Les Archives gaies du Québec

Bientôt 20 ans!

André-Constantin Passiour
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En avril, les Archives gaies du Québec (AGQ) fêteront leur vingtième anniversaire, déjà. Grâce à la patience mais aussi à la passion et à l'implication communautaire de ses deux fondateurs, Jacques Prince et Ross Higgins, les AGQ ont fait leur petit bonhomme de chemin pour atteindre l'âge adulte. Encore parfois méconnues, les AGQ sont aujourd'hui la mémoire vive et vivante des communautés gaies et lesbiennes montréalaise et québécoise. Avec persévérance et malgré le peu de financement, les membres des AGQ ont su conserver une variété de documents précieux qui en disent long sur l'histoire de la lutte des gais dans une société d'abord fermée et répressive puis ouverte, et ce, tant ici que dans le monde occidental. Un vrai travail de moines diront certains, un labeur d'amour diront d'autres...

Tels des gardes de sceaux fidèles ou encore des sages, gardiens légendaires de certaines connaissances, les membres des Archives gaies du Québec ont su, à travers les années, accumuler, préserver et, autant que possible, publiciser la multitude de documentations qu'ils possèdent, et ce, dans un petit local où elles s'empilent jusqu'au plafond. Si, pour plusieurs, les AGQ demeurent moins glamour qu'un circuit party, elles ont pourtant été au cœur de plusieurs expositions, notamment celles sur le photographe montréalais Alan B. Stone, expos qui ont fait passablement jaser en raison de leur grande beauté et de leur sensibilité. D'ailleurs, c'est à la mort de Stone en 1992 que les AGQ acquièrent l'important fonds qui comporte plus de 36 000 clichés! Les conférences de Ross Higgins, de Tom Waugh ou de Louis Godbout ont contribué aussi à faire rayonner les AGQ d'une manière ou d'une autre. Ça sonne un peu plus de cloches maintenant?

Bien que ce soit officiellement en 1983 qu'arrive la fondation, Jacques Prince et Ross Higgins se rencontrent en 1979 et parlent déjà de la conservation de documents appartenant à des organismes luttant pour les droits. Il faut dire tous d’eux en collectionnaient déjà. S'impliquant plus activement dans la librairie L'Androgyne, un collectif à l'époque, ils hériteront de tous les papiers relatifs au collectif lorsque L'Androgyne se transformera en entreprise privée, en 1982.
Ils deviennent également bénévoles à l'Association pour la défense des droits des gais du Québec (ADGQ) pour faire du classement de périodiques et de dossiers. Plus ils y travaillaient, plus ils voyaient la nécessité de mettre sur pied une structure permanente. "Nous avons alors décidé de créer les Archives pour pouvoir conserver et préserver des documents. Parce qu'on voyait aussi que les groupes fermaient les uns après les autres et qu'il fallait absolument ne pas perdre ces documents historiques. On savait aussi qu'il y avait quelque chose de semblable à Toronto, donc on savait que c'était possible de créer une telle organisation", de dire M. Higgins. "Nous voulions surtout réunir tout ce que les membres des différents organismes qui n'existaient plus avaient dans leurs garde-robes. Déjà, nous avions des documents du FLH [Front de libération homosexuelle], de l'Androgyne, du collectif du Triangle Rose, etc. Cela faisait partie de l'histoire de la communauté gaie qui devait être sauvegardée pour l'avenir...", d'ajouter M. Prince.

Dans une chemise d'un pouce d'épais sur la "Gay Liberation", Ross Higgins possédait alors plus d'une douzaine de caisses de journaux, de périodiques, de documents organisationnels, d'affiches, etc., le tout chez lui parce qu'ils ne pouvaient pas encore se payer un local. C'est en 1985 que les AGQ deviennent un organisme sans but lucratif et, en 1990, ils obtiendront le statut d'organisme de charité.

Entre-temps, il se passe deux choses d'importance. D'abord, leur projet reçoit un appui de taille, celui du journaliste et militant Bernard Courte. Journaliste au Berdache, publié par l'ADGQ, puis rédacteur en chef de la revue Sortie, Courte encourage la petite équipe et comprend l'ampleur de leur œuvre. Avant de partir pour Toronto, en 1986, Courte lègue aux AGQ toute sa documentation sur les associations gaies et sur le sida, qui a fait son apparition. Puis, en 1987, l'ADGQ (ou ADGLQ) cesse ses activités. Les AGQ seront là pour recueillir tous les dossiers, revues, livres, etc. que l'association avait accumulés depuis sa fondation en 1977.

En 1989, les AGQ tiennent leur première exposition d'envergure, 10 ans de fêtes/20 ans de luttes, comprenant photos et affiches illustrant le mouvement gai à Montréal, c'était à l'Androgyne puis au Centre communautaire des gais et lesbiennes (CCGLM). Ce sera le début d'une longue série d'expositions, de conférences et de rencontres organisées tant pour diffuser cet héritage que pour amasser des fonds.

Grâce à l'implication de tous et chacun et aux dons des fidèles amis, les AGQ peuvent enfin déménager dans un local, sur Saint-Laurent, en 1993, soit 10 ans après leur création. "Au moment de déménager, il a fallu passer aux appartements de cinq personnes pour ramasser ce que nous avions chacun entreposé. C'était quelque chose de réunir tout ce matériel, enfin", se souvient Jacques Prince.

Bien qu'ils ne comptent que sur le soutien financier d'amis et donateurs, sans aucune subvention, les bénévoles des Archives rêvent maintenant d'un local plus grand, plus accessible au public et chercheurs et pouvant offrir des services adéquats. Le futur complexe communautaire sera une solution qu'ils espèrent pour bientôt.

"Un de mes rêves serait d'avoir un fonds qui se perpétue, pour inviter des conférenciers d'ici et d'ailleurs sur l'histoire de l'homosexualité à travers les âges", de dire Ross Higgins.

En attendant, c'est le 4 avril prochain que les membres des AGQ fêteront le XXe anniversaire, par un 5 @8 au CCGLM. L'invitation est donc lancée aux amis, aux donateurs ainsi qu'à tous ceux qui ont œuvré, par le passé, aux Archives. On prévoit aussi un numéro spécial du bulletin L'Archigai, sur l'histoire des AGQ en images.

Archives Gaies du Québec 4067, boul. St-Laurent (bureau 202), Mtl.
Consultations: les mercredis entre 19h30 et 21h30 ou sur rendez-vous. Tél. 287-9987.

 

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Tels des gardes de sceaux fidèles ou encore des sages, gardiens légendaires de certaines connaissanc (...)

Publié le 20 février 2003

par André-Constantin Passiour