique 2000
Portugal (reconnaissance partielle)* 2001
Allemagne 2001
La Nouvelle Écosse 2001
Finlande 2002
Québec 2002

* La Hongrie et le Portugal n’ont pas de loi sur l’union civile mais accordent aux homosexuels qui cohabitent les mêmes droits qu’aux couples de common law hétérosexuels.

 

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Publié le 27 février 2003

par Daniel Hébert