L’arrondissement Ville-marie veut réglementer les after hours

" Assez... c’est assez ! "

Yves Lafontaine
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Les after-hours, ces établissements qui ne vendent pas d'alcool et où l'on peut danser toute la nuit, viennent de tomber dans la mire des conseillers municipaux. Depuis le 25 janvier, aucun nouveau permis pour ce type d'établissement ne pourra être délivré dans Ville-Marie, et l’administration de l’arrondissement entend réglementer les activités de ceux qui ont déjà obtenu un permis de salle de danse sans alcool.

"Nous avons gelé l'émission des permis pour la simple et bonne raison qu'il y a trop d'after hours dans le quartier, explique Robert Laramée, conseiller du district de Saint-Jacques, dans Ville-Marie. Les after-hours font du bruit toute la nuit et provoquent un grand achalandage. Les gens qui vivent dans le quartier n'en peuvent plus : je reçois beaucoup de plaintes à ce sujet."
Depuis quelques années, la Ville de Montréal fait des efforts pour favoriser la construction résidentielle au centre-ville. D'anciennes manufactures sont transformées en condos de luxe, des édifices à appartements sont restaurés puis revendus en condos et plusieurs projets résidentiels sont en train d'être complétés. Résultat : l’arrondissement Ville-Marie se classe aujourd'hui au premier rang des quartiers de Montréal pour l'augmentation annuelle du nombre d'habitants. Des habitants qui sont prêts à payer le gros prix pour leurs condos et exigent que la vie nocturne du centre-ville se fasse plus discrète.

Une vie nocturne qui s'est taillé une réputation enviable sur la scène internationale. Des dizaines de milliers de touristes viennent ici pour fêter dans les boîtes de nuit et assister aux partys emblématiques de la ville, dont le plus célèbre est évidemment le festival Black & Blue. Au Centre-ville, la présence de nombreux clubs after-hours (le Sona, le Stéréo, L’Aria et le Groove Society) témoigne de cette effervescence.

"L'objectif de la Ville n'est pas de porter atteinte à la culture des after hours, mais plutôt de mieux encadrer leur croissance et de voir s'ils ne pourraient pas déplacer leurs activités dans des endroits moins habités, note M. Laramée. Il faudra aussi trouver une façon de modifier les heures d'ouverture des after hours afin de limiter le bruit dans le voisinage", dit-il.

Une solution qui, on s’en doute, ne plairera pas aux propriétaires des clubs en question. Le fait que ces lieux sont ouverts jusqu'à 10 h du matin est justement leur argument de vente. Si certains gérants se sont montrés ouverts à dialoguer, le fait de pouvoir rester ouverts jusqu’aux petites heures du matin demeure crucial pour la survie de ces lieux.

Sans compter que s’ils doivent fermer à 3 h ou même à 4 h du matin, il est fort possible que Montréal mette en jeu sa réputation de ville festive et tolérante, un argument de vente convaincant pour attirer certains touristes en ville.


Réglementer, pas interdire

"Nous voulons établir une catégorie propre à ce genre d’établissement avec une définition juridique et réglementaire qui nous permettrait éventuellement et rapidement, soit d’imposer un moratoire à long terme sur toute demande de permis pour un after hours, soit d’imposer des mesures de contingentement (pas plus de deux établissements à moins de 500 pieds, par exemple) ou soit de définir des zones où ce type de commerce pourrait s’installer", d’expliquer M. Laramée.

"C’est insensé de retrouver dans un même district autant d’établissements semblables, et ce, à proximité de rues résidentielles. Ce phénomène a un impact incroyable pour notre milieu, et je ne parle pas seulement de la musique qui joue toute la nuit, je pense aussi aux nombreuses plaintes concernant le bruit de la foule dans la rue, aux incivilités causées par la clientèle de ces commerces, etc.", déplore le conseiller Laramée.

"Il existe actuellement cinq commerces semblables dans Saint-Jacques seulement. On ne fermera rien demain matin, mais il est temps de faire une analyse de la situation et d’établir certaines règles." Outre le Stéréo, le Sona, le Groove Society et l’Aria, qui sont en opération déjà depuis quelques années, un autre lieu — l’espace situé au-dessus du magasin F.O.A.M. — a récemment obtenu un permis de salle de danse sans alcool, mais les soirées de danse toute la nuit ne devraient pas constituer sa principale activité. "Nous allons tout de même rester vigilants sur ce dossier", d’expliquer M. Laramée.

Réouverture du k.o.x.? Fausse rumeur

Un avis publié dans l’édition du journal Le Devoir, du 1er février dernier, laissait entendre qu’une demande de permis de bar avec alcool avait été déposée pour les trois bars situés au 1450, rue Sainte-Catherine, alors qu’un moratoire concernant l’attribution de ce type de permis est en vigueur sur cette section de la rue. Un comité de citoyens, alerté par l’avis public, a fait circuler une pétition qui aurait récueilli plus d’une centaine de signatures. Mais tout cela ne serait qu’une méprise. Après vérification auprès de l’arrondissement Ville-Marie, il s’agirait d’une erreur du Devoir, que le quotidien a corrigée dans son édition du 14 février. La demande de permis déposée par le promoteur, un certain M. Becker, en est une pour un établissement de type "resto-bar" et ne concerne que la partie avant de l’édifice. Aucune demande de permis n’aurait été faite, à l’heure actuelle, pour l’espace arrière (l’ancienne discothèque K.O.X.), mais un projet de salle de spectacle est dans l’air.

 

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Publié le 20 février 2003

par Yves Lafontaine